January 27, 2026

"Nous achetons 20 % au-dessus du cours" : à Auch, ils révolutionnent le marché du métal

l’essentiel
Et si la solution pour réduire l’empreinte carbone de la construction passait par le réemploi des métaux ? À Auch, Métamo prouve que les charpentes et pièces métalliques issues de démolitions peuvent connaître une seconde vie.

Depuis juin 2025, les anciens locaux de la blanchisserie Elis, au bas d’Engachie, abritent l’entreprise Métamo. Elle ambitionne de révolutionner le réemploi des métaux en France. Créée en 2022 à Colomiers, cette société compte une dizaine de salariés dont deux postes à pourvoir.

Elle est la première en France à proposer des charpentes et pièces métalliques issues de démolitions, réutilisables à l’identique, avec une assurance décennale inédite. “Nous sommes venus à Auch parce que le loyer était attractif”, explique le Gimontois Pierre Lecussan, l’un des cinq associés réunis autour du président de Métamo, Simon Desrumaux. “Ici, nous avons 1 200 m² de locaux, et 12 000 m² de terrains pour notre plateforme.”

Utilisables à l’identique

Le cœur de métier de Métamo, c’est le réemploi de métal. Une économie circulaire émergente, où la société est la première à opérer en France. “Nous récupérons sur des ouvrages en démolition ou en rénovation, des charpentes métalliques, des parties de serrurerie comme les grilles, les garde-corps, escaliers, etc. Mais il ne s’agit pas de ferraille : il ne faut pas que le matériau ait subi de contraintes mécaniques.”

Métamo revend en effet des pièces en réemploi, utilisables à l’identique, mais dont le coût énergétique est très faible. Pour garantir ces qualités techniques, l’entreprise auscitaine s’est dotée de son propre laboratoire.

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“On y teste déjà les propriétés mécaniques. Grâce au Fonds Vert, que nous venons d’obtenir, nous allons acquérir un spectromètre optique, pour déterminer la composition des aciers.” Le Fonds Vert, dans le cadre de “Territoires d’industrie en transition écologique”, va permettre à Métamo de se doter d’équipements pour nettoyer les pièces, les tracer, et en faciliter la commercialisation.

Économies

En dépit de sa jeunesse, Métamo a déjà quelques jolis coups. Cette charpente de 550 m² récupérée à Labège et remontée à Blain, près de Nantes. Ou celle de 16 000 m² démontée dans le Nord, et partiellement réutilisée. “Ce chantier nous a montré qu’on pouvait aussi proposer des pièces de charpente aux professionnels.” Dans le grand hangar, les salariés nettoient, contrôlent chaque élément. Des pièces qui bénéficient de la première assurance décennale 100 % réemploi de France.

Avec le métal récupéré, Métamo crée aussi du mobilier urbain, ou des éléments de serrurerie.
Avec le métal récupéré, Métamo crée aussi du mobilier urbain, ou des éléments de serrurerie.
DDM – MC

“Nous achetons le métal 20 % au-dessus du cours de la ferraille”, confie Maël Arribas, le responsable performance de l’entreprise. “Parce qu’il faut un soin particulier de démontage, et parce qu’on veut guider le gisement vers le réemploi plutôt que vers le recyclage.” L’acier ainsi acheté coûte environ 40 centimes le kg, contre près de 1 € neuf. Mais c’est le négoce de charpente, où Métamo se montre le plus compétitif.

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“Vendues en pièces détachées, les poutrelles sont moins rentables. Mais elles sont très demandées : la marge se retrouve sur le volume.” Métamo a ainsi réalisé 1 M€ de chiffre d’affaires en 2024 et 2025, et attend 1,6 M€ en 2026. “C’est un secteur naissant”, reconnaît Maël Arribas. “L’équation économique reste à valider.”

Recycler en mobilier

L’autre activité de Métamo consiste à réutiliser des pièces métalliques pour leur donner un autre usage. Les changements de normes rendent parfois obsolètes des poutrelles qui soutenaient des toits, par exemple. “On peut en faire du mobilier urbain”, explique Pierre Lecussan. “On a travaillé pour le siège de GA Smart Building à Labège.” Une ancienne plaque devient brise-vue. Les anciens abris fumeurs d’Airbus se transforment en abris vélo, des rampes se changent en racks. “Il y a beaucoup de gisements”, assure Maël Arribas. “Nous avons une personne dédiée au sourcing pour trouver des volumes et de la qualité partout en France.”

Metamo veut remettre dans le circuit 2 000 t d’acier par an, explique Pierre Lecussan.
Metamo veut remettre dans le circuit 2 000 t d’acier par an, explique Pierre Lecussan.
DDM – MC

L’objectif de ce pionnier du réemploi industriel : remettre dans le circuit 2 000 t d’acier par an. “C’est peu”, observe Pierre Lecussan. “Castel & Fromaget, à Fleurance, en utilisent 2 000 t par mois !”

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