February 4, 2026

"On voulait garder la maîtrise de ce qu’on fait de A à Z" : comment une ferme valorise et exploite chacune des ressources de ses brebis

l’essentiel
À Montgesty, dans le Lot, Angélique et Timothée élèvent près de 200 brebis mérinos selon un mode d’élevage extensif, misant sur le temps long, le plein air et la vente directe à des particuliers.

À Montgesty, petit village du Lot niché au bout des routes sinueuses de la Bouriane, se trouve une exploitation. Pas de bâtiments industriels ni de rangées de hangars. Juste des prairies, des bois et le bêlement des brebis. C’est dans ce décor de campagne profonde que Timothée et Angélique élèvent, depuis une dizaine d’années, leur troupeau d’environ 200 brebis mérinos, réparties sur plus de 200 hectares.

“On voulait garder la maîtrise de ce qu’on fait, de A à Z”

En arrivant sur l’exploitation, les brebis et leurs petits agneaux se reposent dans un ancien séchoir à tabac, reconverti en bâtiment d’abri. Certaines viennent de naître, d’autres tètent encore leur mère. “Les brebis sont dehors toute l’année, à pâturer de l’herbe, dans les prés comme dans les bois”, explique Timothée. Seuls les agneaux nés à l’automne sont temporairement rentrés à l’abri, le temps de passer les périodes de froid, d’humidité et de vent, trop risquées pour des animaux si jeunes.

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Angélique et Timothée, accompagnés de deux agneaux nés ce 29 janvier 2026 au matin.
Angélique et Timothée, accompagnés de deux agneaux nés ce 29 janvier 2026 au matin.
DDM – Laurine Méaulle

Leur mode d’élevage est volontairement lent et naturel. Pas de course au rendement, ni d’engraissement intensif. “On ne cherche pas à avoir deux agneaux par brebis, ni à ce qu’ils atteignent un poids précis à un âge donné”, poursuit l’éleveur. Les agneaux grandissent au rythme des saisons, nourris essentiellement à l’herbe et au lait maternel. Ils partent à l’abattoir plus tard que dans un élevage classique, souvent entre 8 et 10 mois, mais avec une viande jugée plus douce, moins forte en goût.

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Un peu moins d’une dizaine de béliers servent à la reproduction.
Un peu moins d’une dizaine de béliers servent à la reproduction.
DDM – Laurine Méaulle

Installés en GAEC (Groupement agricole d’exploitation en commun) depuis janvier 2024, après plusieurs années d’activité progressive, Angélique et Timothée ont fait un choix clair : la vente directe, exclusivement à des particuliers. Pas de supermarchés, pas de grossistes, pas d’intermédiaires. “On voulait garder la maîtrise de ce qu’on fait, de A à Z”, explique Angélique. Chaque mois, une dizaine d’agneaux est sélectionnée, abattue localement, puis découpée par un boucher partenaire. Les clients réservent à l’avance : demi-agneau, caissettes, morceaux sous vide, merguez ou encore charcuterie.

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Les brebis sont à l’abri avec leurs agneaux dans ce hangar, un ancien séchoir à tabac.
Les brebis sont à l’abri avec leurs agneaux dans ce hangar, un ancien séchoir à tabac.
DDM – Laurine Méaulle

Aller “au bout du produit”

Même la laine ne se perd pas. Une fois par an, les brebis sont tondues par un professionnel. Angélique récupère les plus belles toisons, qu’elle trie, fait laver et filer dans une petite filature. La laine revient ensuite sous forme d’écheveaux ou de pelotes. “Je vends la laine, mais je tricote aussi des bonnets, des tours de cou, des mitaines”, explique-t-elle, entre deux regards vers les brebis. Une manière d’aller “au bout du produit” et de valoriser l’animal “dans son intégralité.”

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À Montgesty, loin des circuits classiques et des logiques industrielles, ce couple d’éleveurs a construit un modèle à taille humaine, guidé par ses valeurs. “Notre label, c’est de faire au plus proche du naturel”, résume Angélique. Une philosophie discrète, mais profondément ancrée dans cette ferme où l’on prend le temps de laisser vivre, grandir, et transmettre.

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