January 22, 2026

"Lycée rural cherche pigeon voyageur" : un établissement interpelle le rectorat via des annonces humoristiques sur Leboncoin

l’essentiel
Le lycée polyvalent du Garros d’Auch utilise des annonces humoristiques pour attirer l’attention sur ses difficultés, notamment des dotations horaires en baisse, menaçant des spécialités uniques. Les enseignants espèrent une réponse rapide du rectorat.

“Lycée rural cherche pigeon voyageur pour entrer en communication avec M. le Recteur d’académie.” C’est une demande pour le moins insolite qui est apparue sur le site de petites annonces gratuites Leboncoin.fr ce mardi 20 janvier. Postée par un utilisateur dénommé GarrosEnLutte, cette publication est illustrée, logiquement, d’un pigeon mais compte une description bien différente d’autres annonces similaires.

En suivant, ce mercredi 21 janvier, deux demandes supplémentaires ont été publiées : “Petit lycée rural cherche à embaucher Men in Black” et une proposition d’un “Coffret d’expérience L’Apprenti de Schrödinger”.

Si les textes de ces offres peuvent faire sourire, des personnels du lycée polyvalent du Garros d’Auch ont choisi ce moyen original afin d’alerter sur la situation de leur établissement et leur demande, restée sans réponse, d’une rencontre avec le recteur d’académie, Karim Benmiloud. “En mai dernier, le recteur est venu visiter le lycée“, se souvient la porte-parole du collectif. “Nous lui avons alors remis un cahier de doléances, auquel il devait donner suite. Nous n’avons pas eu de retour malgré des relances en octobre et en décembre, ainsi qu’une demande d’audience envoyée la semaine dernière.”

Des dotations horaires en baisse

Au cœur des inquiétudes des professeurs, les dotations horaires pour la rentrée prochaine, qui pourraient, selon eux, mettre en danger certaines spécialités pour la voie générale. “Le Garros a, historiquement, plusieurs spécialités rares, uniques dans le département : cirque, cinéma et sciences de l’ingénieur”, rappelle l’enseignante en voies générale et technologique. Mais à la rentrée prochaine, l’établissement devrait fermer une classe de Terminales, ce qui entraînerait la baisse des dotations horaires.

“On aurait les fonds suffisants pour six spécialités, alors que nous en comptons dix, onze si on compte le dédoublement de la “spé” maths”, assure la professeure. Les “marges de financement” qui représentent 24 heures ne suffiraient pas à combler ce manque. “En plus, ces heures-ci ne sont pas faites pour cela normalement, mais plutôt à financer des choix d’établissement ou des options.”

Lors de la réunion parents-professeurs, le personnel avait déployé une banderole.
Lors de la réunion parents-professeurs, le personnel avait déployé une banderole.
Photo Garros en Lutte

De même, la dotation prévoit le financement de deux langues vivantes. “Nous sommes dans la continuité de celles que les élèves apprennent au collège. Ceux de notre secteur proposent, en LVB, espagnol, allemand ou italien. Mais on ne nous finance qu’une seule LVB…” A cela s’ajoute, un demi-poste d’infirmière scolaire perdu, 2,25 postes d’Assistant d’éducation en moins en cinq ans, des problématiques de compte d’effectifs dans les filières professionnelles ou encore un seul poste de proviseur adjoint…

Le paradoxe, “on nous met toujours en avant”

“On nous dit que tous les lycées sont logés à la même enseigne, mais si on avait le double du nombre d’élèves, on aurait 48 heures de marge et on ne les dépenserait pas toutes pour les enseignements de spécialités car le nombre de groupes resterait quasiment identique, explique la professeure. Le mode de calcul pénalise énormément les petits lycées ruraux par rapport aux gros lycées de centres-villes.”

Reçus à plusieurs reprises par le directeur académique, Farid Djemmal, les enseignants comprennent que l’on “ne peut pas déshabiller Pierre pour habiller Paul. On n’est pas là pour piquer des dotations des lycées voisins. Mais on est très inquiets parce que l’on ne sait pas si on va pouvoir maintenir tous nos enseignements, qui font pourtant partie de la carte validée par le rectorat. On nous met toujours en avant pour notre polyvalence, la mixité de nos publics, nos spécialités rares… Et le paradoxe, c’est que les dotations se réduisent.”

Face au manque de réponse du rectorat, les enseignants ont donc choisi d’innover dans leur contestation. “On arrive à un point de rupture, donc on lance le pigeon voyageur. C’est un moyen humoristique de dire que l’on est désespéré. Et on envisage toutes les actions possibles”, partant de la publication d’autres annonces (comme celles de ce mercredi), la grève ou encore la démission des professeurs principaux ou des élus au conseil d’administration. Les dotations horaires devraient être connues d’ici le 27 janvier.

“La situation est connue”

Contacté, le Directeur académique des services de l’Éducation nationale du Gers, Farid Djemmal, le rappelle : “La règle académique est la même pour tout le monde pour les dotations.” Mais le Dasen suit le dossier et confirme échanger régulièrement avec les personnels du Garros. “Leurs questions et problématiques sont identifiées, la situation est connue. Dans le cadre de la prochaine dotation, il y aura, bien sûr, un dialogue avec cet établissement. Ils ont été toujours été accompagnés, même quand le lycée perdait des élèves. Il y a une attention forte pour le Garros et je vais m’assurer que la réponse académique arrive assez rapidement et qu’elle soit complète.”

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