Thibaut Bruttin, âgé de 37 ans, directeur général de Reporters sans Frontières (RSF), sera présent à la table ronde sur la liberté d’expression et de la presse organisée par le conseil départemental de la Haute-Garonne, jeudi 22 janvier à Toulouse. Entretien.
Thibaut Bruttin, âgé de 37 ans, directeur général de Reporters sans Frontières (RSF) est diplômé de l’institut d’études politiques de Paris, en affaires publiques. Il a commencé sa carrière au sein de l’équipe de développement international du musée du Louvre et a également travaillé pour Echo Studio, société de production et de distribution spécialisée dans le cinéma d’engagement. Par ailleurs, historien du cinéma, il a publié plusieurs ouvrages. Il sera présent à la table ronde sur la liberté d’expression, organisée par le conseil départemental de la Haute-Garonne, jeudi 22 janvier (19 heures).
Liberté d’expression, liberté de la presse, dans un monde sous l’emprise des réseaux sociaux, comment résonnent ces mots chez vous ?
On est particulièrement inquiet aujourd’hui d’une forme de confusion qui s‘introduit dans les esprits sur ce qu’est la liberté de la presse. Notamment, parce que nous avons face à nous, pour tous ceux qui aiment le journalisme, des forces politiques tel le trumpisme qui tentent de promouvoir la liberté d’expression au-dessus de la liberté de la presse. Ou contre la liberté de la presse. Cette table ronde permet d’aller à la rencontre des gens, de revenir aux fondamentaux, expliquer ce qu’est le journalisme. Ce que permet la liberté de la presse, partout où elle est présente et, malheureusement, c’est de moins en moins le cas à travers le monde.
Considérez-vous qu’en France, durant les manifestations des Gilets jaunes, la loi travail, les agriculteurs, la liberté de la presse a aussi été mise à mal ?
Le journalisme est une promesse et trop souvent, les gens pensent qu’elle n’est pas tenue. Je fais référence au sondage du journal La Croix sur la confiance des Français dans les médias : on voit une large défiance, mais on voit aussi qu’il y a une demande claire d’un journalisme qui fasse la différence entre l’opinion et les faits, donnant des nouvelles plus positives. C’est une invitation, dans le contexte social actuel et dans le contexte technologique qui polarise énormément, à repenser la valeur ajoutée du journalisme. À adhérer à ce qui en constitue l’essence : l’honnêteté, l’indépendance et le pluralisme, ce qui est attendu de la presse. Ce qu’on a vu, ce sont en revanche des faits extrêmement préoccupants ces dernières années. Comme le cas de ce journaliste à Reims qui s’est retrouvé en l’état de mort cérébrale, après avoir été agressé dans la banlieue. On a vu aussi des violences armées contre des journalistes en Nouvelle-Calédonie. Il y a aujourd’hui une sorte d’explosion de la violence qui se caractérise par des agressions extrêmement symboliques. La liberté de la presse n’est garantie nulle part, c’est un combat avec les citoyens.
Beaucoup de journalistes sont tués dans le monde, est-ce aussi une situation qui s’amplifie ?
Près de la moitié des journalistes tués dans le monde l’ont été à Gaza. On voit aujourd’hui comment le dévissage du droit international a des conséquences réelles sur ce qui se passe, entre autres, en Russie.

