Trompeurs pour les consommateurs, les célèbres jambons de Lacaune ? Alors qu’une salaison tarnaise a été mise en cause lors d’une récente action coup de poing des agriculteurs, comment un jambon cru, produit dans les montagnes tarnaises, a-t-il pu être fait avec de la viande origine UE ? Explications.
“Tout ce qui est abattu et découpé à Lacaune, c’est du français”. Depuis quelques jours, une étiquette déposée sur un produit par la Coordination Rurale a provoqué l’incompréhension dans les monts de Lacaune (Tarn).
Jeudi 22 janvier 2026, les agriculteurs de la Coordination Rurale du Tarn ont mené une action coup de poing dans les rayons du Leclerc des Portes d’Albi pour “dénoncer des produits importés qui ne respectent pas les normes françaises, parfois sans origine clairement indiquée”. Parmi les produits épinglés, un jambon cru, fabriqué par une célèbre maison lacaunaise, dont le porc était étiqueté “d’origine UE”.
Comment cette viande étrangère a-t-elle pu se retrouver estampillée du blason d’une maison reconnue dans la capitale de la charcuterie ? “Le porc français donne un jambon de neuf à onze kilos, car les porcs abattus font entre 95 et 110 kg. Pour faire un jambon cru de ce type, il faut un jambon de quatre kilos, ce qui n’est pas dans les standards français. De l’autre côté de la frontière, à trois heures de route, on trouve des jambons plus petits, car la production porcine y est plus légère”, indique le cadre d’une société lacaunaise
L’exception “jambon loto”
Une gamme de jambons, appelée “jambon loto” dans la profession “destinée à la grande distribution, à un prix d’appel […] et utilisée pour des kermesses ou des lotos”. Une centaine de ces jambons crus sont produits chaque semaine sur le site, contre plus de 2 000 jambons secs.
“Le consommateur n’est pas trompé. Jusqu’à preuve du contraire, on a le droit de revendre un produit venant d’Espagne, du moment qu’on ne s’en cache pas. Ce qui est gênant, c’est que certains laissent penser qu’on veut le faire passer pour français et qu’on dissimule la matière première. Il y a un produit dans une gamme qui n’est pas français, faute de matière, et on se fait fusiller.”
Suite à la polémique, l’entreprise a décidé de retirer son logo de cette gamme de jambons “non pas à cause de l’origine, mais parce que c’est un jambon cru, pas un jambon sec”.
“Du porc français, pas autre chose”
Une étiquette qui a secoué toute l’entreprise mais également la profession, en plein débat sur la souveraineté alimentaire et la crainte des éleveurs de voir débarquer des produits d’élevage d’Amérique du Sud, dans le cadre des accords avec le Mercosur. “On entend la colère, commence un fin connaisseur du secteur. Je suis le premier à défendre avec les salaisonniers, le français, le Viande de Porc Française. Tout le monde quasiment participe au concours agricole du Salon de l’Agriculture à Lacaune. Ils ramènent entre huit et dix médailles par an. Et ce n’est qu’avec du porc français, ce n’est pas avec autre chose.”
D’autant que la fabrication du jambon de Lacaune répond à un code des usages, unique en Europe et très strict. “Ils n’ont pas le droit d’avoir certains produits. Des farines de lait, qui sont par exemple utilisées dans des charcuteries italiennes ou espagnoles, chez nous c’est interdit”.
Un process, présenté ce lundi à l’occasion d’une réunion entre agriculteurs de la Coordination Rurale et salaisonniers. Une rencontre qui aura permis aux producteurs et aux transformateurs d’échanger sur leurs problématiques communes. Des discussions, amicales, autour d’une tranche de jambon… français.

