Dès l’ouverture des échanges au Café de la Place fraîchement repris par Valérie Puyjalinet qui dirigeait la boutique Sud Express et Yannick Ghibaudo, la volonté est claire : proposer une lecture plus nuancée de la situation du centre-ville.
« Les journalistes, vous aimez beaucoup parler des choses qui vont mal, mais moi j’aime bien qu’on ait des raisonnements équilibrés », prévient Clémence Brandolin-Robert, première adjointe au maire et présidente de l’Agence du commerce. Pour étayer cette approche, elle s’appuie sur les données issues de l’outil MyTrafic, développé avec la CCI, qui permet de mesurer la fréquentation à partir de captations GPS anonymisées.
Les résultats sont sans ambiguïté : « sur l’année 2025 par rapport à 2024, on n’a pas de baisse de fréquentation, ni à Agen, ni à Boé, ni à O’Green ». Si l’élue précise que cette fréquentation « ne se transforme pas forcément en acte d’achat », elle démontre néanmoins une attractivité maintenue du centre-ville, y compris dans un contexte économique national fragilisé.
Le centre-ville résiste mieux que les zones commerciales
L’analyse comparée avec les zones périphériques permet également de relativiser certaines perceptions. “En décembre 2024, la fréquentation avait reculé de 2 % en centre-ville, contre 12 % en zone. Un an plus tard, la tendance s’est inversée : le centre-ville d’Agen est revenu à zéro par rapport à 2023 », tandis que les zones restent en retrait. Pour la première adjointe, le constat est clair : « la baisse de fréquentation est plus importante en zone qu’en centre-ville ».
Pour elle, ces données invitent à repositionner le débat, souvent alimenté par le ressenti des commerçants, sur des éléments objectivés, sans pour autant nier les difficultés rencontrées sur le terrain.
Des porteurs de projets qui investissent et se développent
Au cœur de la rencontre, plusieurs projets concrets illustrent la vitalité du centre-ville. « Dans ce contexte un peu compliqué au niveau national, le centre-ville d’Agen continue d’attirer », insiste Clémence Robert. Le déménagement futur de Vanarom’s nature depuis la rue Grenouilla avec l’agrandissement de son espace de bien-être innovant boulevard de la République, en est un exemple marquant. « C’est quand même un bon signe : ça veut dire que des commerçants installés depuis longtemps se développent et s’agrandissent ».
Même dynamique du côté de la restauration, avec le transfert et l’agrandissement d’un établissement emblématique L’Imprévu qui ouvrira boulevard de la République le 1er décembre 2026 en rez-de-chaussée du nouvel immeuble Domofrance. “Un nouveau lieu de vie pensé comme un point de rencontres, du matin 8 heures en version coffee-shop, au déjeuner, à la restauration traditionnelle en soirée, déclare Yannick Arfeille, le patron. Ce porteur de projet souligne l’importance de créer « un endroit où les gens se posent, prennent le temps de discuter », contribuant ainsi à l’animation urbaine.
Diversifier l’offre pour renforcer l’attractivité
L’arrivée prochaine d’une boutique de vêtements et d’accessoires de sport en centre-ville au 37 boulevard de la République qui remplace “Le Lieu, la suite pour les hommes” portée par Eve Delerue répond également à une demande identifiée. « Aujourd’hui, on n’a pas cette offre en centre-ville, on est obligés d’aller en zone », observe la première adjointe, se félicitant de voir une coach sportive diriger ce projet. À cela s’ajoutent des ouvertures ou reprises dans les domaines : de la décoration-brocante à l’angle du théâtre, Okimono sushis à la place de Blanco, Le Jardin de Jade rue voltaire et un restaurant éthiopien pressenti aussi rue voltaire, une fleuriste rue Montesquieu, La Fée Maraboutée qui remplace One Step, un projet secret dans le local de Jennyfer et Gold Union qui succède à Christine Laure, témoignant d’une recherche de diversité commerciale.
Les échanges n’éludent pas les fragilités persistantes : loyers élevés, vacance de certains grands locaux, difficultés d’enseignes nationales. « C’est un travail de longue haleine », reconnaît le bras droit du maire, rappelant les limites actuelles de l’action publique. D’où l’intérêt porté aux projets de foncières commerciales qui permettraient demain de « préempter, faire les travaux et être bailleur », afin de mieux réguler l’équilibre commercial.
En conclusion, au-delà des mutations, le centre-ville d’Agen sait compter sur des acteurs engagés. « Il y a des bonnes dynamiques, des gens qui investissent, qui s’impliquent, et ça, ça fait plaisir », résume l’élue, dessinant les contours d’un centre-ville en transformation, mais résolument vivant. “Il y a des porteurs de projets qui sont vraiment intéressés par le centre-ville,” se réjouit Bruno Casset, vice-président de l’Agence du commerce qui entend rester positif et loue le travail de fond de la directrice Sophie Baz et de son équipe.

