Entre inquiétude et consternation, les producteurs de vins gersois réagissent aux dernières déclarations du président des États-Unis, qui menace une nouvelle fois de surtaxer leurs produits sur le sol américain.
Ils ne savent plus s’il faut en rire ou en pleurer. Une chose est sûre : ils en ont pris l’habitude. Voilà maintenant près d’un an que Donald Trump prend un certain plaisir à malmener les vignerons français, à coups de menaces tarifaires plus ou moins extravagantes.
La dernière déclaration du président américain fait état de possibles surtaxes de 200 % sur les vins et le champagne français. Des propos dénoncés par l’entourage d’Emmanuel Macron et la ministre de l’Agriculture Annie Genevard, qui appelle à une réaction de la France “et de l’Union européenne tout entière”.
De quoi ajouter encore un soupçon d’inquiétude à une filière déjà en proie à deux difficultés majeures, que subissent notamment les vignerons gersois : la baisse de production chronique (l’équivalent de deux récoltes a été perdu en 5 ans dans le département), et une tendance forte à la déconsommation, en France comme à l’étranger.
Pour Patrick Farbos, président des Hauts de Montrouge, l’heure est grave : “Si on prend encore des taxes de Trump, à force, on court à la catastrophe”, peste-t-il, conscient malgré tout de la versatilité des propos du chef d’État américain. “Entre ce qu’il dit et ce qu’il fait, il change tous les jours. En espérant qu’il ait la bonne idée de changer et de revenir à la normale”, poursuit-il.
“On est dans le dur”
Pour HDM comme pour beaucoup de vins gersois, les États-Unis représentent en effet un marché porteur, “que l’on tend à développer encore plus”. Un marché qui pourrait bientôt devenir difficilement accessible en cas de nouveaux droits de douane, accentuant encore les difficultés d’exportation. “Personnellement, je suis de nature optimiste mais là, on ne va pas se voiler la face : on est dans le dur. On le voit dans les ventes, ça ne va pas en se développant”, observe Patrick Farbos.
Président du syndicat des vins Côtes de Gascogne, Alain Desprats peine également à masquer son agacement face à une situation qui s’éternise. “On en a marre d’être des victimes collatérales de toutes ces décisions et stratégies politiques de règlements commerciaux. On a assez de critères qui nous rendent difficilement performants à l’export, ce n’est pas la peine de rajouter les taxes”, tranche-t-il sans détour.
Largement critiqué ces dernières semaines par le monde politique et agricole français, l’accord UE-Mercosur pourrait presque apparaître dans ces conditions comme une bouée de sauvetage pour un secteur en plein marasme. Mais les vignerons restent lucides : l’Eldorado sud-américain est encore bien loin, comme le confirme Alain Desprats. “Tous les pays d’Amérique du Sud sont producteurs de vin, et de gros producteurs comme le Chili, l’Argentine ou le Brésil. Ce ne sont pas des pays qui sont très clients de vins français aujourd’hui. À date, les exportations de Côtes de Gascogne en Amérique latine, c’est très faible. Bien sûr, ça offre des opportunités, mais ça ne va jamais remplacer les pertes qu’on va enregistrer sur le marché américain.”

