January 22, 2026

La "faiblesse majeure" de Donald Trump : 12 600 milliards de dollars… l’Europe va-t-elle vendre la dette américaine et faire reculer le président ?

l’essentiel
Dans une note remarquée, la Deutsche Bank a évoqué un levier financier européen de 8 000 milliards de dollars, porté à 12 600 milliards selon les données de la Réserve fédérale américaine. Les Européens disposeraient ainsi d’une arme majeure contre les États-Unis si la guerre commerciale s’envenimait. Ces actifs, largement privés, sont toutefois difficiles à mobiliser sans choc majeur. Mais Donald Trump prend les choses au sérieux et menace de représailles les Européens s’ils voulaient vendre sur les marchés de la dette américaine.

L’expression est volontairement provocatrice : “sell America”, vendre l’Amérique. Elle résume l’idée selon laquelle l’Europe disposerait, face aux États-Unis, d’un levier financier d’ampleur inédite au cas où les tensions transatlantiques venaient à s’envenimer : la masse d’actifs américains détenus par les investisseurs européens.

Une note de la Deutsche Bank

Selon une note de la Deutsche Bank, ces avoirs atteindraient environ 8 000 milliards de dollars. En élargissant le périmètre à l’ensemble des pays européens membres de l’OTAN, certaines données issues de la Réserve fédérale américaine portent toutefois ce total à 12 600 milliards ! De quoi nourrir l’hypothèse d’une arme financière, à l’heure où la relation transatlantique est secouée par une escalade commerciale et diplomatique.

À lire aussi :
Donald Trump est-il une “poule mouillée” ? Pourquoi l’expression “TACO” fait son grand retour

Dans les faits, cette “arme” apparaît toutefois largement théorique. Le premier obstacle est structurel : l’écrasante majorité de ces actifs — bons du Trésor, obligations privées, actions — n’appartient pas aux États, mais à des acteurs privés. Banques, compagnies d’assurances, fonds de pension et gestionnaires d’actifs détiennent ces titres pour le compte d’épargnants européens. Les gouvernements ne disposent donc pas d’un contrôle direct leur permettant d’orchestrer une vente coordonnée à grande échelle. Toute tentative de contrainte politique ou réglementaire se heurterait immédiatement à des risques juridiques et à des tensions internes sur la stabilité financière.

Gare à l’effet boomerang sur la finance mondiale

S’ajoute un risque économique majeur : celui de l’effet boomerang. Une liquidation massive d’actifs américains provoquerait une baisse de leur valeur, donc une dégradation immédiate des portefeuilles européens. Sur le marché obligataire, une vente accélérée des Treasuries ferait monter les rendements, renchérissant le coût du financement américain, mais aussi celui du crédit mondial. Autrement dit, l’Europe frapperait un partenaire clé tout en fragilisant ses propres épargnants et son propre système financier. Plusieurs analyses qualifient dès lors ce scénario de “suicide économique” plus que de stratégie crédible.

À lire aussi :
Donald Trump : les 9 (grosses) erreurs et fake news de son discours au Forum de Davos

La question de la faisabilité pratique renforce aussi ce scepticisme. En théorie, ces actifs peuvent être revendus sur les marchés secondaires internationaux. Les acheteurs existent : investisseurs institutionnels, fonds souverains, banques centrales ou acteurs privés. L’enjeu n’est pas l’existence d’acheteurs, mais leur capacité d’absorption. Aucun acteur, ni même groupe d’acteurs, n’est en mesure d’absorber rapidement des flux de plusieurs milliers de milliards de dollars sans provoquer une désorganisation brutale des marchés. Une telle opération se traduirait par une volatilité extrême du dollar, des taux et des actions, avec des conséquences difficilement maîtrisables.

À Washington, la menace est prise au sérieux

À Washington, la menace est cependant prise au sérieux sur le plan politique, mais rejetée sur le plan économique. Donald Trump, qui a fait volte-face sur les droits de douane liés au dossier du Groenland, a déclaré ce jeudi à Davos que les États-Unis lanceraient de “grosses représailles” si des pays européens tentaient de vendre de la dette américaine pour exercer une pression politique. “Si cela arrivait, nous lancerions de grosses représailles et nous avons toutes les cartes en main”, a déclaré le président américain dans une interview avec la chaîne Fox Business.

À lire aussi :
VRAI OU FAUX. Donald Trump a-t-il vraiment “mis fin à huit guerres” comme il l’affirme sans arrêt ?

Le message est que toute escalade financière appellerait donc une contre-escalade de la part des États-Unis. Dans le même temps, le secrétaire au Trésor Scott Bessent a qualifié cette hypothèse de narrative trompeuse et économiquement illogique. La Deustche Bank a également pris ses distances avec la note initiale rédigée par George Saravelos, son responsable de la recherche sur les devises.

Au final, le “sell America”, plus qu’un plan d’action, constitue un argument de dissuasion pour les Européens. C’est aussi le symptôme d’une relation transatlantique conflictuelle, où la finance n’est plus un terrain neutre, mais un champ de tensions potentielles.

source

TAGS: