Une boutique et des passants près du siège brûlé de la Direction générale des affaires fiscales à Téhéran, en Iran, le 21 janvier 2026. MORTEZA NIKOUBAZL / NURPHOTO VIA AFP
Des milliers de morts confirmés, internet toujours coupé… La répression continue en Iran, après plusieurs semaines de manifestations. Alors qu’une session extraordinaire du Conseil des droits de l’homme est consacrée ce vendredi 23 janvier à la situation dans ce pays, le régime a de nouveau menacé Washington, avertissant que ses forces avaient « le doigt sur la gâchette ». Une mise à mal de la volonté de dialogue de Téhéran, qui a conduit Donald Trump à remettre la pression.
• Au moins 5 000 morts, dont une majorité de manifestants
L’ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA), basée aux Etats-Unis, a déclaré ce vendredi avoir confirmé la mort de 5 002 personnes au cours du mouvement de contestation qui a secoué l’Iran au début du mois. Selon l’ONG, 4 714 des personnes tuées sont des manifestants, 42 des mineurs, 207 des membres des forces de sécurité et 39 des passants.
L’organisation ajoute être toujours en train d’enquêter sur 9 787 autres décès possibles. Mais le travail de vérification de cette organisation et d’autres est compliqué par la coupure d’internet imposée par les autorités dans le pays depuis le 8 janvier et toujours largement en vigueur ce vendredi. HRANA estime par ailleurs qu’au moins 26 852 personnes ont été arrêtées.
L’ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, a, elle, confirmé la mort de 3 428 manifestants, disant cependant craindre que le chiffre réel atteigne les 25 000 morts.
Mercredi, les autorités iraniennes ont donné leur premier bilan total, de 3 117 morts. Mais selon le pouvoir, la grande majorité (2 427) sont des « martyrs » – soit des forces de sécurité ou des passants, et non des « émeutiers » comme sont qualifiés les manifestants. En publiant leur propre bilan, les autorités ont « tenté de renforcer la version officielle du gouvernement concernant les meurtres », juge l’organisation HRANA.
• L’Iran dément avoir renoncé à 800 exécutions de manifestants
La porte-parole de la Maison Blanche avait assuré le 15 janvier que l’Iran avait renoncé à 800 exécutions de manifestants face aux menaces d’intervention formulées par Donald Trump.
Commentant pour la première fois cette affirmation, le procureur général iranien Mohammad Movahedi-Azad l’a jugée « totalement fausse », selon ses déclarations reprises ce vendredi sur le site internet de l’agence judiciaire Mizan. « Le président américain, déraisonnable et arrogant, (…) a prétendu avoir empêché l’exécution de 800 personnes en Iran. Cette affirmation est totalement fausse, ce chiffre n’existe pas et le pouvoir judiciaire n’a pris aucune décision de ce type », a-t-il réagi.
Aucun cas d’exécution de manifestants iraniens n’a été signalé à date, mais les organisations de défense des droits humains ont averti que les manifestants risquaient d’être accusés de crimes passibles de la peine capitale, ce qui pourrait leur valoir la peine de mort.
• Trump affirme qu’une « armada » navigue vers le Golfe
Donald Trump a affirmé jeudi qu’une « armada » navale américaine était en route pour le Golfe, maintenant la pression sur Téhéran. Le président américain avait pourtant reculé après avoir plusieurs fois menacé de frapper l’Iran. « Nous avons beaucoup de navires qui se dirigent dans cette direction, au cas où », a-t-il déclaré à des journalistes à bord de l’avion présidentiel Air Force One, qui le ramenait du Forum économique mondial de Davos, en Suisse. « Je préférerais que rien ne se passe, mais nous les surveillons de très près », a-t-il ajouté. Il n’a toutefois pas fermé la porte au dialogue : « L’Iran veut effectivement parler, et nous parlerons. »
Mais le chef des Gardiens de la Révolution, Mohammad Pakpour, a mis de l’huile sur le feu : « Le Corps des Gardiens de la Révolution islamique et notre cher Iran ont le doigt sur la gâchette, plus préparés que jamais, prêts à exécuter les ordres et mesures du guide suprême, un leader qui leur est plus cher que leur propre vie », a-t-il prévenu, en faisant référence à l’ayatollah Ali Khamenei.
Un autre haut responsable militaire iranien, le général Ali Abdollahi Aliabadi, a de son côté averti qu’en cas d’attaque américaine, « tous les intérêts, bases et centres d’influence américains » seraient des « cibles légitimes » pour les forces armées iraniennes.
• L’ONU se réunit, appel à stopper « la répression brutale »
Le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme Volker Türk a appelé ce vendredi les autorités iraniennes « à mettre fin à leur répression brutale, notamment aux procès sommaires et aux peines disproportionnées ». « J’exige la libération immédiate de toutes les personnes détenues arbitrairement par les autorités iraniennes. Et j’appelle à un moratoire complet sur la peine de mort », a ajouté le responsable onusien, à l’ouverture d’une session extraordinaire du Conseil des droits de l’homme consacrée à la situation dans ce pays.
Cette session extraordinaire du Conseil a été réclamée lundi par l’Islande, l’Allemagne, la Macédoine du Nord, la Moldavie et le Royaume-Uni, et a été soutenue par plus d’une vingtaine d’autres Etats membres. Le projet de résolution demande la prolongation de deux ans de la « Mission d’établissement des faits » sur l’Iran, créée en novembre 2022, à la suite à la répression des manifestants en Iran après la mort en détention de la jeune Iranienne Mahsa Amini.
Le texte exprime « sa profonde préoccupation face à la répression violente et sans précédent des manifestations pacifiques par les forces de sécurité » en Iran, « notamment les informations concernant des exécutions extrajudiciaires de manifestants, y compris de femmes et d’enfants, et le recours à une force excessive et meurtrière ». Adoptée en fin d’après-midi, la « Mission d’établissement des faits » sur l’Iran présentera ses conclusions lors de la 63ᵉ session du Conseil en septembre prochain.

