January 28, 2026

"Je pense qu’elle a tout inventé" : une jeune femme reniée par sa famille après avoir accusé son père de viol

l’essentiel
Le procès pour viol met en lumière le drame familial de la plaignante. Ses proches rejettent sa parole et soutiennent ouvertement l’innocence du père de famille.

Il est des regards qui blessent sûrement plus que les mots. Tout au long de cette première journée d’audience à Foix, Chloé* n’a croisé que des visages fermés ou des témoignages à charge venant de ceux qui auraient dû être ses premiers remparts : sa propre famille. Au cœur de ce procès de deux jours devant la cour criminelle départementale de l’Ariège pour viol aggravé, le drame revêt une double dimension. Aux agressions sexuelles dénoncées s’ajoute un bannissement familial qui a laissé la jeune femme sans attaches à l’aube de sa vie d’adulte.

La mère de Chloé se présente à la barre, ce lundi 26 janvier 2026, drapée dans une réserve manifeste. Elle ne croit pas sa fille. “Oui, je pense qu’elle a tout inventé”, lâche-t-elle devant la présidente. Pour cette mère, qui a choisi de se remettre en couple avec Bruno M. dès 2016 malgré les accusations, le comportement de Chloé s’expliquerait par une fragilité hormonale liée à sa maladie de naissance ou par un simple désir de se faire plaindre. “Je pensais que c’était à cause de ses médicaments qui peuvent lui donner des hallucinations”, avance-t-elle, bien qu’elle admette n’en avoir jamais été témoin.

“Je n’ai pas vu de différence”

Le questionnement des avocats de la partie civile est incisif : comment une mère peut-elle ignorer les scarifications sur les bras de sa fille, ses échecs scolaires soudains et ses tentatives de suicide ? “Pour moi, elle allait bien. Elle était joyeuse, je n’ai pas vu de différence”, répond-elle. Face à une telle impassibilité, l’avocat général Cyril Padilla laisse poindre son indignation : “C’est votre fille, elle rentre avec des scarifications… Et vous ne lui demandez jamais si ça va ?” La réponse de la mère, glaciale, tombe : “Peut-être que je lui ai demandé, je ne sais plus.”

Les fidèles du restaurant familial sont eux aussi de cet avis et n’imaginent pas Bruno M. être capable de faire ce que lui reproche sa fille. Le frère de Chloé n’est pas plus tendre. “Pour moi c’est un mensonge, je n’y crois absolument pas”, affirme-t-il, avant d’ajouter avec une pointe de rancœur : “Je suis en colère d’être ici, de me retrouver ici.”

Cette levée de boucliers familiale en soutien à l’accusé a provoqué une rupture brutale. Chloé a perdu ses racines. Après avoir été hébergée brièvement par sa tante puis par son grand-père en Charente, elle a été rejetée une nouvelle fois. “Mon père n’en pouvait plus… Chloé ne l’écoutait pas”, justifie la mère pour expliquer le départ de sa fille vers une famille d’accueil.

Le salut par la famille d’accueil

Le témoignage de Céline, l’assistante familiale qui a accueilli Chloé, a agi comme un contrepoids. Elle décrit l’arrivée d’une “petite sauvage”, négligée, terrifiée par les hommes. “Elle avait peur de tout le monde”, raconte-t-elle. C’est dans ce foyer d’accueil que Chloé a enfin pu mettre des mots sur son calvaire. “Elle nous a dit qu’elle avait été touchée par son père… Chloé s’est sentie complètement rejetée, pas entendue.”

Céline témoigne de la résilience de la jeune femme : “Elle se bat depuis ce jour-là. Elle tente de se développer comme elle peut.” Elle rappelle aussi une vérité essentielle sur les victimes de violences sexuelles en répondant à une question de l’avocat de la défense sur le comportement de Chloé : “Ça veut dire que quand on a été violé, on n’a plus le droit de rire ? Non, heureusement qu’elle trouve la force de rire.”

*Le prénom a été modifié.

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