L’Organisation des Nations unies vient de confirmer ce que tous les observateurs savaient déjà : une famine est en cours à Gaza. Cette annonce vient donner du poids aux interpellations des organisations non gouvernementales comme Amnesty International, qui, lundi 18 août, affirmait qu’Israël mène une « campagne délibérée visant à affamer la bande de Gaza » et détruit « la santé, le bien-être et le tissu social de la vie palestinienne ». Pour l’organisation de défense des droits humains, qui a mené des entretiens avec des déplacés et du personnel médical, la combinaison mortelle de la faim et de la maladie n’est pas une « retombée malencontreuse » des opérations militaires israéliennes, mais une stratégie.
Alors que le bilan global dépasse désormais les 60 000 morts, une autre hécatombe se profile : celle de la faim. Le Programme alimentaire mondial parle d’un demi-million de personnes au bord de la famine, avec des gens se battant pour accéder à l’eau et à la nourriture. Pourtant, le ministère de la Défense israélien affirmait encore le 12 août qu’il n’existait « aucun signe de malnutrition généralisée » dans la bande de Gaza.
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Comme si cela ne suffisait pas, les épidémies achèvent les survivants. La célèbre revue médicale « The Lancet » a rapporté, le 16 août, l’explosion d’une épidémie de méningites foudroyantes dans des abris surpeuplés et insalubres, où s’entassent 90 % de la population déplacée à répétition par les ordres d’évacuation israéliens. A l’hôpital Nasser, à Khan Younès dans le sud de la bande de Gaza, plus de quarante enfants sont traités pour suspicion de méningite, souvent sans antibiotiques, sans électricité, sans matériel stérile. Des enfants fébriles convulsent à même le sol.
Depuis le début de l’offensive en octobre 2023, plus d’un millier de soignants ont été tués et il s’agit d’une estimation très conservatrice. Hôpitaux, cliniques et laboratoires sont méthodiquement détruits. Le docteur Munir al-Bursh, directeur général du ministère de la Santé à Gaza, parle de « génocide sanitaire ». Les amputés n’ont pas de fauteuils roulants, les diabétiques n’ont plus d’insuline, les malades chroniques ne reçoivent plus de traitements. Tuer les soignants et détruire les hôpitaux, c’est condamner les blessés, les malades, les enfants… à une mort différée.
Une mort planifiée
Mais la guerre ne s’arrête pas aux corps. Elle pénètre les esprits, détruit les vies intérieures. Pensons à tous ces enfants et adolescents, à l’avenir fauché, qui quelle que soit l’issue du conflit seront atteints de symptômes de stress post-traumatique et de dépression sévère. Les traumatismes s’enracinent, se transmettent en silence. Les enfants héritent des angoisses de leurs parents, des deuils inachevés. L’avenir se construit sur un champ de ruines psychologiques. Une génération entière est condamnée à grandir sans soin, sans soutien, sans horizon.
Chaque hôpital bombardé, chaque médecin assassiné, chaque médicament introuvable ajoute une pierre à l’édifice de la mort planifiée. Gaza n’est plus seulement un territoire assiégé : c’est devenu un laboratoire de destruction sanitaire et psychologique. La communauté internationale se réfugie derrière des mots prudents, parle de « crise humanitaire ». Mais le constat est implacable : Gaza meurt méthodiquement, et sous nos yeux.
La médecine est un langage universel, un engagement envers l’humain. Tuer les soignants, détruire les hôpitaux, bloquer les médicaments, c’est attaquer l’humanité elle-même. Dans d’autres contextes, ces actes seraient qualifiés de crimes de guerre. Pourquoi pas ici ? On peut débattre de politique, de diplomatie, de frontières. Mais il est une ligne qui ne devrait jamais être franchie : celle de l’attaque contre la vie nue, celle des enfants affamés, des malades privés de soins, des blessés abandonnés, des survivants condamnés à une vie mutilée. A Gaza, cette ligne est franchie chaque jour, dans un silence assourdissant.
Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur
au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.