Alors que l’activité se poursuit, les salariés du Moulin du Dadou redoutent une stratégie de fermeture sans reprise. Entre PSE contesté, inquiétudes politiques et risque de friche industrielle, l’avenir de ce fleuron tarnais s’assombrit. Les détails.
À Saint-Genest-de-Contest, l’odeur de la farine se mêle désormais à celle du soufre au Moulin du Dadou. Si le climat social était déjà électrique depuis novembre, les dernières révélations sur les intentions réelles du groupe InVivo font l’effet d’une déflagration. Les 26 salariés, toujours à leur poste dans l’attente d’une validation du Plan de Sauvegarde de l’Emploi (PSE), découvrent que leur outil de travail pourrait ne jamais être repris.
Jean-Jacques Ayral, maire de la commune, ne cache plus son inquiétude. Lors d’un échange avec le préfet du Tarn, Simon Bertoux, l’élu a partagé les détails d’un entretien glaçant avec les dirigeants du groupe. “Ils m’ont expliqué qu’ils voulaient démanteler le moulin en laissant le site en friche industrielle pour ne pas qu’un concurrent ne s’y installe”, révèle-t-il. Cette stratégie de la “terre brûlée” vise à verrouiller le marché : en rendant le site inexploitable, InVivo s’assure qu’aucun autre meunier ne viendra capter la production locale.
Mercredi 14 janvier dernier, le préfet a presque douché les derniers espoirs en regrettant : “Je ne suis pas sûr que l’on arrive à trouver une autre solution que la fermeture.”
La crainte d’une friche et des squatteurs
Pour le maire, cette perspective est inacceptable. Face à des dirigeants déterminés, il reconnaît toutefois des marges de manœuvre limitées, tout en promettant une vigilance accrue sur l’après-fermeture. “Avec l’intercommunalité, on fera en sorte de dépolluer le site en cas de départ définitif, mais on ne veut pas que ça reste une friche où les gens pourront squatter”, prévient-il. À la menace sociale s’ajoute donc celle d’une verrue industrielle au cœur du village.
Cette inquiétude institutionnelle fait écho au vécu quotidien des salariés. Sur le terrain, la tension est palpable. Samantha, technicienne de laboratoire depuis neuf ans, confirme que le PSE, transmis à l’inspection du travail le 6 janvier, est loin de faire l’unanimité. “La plupart des salariés n’en sont pas satisfaits. On espère tous qu’il sera invalidé pour gagner du temps et continuer à être payés”, explique-t-elle. Les mesures d’accompagnement sont jugées “insuffisantes” pour retrouver un emploi dans un secteur déjà sinistré.
63 000 tonnes de farine par an
Pourtant, dans le Tarn, le site se portait bien. Fournisseur stratégique des boulangeries et des industriels d’Occitanie, il traitait chaque année 81 000 tonnes de blé pour produire 63 000 tonnes de farine.
Alors que les premières lettres de licenciement devaient tomber cette semaine, le statu quo administratif prolonge une agonie psychologique. Nicolas, responsable des silos, y voit la confirmation d’un plan mûri de longue date : “Le but était de récupérer les droits de mouture pour délocaliser dans le Nord.”
Entre la disparition annoncée de 26 emplois, la menace sur les céréaliers locaux et le risque d’une friche industrielle volontairement neutralisée pour empêcher toute concurrence, le dossier prend une dimension politique majeure. Si le PSE est validé, c’est une page d’histoire débutée en 1910 qui se refermera, laissant derrière elle un site démantelé et un village durablement meurtri.

