Le lac Edersee avec un niveau d’eau bas, en Allemagne, le 16 octobre 2025. SWEN PFORTNER / DPA PICTURE-ALLIANCE VIA AFP
Après des décennies de surexploitation, pollution et pressions climatiques, le monde entre dans une ère de « faillite mondiale de l’eau » : les rivières, les lacs et les aquifères s’épuisant plus vite que la nature ne peut les reconstituer, estime un rapport des Nations Unies.
« Les termes “stress hydrique” et “crise de l’eau” ne suffisent plus à décrire les nouvelles réalités mondiales », indique le rapport de l’Institut de l’Université des Nations Unies pour l’eau, l’environnement et la santé. Ces termes ont été « formulés comme des alertes concernant un avenir encore évitable », mais depuis le monde est entré dans une « nouvelle phase » et de nombreux systèmes hydriques ont été irrémédiablement dégradés, nécessitant une nouvelle classification, soulignent les chercheurs.
• Proposition du terme de « faillite hydrique »
Pour décrire la nouvelle situation, le rapport propose plutôt le terme de « faillite hydrique », une situation dans laquelle la consommation d’eau à long terme excède le renouvellement des ressources et endommage la nature si gravement que les niveaux antérieurs ne peuvent être raisonnablement rétablis.
Ce phénomène se traduit par le rétrécissement des grands lacs et par le nombre croissant de grands fleuves qui ne se jettent plus dans la mer pendant certaines périodes de l’année. Les zones humides ont également disparu à grande échelle : environ 410 millions d’hectares – soit presque la superficie de l’Union européenne – n’existent plus depuis les cinquante dernières années. Autre signe de cette pénurie hydrique : environ 70 % des principales nappes phréatiques utilisées pour l’eau potable et l’irrigation connaissent un déclin à long terme.
• Des crises de type « Day Zero » qui se multiplient
Les crises de type « Day Zero », quand la demande en eau dépasse les ressources disponibles obligeant à fermer les robinets domestiques et à rationaliser strictement les usages, ont tendance à se multiplier dans les villes.
Le changement climatique aggrave le problème, entraînant la fonte de plus de 30 % de la masse glaciaire mondiale depuis 1970 et la diminution des eaux de fonte saisonnières dont dépendent des centaines de millions de personnes.
Les conséquences sont visibles sur tous les continents habités, même si tous les pays ne sont pas, individuellement, en situation de pénurie d’eau, a expliqué à l’AFP Kaveh Madani, scientifique environnemental et auteur du rapport.
« Mais cela nous alerte sur le fait que de nombreux systèmes à travers le monde sont en situation de faillite », et une refonte des politiques est nécessaire, affirme le directeur de l’institut, considéré comme le « laboratoire d’idées sur l’eau » des Nations Unies, à l’origine du rapport. « Reconnaissons cette dure réalité dès aujourd’hui avant de causer des dommages irréversibles ».
• « La crise mondiale de l’eau a atteint un point de non-retour »
Le rapport, qui s’appuie sur des données et des statistiques existantes et est basé sur une version évaluée par des pairs, « met en lumière une dure réalité : la crise mondiale de l’eau a atteint un point de non-retour », estime Tim Wainwright, directeur général de l’organisation caritative WaterAid.
Certains scientifiques non impliqués dans le rapport se sont félicités de l’attention portée à la question de l’eau, mais ont averti que la situation était très variable d’une région à l’autre et qu’une déclaration mondiale générale pourrait occulter certains progrès réalisés au niveau local.

