Dans le cadre d’une série de rencontres avec les bouchers du département, à Bon-Encontre, la boucherie Anzelin continue de faire vivre une certaine idée du commerce de proximité. Face à la flambée des prix, aux inquiétudes sanitaires et à la concurrence des grandes surfaces, Jean-Philippe Anzelin, artisan boucher depuis plus de vingt-cinq ans, défend le circuit court, la qualité et une relation de confiance rare avec sa clientèle.
Derrière son comptoir, Jean-Philippe Anzelin parle avec passion de son métier, mais aussi avec une forme de lucidité forgée par le temps. Reprise en 1998, la boucherie est devenue au fil des années un commerce complet mêlant boucherie, charcuterie et traiteur. En 2008, l’agrandissement du magasin et la création de l’espace traiteur ont marqué un tournant. Depuis, malgré les crises successives, l’équilibre tient. « On est sur des chiffres globalement stables depuis des années. L’année 2025 a été une bonne année », résume-t-il simplement.
Circuit court, prix en hausse et arbitrages permanents
Si la dermatose bovine fait régulièrement la une, l’artisan se veut rassurant sur son approvisionnement. « Je travaille presque exclusivement en circuit court, avec des éleveurs du Lot-et-Garonne et du Gers, parfois à dix kilomètres d’ici. » L’impact se fait ailleurs : sur les prix. Depuis plus d’un an, la matière première a fortement augmenté, obligeant les professionnels à s’adapter.
À Bon-Encontre, le choix est clair : ne pas répercuter brutalement ces hausses sur les clients. « Je suis commerçant de village. Tout le monde subit le coût de la vie. Alors on rogne sur les marges, on valorise mieux les morceaux, mais on évite d’augmenter les prix. » Une stratégie exigeante, rendue possible par le savoir-faire maison : animaux travaillés sur place, charcuterie et plats cuisinés élaborés quotidiennement, buffets traiteur réguliers. Autant de leviers pour maintenir un équilibre fragile.
Fidélité, qualité et défense d’un métier
La clientèle, elle, ne s’y trompe pas. Venue parfois de loin, Villeneuve-sur-Lot, Roquefort, ou d’autres communes du département, elle reste fidèle. « Je ne considère plus mes clients comme des clients, mais comme des copains, voire des amis », confie Jean-Philippe Anzelin. Une relation de confiance telle que jamais, en boutique, la question de la dermatose n’a été évoquée.
Face aux grandes surfaces voisines, l’artisan assume un positionnement clair. « Si je dois vendre les mêmes produits que Leclerc ou Intermarché, je n’ai plus aucune raison d’exister. » Pour expliquer les écarts de qualité, il aime comparer la viande à l’automobile : « Une Sandero et une Mercedes, ce sont deux voitures. Mais ça n’a rien à voir. » Aujourd’hui pourtant, l’écart de prix entre bas et haut de gamme s’est considérablement réduit, au point de parfois s’inverser.
En fin de carrière, Jean-Philippe Anzelin s’inquiète aussi pour l’avenir des éleveurs, de moins en moins nombreux. « On leur tape dessus en permanence. Le jour où il n’y en aura plus, on n’aura plus rien de bon à manger. » Une conviction forte, à l’image de son engagement quotidien : défendre le goût, le local et une boucherie artisanale qui continue, envers et contre tout, d’exister.

