Des manifestants contre l’ICE à Minneapolis, ce samedi 24 janvier. MADISON THORN / ANADOLU VIA AFP
Un second décès qui galvanise la protestation. La mort par balle d’un Américain de 37 ans, le second tué par les agents fédéraux à Minneapolis en quelque trois semaines, a déclenché de nouvelles protestations samedi 24 janvier dans la ville secouée depuis plusieurs semaines par des manifestations contre les opérations de la police de l’immigration (ICE).
Alex Pretti, infirmier d’un service de réanimation, est mort après une altercation samedi avec des agents fédéraux sur une route. Son décès vient aggraver une situation déjà tendue depuis celui de Renee Good, une Américaine tuée par balle le 7 janvier dans sa voiture par un agent de l’ICE dans cette même ville.
L’administration Trump a aussitôt affirmé que l’homme s’apprêtait à mettre en danger les agents, comme elle l’a fait après la mort de Renee Good. Malgré ces allégations et un appel au calme de la police locale, plusieurs centaines de manifestants se sont rassemblés pour dénoncer ces violences dans un parc de Minneapolis samedi soir malgré le froid glacial.
Les manifestants ont aussi bloqué l’accès à la scène du drame.
Des habitants ont barricadé les lieux du drame après que les agents fédéraux ont quitté la ville, le 24 janvier 2026 à Minneapolis. MADISON THORN / ANADOLU VIA AFP
Des rassemblements de protestation ou d’hommages à Alex Pretti ont également eu lieu dans plusieurs villes de New York à Los Angeles, en passant par pas San Francisco.
Des manifestants à New York contre l’ICE, le samedi 24 janvier 2026. SELCUK ACAR / ANADOLU VIA AFP
Un cortège d’opposants à l’ICE à San Francisco, en solidarité avec Minneapolis, le 24 janvier 2026. TAYFUN COSKUN / ANADOLU VIA AFP
Sur le plan politique les démocrates ont fait part de leur indignation, menaçant de bloquer le financement de l’Etat fédéral qui risque une nouvelle paralysie à la fin du mois. Le financement de l’Etat fédéral arrive en effet à expiration le 31 janvier, et alors qu’un texte adopté par la Chambre des représentants semblait se diriger vers une adoption au Sénat la semaine prochaine, les événements à Minneapolis ont chamboulé la situation.
Plusieurs élus démocrates ont dit refuser d’approuver le texte tel quel car il comprend le financement du ministère de la Sécurité intérieure (DHS), chargé de mener la politique migratoire voulue par Donald Trump.
Doutes sur le déroulé des faits
Le gouverneur démocrate du Minnesota, Tim Walz, a réclamé que les autorités locales, et non fédérales, prennent la tête des investigations. « On ne peut pas se fier à l’Etat fédéral », a-t-il affirmé, avant de fustiger l’ICE qui sème selon lui « le chaos et la violence ».
Côté républicain, le sénateur de Louisiane Bill Cassidy a appelé à une enquête conjointe, locale et fédérale, sur cet événement « incroyablement perturbant », jugeant que « la crédibilité de l’ICE et du DHS (ministère américain de la Sécurité intérieure) sont en jeu ».
Une vidéo circulant sur les réseaux sociaux et à l’authenticité confirmée par les autorités montre plusieurs agents avec des gilets affublés du sigle « Police » lutter pour amener une personne au sol puis la frapper plusieurs fois. Un tir résonne alors, les agents s’écartent de l’homme allongé dans la rue, avant de tirer à plusieurs reprises sur lui.
« Il était là pour se livrer à la violence », a déclaré la secrétaire à la Sécurité intérieure Kristi Noem lors d’un point presse, tandis que le conseiller de la Maison Blanche, Stephen Miller, a qualifié Alex Pretti d’« assassin », dans un message relayé sur X par le vice-président JD Vance.
Selon le ministère américain de la Sécurité intérieure (DHS), l’homme était armé d’un pistolet semi-automatique et avait « violemment résisté » avant que l’agent, « craignant pour sa vie », ne lui tire dessus. Sur X, le DHS a publié une photo de l’arme présumée.
Mais selon une analyse des images réalisée par le média d’investigation Bellingcat, « quelques instants avant que le premier coup ne soit tiré », on peut voir l’un des agents s’éloigner avec un pistolet semblable à l’arme postée par le DHS.
« Dix coups » de feu tiré sur l’homme à terre
Ensuite, « deux agents différents tirent manifestement avec leurs armes, et au moins dix coups sont tirés au total », poursuit Bellingcat, précisant que « la plupart » l’ont été alors que « l’homme était déjà allongé au sol immobile ».
Le chef de la police de Minneapolis, Brian O’Hara, a indiqué lors d’une conférence de presse que l’homme habitait la ville, possédait un permis légal de port d’arme et n’était pas connu des services de police.
Il a décrit une « situation extrêmement imprévisible » après les tirs lorsque des manifestants sont arrivés, expliquant que les autorités locales n’avaient pas pu sécuriser les lieux pour l’enquête.
Passe d’armes entre Trump et les autorités locales
« Le maire et le gouverneur poussent à l’insurrection avec leur rhétorique pompeuse, dangereuse, et arrogante », a accusé sur sa plateforme Truth Social Donald Trump, pour qui il faut laisser la police de l’immigration « faire son boulot ».
Le maire de Minneapolis, Jacob Frey, a appelé le président à mettre fin aux opérations de l’ICE dans sa ville et à « rétablir la paix ».
La ville est sous tensions depuis la mort de Renee Good, devenue un symbole des excès dont est régulièrement accusée l’ICE à la suite du retour au pouvoir de Donald Trump, qui revendique la fermeté de ses opérations antimigrants.
Maria, une habitante de 56 ans rencontrée dans la rue par l’AFP et qui n’a pas souhaité donner son nom de famille, dit être venue « soutenir les gens qui manifestent pacifiquement » et leur apporter des réchauffe mains alors que la température est descendue sous les -20°C.
Mais la situation est en pleine « escalade », puisque les agents de l’ICE « attaquent et terrorisent » les habitants, affirme-t-elle.
Vendredi, des milliers de personnes avaient déjà défilé dans le centre de Minneapolis pour protester contre les opérations antimigrants de l’ICE, au moment où les autorités américaines tentaient de calmer l’indignation provoquée par la détention d’un garçon de 5 ans.

