Un agent de la police de l’immigration américaine (ICE) pousse une manifestatnte, à Minneapolis dans le Minnesota, le 26 janvier 2026. ALEX KORMANN/ZUMA/SIPA
L’entreprise française Capgemini contribue-t-elle aux actions décriées de la police de l’immigration américaine (ICE) ? Le rapprochement entre les deux entités a été dévoilé lundi 26 janvier par une enquête du 20 heures de France Télévisions reprenant des révélations de l’Observatoire des multinationales.
L’entreprise du CAC 40, spécialiste des services numériques, possède une filière américaine, Capgemini Government Solutions, installée dans la banlieue de Washington. Cette dernière travaille régulièrement depuis 2007 avec diverses agences gouvernementales américaines telles que le ministère de la Santé ou encore des Anciens Combattants. Elle collabore également régulièrement avec l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) pointée du doigt ces derniers jours. En cause : les décès à Minneapolis, dans le Minnesota, de Renee Good le 7 janvier puis d’Alex Pretti le 24 janvier, tous deux morts sous les balles des agents de l’ICE. En 2025, 32 personnes sont mortes en détention à la suite d’opérations de l’ICE, selon un décompte du média britannique « The Guardian ».
Selon les informations de France Télévisions, l’entreprise française aurait pour mission de gérer un standard téléphonique – créé par Donald Trump – qui est réservé aux victimes de crimes commis par des étrangers. Sur son site internet, Capgemini inscrivait même ces mots : « Capgemini travaille étroitement pour aider à réduire les délais et les coûts dans l’expulsion de tous les étrangers illégaux aux Etats-Unis. » Depuis quelques jours, cette affirmation a été retirée du site internet mais l’Observatoire des multinationales a conservé une capture d’écran.
Un contrat pointé du doigt
Un récent contrat passé entre l’ICE et Capgemini est plus particulièrement pointé du doigt. Le 18 décembre dernier, l’ICE se dote pour 4,8 millions de dollars d’un outil d’identification et de localisation de personnes étrangères. Un accord disponible en open source en ligne.
Un mois plus tôt, en novembre, la filiale de Capgemini aux Etats-Unis avait déjà décroché un contrat tendancieux de 365 millions de dollars pour des activités de « skip tacing » afin de localiser des migrants. L’appel d’offres diffusé le 31 octobre dernier par le ministère américain de la Sécurité intérieur mentionnait un « besoin immédiat » de services numériques pour « vérifier les informations relatives à l’adresse des étrangers, d’enquêter sur d’autres informations relatives à l’adresse des étrangers, de confirmer le nouvel emplacement des étrangers ».
Dans un message publié dimanche sur LinkedIn, le PDG du groupe Capgemini, Aiman Essat, a admis à propos de ce nouveau contrat que « la nature et la portée de ce travail ont soulevé des interrogations au regard de ce que nous faisons habituellement en tant qu’entreprise de services technologiques ». Il a également indiqué que le conseil d’administration de Capgemini Government Solutions « a d’ores et déjà engagé un processus d’examen du contenu et de la portée de ce contrat ».
Le message du PDG de Capgemini, Aiman Ezzat, publié sur le réseau social LinkedIn. COMPTE LINKEDIN D’AIMAN EZZAT/CAPTURE D’ÉCRAN
Une réponse qui ne satisfait pas certains des 350 000 collaborateurs que compte le groupe sur toute la planète. Lundi, la CGT du groupe informatique français a « exigé » dans un message publié sur le réseau social Instagram « la fin immédiate et sans réserve de la collaboration de Capgemini avec l’ICE ». « Des millions de dollars qui rentrent dans les caisses et vont profondément à l’encontre des valeurs que prétend défendre le groupe », a également écrit le syndicat.
Un second syndicat, la CFTC, a condamné « fermement » le contrat tout en demandant son « arrêt immédiat ». « Aucun impératif commercial ne peut justifier moralement un tel contrat », insiste-t-il dans un communiqué.
De son côté, la CFDT du groupe a indiqué dans un communiqué avoir « sollicité la direction du groupe pour qu’elle apporte au plus vite les éclaircissements sur la nature du contrat » et « dénonce avec force et détermination les nombreux agissements brutaux des milices ICE ».
« Questionner la nature de ces activités »
Les révélations ont également fait réagir certains politiques français à commencer par le ministre de l’Economie, Roland Lescure. « J’engage Capgemini à faire la lumière de manière extrêmement transparente sur les activités qui sont les siennes, sur cette politique et sans doute à questionner la nature de ces activités », a-t-il dit à l’Assemblée nationale en réponse à la question du député de Paris, Pouria Amirshahi (groupe Écologiste et Social)
Un peu plus tôt dans la journée, la ministre des Armées Catherine Vautrin avait appelé à une « vigilance ». « Les contrats des groupes français méritent toute vigilance. C’est facile de faire un commentaire un matin sur une radio quand on n’a pas le détail du contrat, mais le respect des droits de l’homme est un sujet », a-t-elle dit sur RTL.
La France insoumise a également commenté ces accusations. En conférence de presse à l’Assemblée, le député LFI Hadrien Clouet a vertement critiqué une « milice suprémaciste qui est déguisée en service fédéral de l’immigration », dont « l’impunité des agents est désormais même garantie » par « l’intervention de leur hiérarchie et des ministres en charge ». « Il est temps que la France assume ses responsabilités », a estimé Hadrien Clouet, déplorant également que des « entreprises françaises privées collaborent, travaillent avec l’ICE ». La patronne des députés insoumis Mathilde Panot a annoncé le dépôt d’une résolution, non contraignante, que son groupe espère faire adopter.

