Figure de la littérature, Marie Rouanet s’est éteinte ce dimanche 25 janvier 2026 à l’âge de 89 ans. Poète, romancière et documentariste, elle a consacré sa vie à faire vivre la culture occitane.
L’autrice, enseignante, ancienne élue de gauche de Béziers et chanteuse occitane Marie Rouanet, grande amie de la Dépêche décorée par Jean-Michel Baylet PDG du groupe la Dépêche, de l’Ordre National du Mérite en septembre 2017, vient de mourir en ce dimanche 25 janvier à Saint-Affrique (Aveyron) à un peu plus de 89 ans.
En ce matin crépusculaire de juin 2017, on se retrouvait avec Marie Rouanet à la Serre, dans cet écrin familial chéri par Yves Rouquette son époux, par elle et leurs enfants. Le vent venu de la mer courrait sur le Rougier du pays de Camarès, aux confins de l’Aveyron et de l’Hérault. La porte de la pièce à vivre s’était ouverte sur le sourire malicieux de Marie Rouanet. L’écrivain vivait seule depuis la mort d’Yves en janvier 2015, avec famille et amis, où elle a passé des jours remplis de bonheurs. De douleurs et de larmes aussi. De vie, tout simplement !
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Marie s’en est allée, onze ans après son compagnon de toujours. Elle laisse les terres et les hommes orphelins de sa sensibilité rare, habillée par la force des mots qu’elle déployait dans ses livres et dans ses chansons. C’est à travers elle qu’émergea ce compagnonnage de langue d’oc. Elle qui dans son premier 45 tours me confronta à mon histoire rouergate avec “Pica Relotge”, hymne que les Croquants de Villefranche bramaient en luttant contre le pouvoir royal. Un moment qu’on se remémorait bien plus tard en fredonnant la mélodie autour d’une tasse de café, sourires aux lèvres.
Entre deux échanges, au stylo-plume comme toujours, elle apportait une touche ultime à la chronique hebdomadaire qu’elle signait pour “le Progrès Saint Affricain” : “C’est un pur bonheur, qui en plus m’astreint à écrire et ça me tient debout.” Ce jour-là, elle lâchait ses chevaux de feu à l’endroit de la malbouffe. Juste le temps de poser sa voix de conteuse pour une séance de lecture improvisée, et elle livrait toute son aversion pour les frontières, enveloppée d’un simple : “Il faut respirer large”.
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“La littérature ne peut pas s’arrêter à un village”
Pas question pour celle qui, avec son anthologie sur les “poètes de la décolonisation”, décocha de belles palettes de mots d’oc aux apprentis chanteurs de “la novela cançon”, de s’enfermer dans le moindre carcan. Incisive, tout en sachant rester drôle, elle tranchait dans le vif : “La littérature ne peut pas s’arrêter à un village.”
Lorsqu’elle offrit à sa plume, la saveur truculente de “Nous les filles”, elle savait qu’elle commettait un texte “pas piqué des hannetons” (sic). L’avalanche de réactions entourant la sortie de l’ouvrage lui avait donné raison…
Elle est revenue en ce jour sur le puzzle d’écorces de son fameux platane biterrois, un des temps forts de ces pages où l’enfance ressurgit de la mémoire : “Je ne me mets jamais à écrire un livre sans avoir une multitude de petites choses avec moi”. Cette enfance l’habitait à chaque instant ou presque. Son regard pétillait lorsque son vieux “Nontron”, couteau offert par son père Raoul pour un abonnement au “Chasseur Français”, sortait de sa poche… Il ne la quittait jamais. Comme s’il l’aidait à partager ses tranches de vie.
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Des mots et de l’audace
Mais pour elle, qu’il soit lu, dit ou chanté, l’écrit est et reste ce lien indissociable d’humanité entre les femmes et les hommes de la planète terre. Elle captait des instants, des bribes d’impression, des parcelles d’information qu’elle liait en phrases. “Quand je marche autour de chez moi, je ressens comme une sorte d’exploration sonore. Un exemple : lorsque j’entends le glas, je sais qu’il me renseigne… et il me vient des choses merveilleuses”, soufflait-elle. Bien plus que l’inspiration dont elle disait : “Je ne sais pas ce que c’est, si tu l’attends, tu ne fais jamais rien.”
Marie Rouanet préfèrait poser ses mots avec audace. Ses premières ébauches remontent au temps de l’Ecole Normale, sur un cahier “Licorne” où gambadaient les pleins et les délié. Et ça dure. Chez elle pas d’ordinateur. Si elle devait envoyer un courriel tant qu’elle vivait à la Serre, elle descendait jusqu’à la bibliothèque du village. Posé devant ses yeux, un de ses derniers ouvrages compilait ses chansons. “Je les considère comme des poèmes, elles n’ont pas besoin de musique, car la rime elle-même est musicale”, tranchait Marie Rouanet.
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Chanteuse, elle l’a été aussi, en donnant à entendre sa voix sur scène plus d’un millier de fois. Toujours en occitan. Toujours en ciselant le texte : “Il est important de soigner les paroles pour ne pas être dans un occitan résiduel, sinon mieux vaut chanter les poètes…”
Marie des livres, des mots, des chansons, de la force de conviction et de l’engagement humain rejoint son Yves et son François de toujours.

