L’ayatollah Ali Khamenei lors d’un discours devant ses partisans à Téhéran en Iran, le 17 janvier 2026. IRANIAN SUPREME LEADER’S OFFICE/ZUMA/SIPA
Près de trois semaines après le début de grandes manifestations en Iran, la vague de protestation semble avoir été étouffée par une répression féroce qui a fait des milliers de morts, ont estimé vendredi 16 janvier des experts et des ONG. Déclenchées le 28 décembre à Téhéran par des commerçants contre le coût de la vie, ces manifestations ont véritablement pris de l’ampleur le 8 janvier, défiant ouvertement la République islamique mise en place en 1979. Les autorités ont alors coupé internet, une décision visant à cacher « la brutalité » de la répression, selon des groupes de défense des droits humains.
• Entre 3 400 et 20 000 morts selon les estimations
Pour la première fois, les autorités iraniennes ont livré vendredi un chiffre pour les arrestations : quelque 3 000 personnes ont été interpellées, selon des responsables de la sécurité cités par l’agence de presse iranienne Tasnim, qui pointe du doigt « des individus armés » et « des membres d’organisations terroristes ».
La réalité est bien plus noire, avance Iran Human Rights (IHR). Cette ONG basée en Norvège fait désormais état de quelque 20 000 arrestations et au moins 3 428 personnes tuées, des cas vérifiés par elle-même ou via des sources indépendantes. D’autres évaluations donnent plus de 5 000 morts, voire 20 000, selon IHR, la coupure d’internet rendant difficile le travail de vérification pour les ONG et les médias. La chaîne d’opposition Iran International, opérant depuis l’étranger, affirme pour sa part qu’au moins 12 000 personnes ont été tuées, citant de hautes sources gouvernementales et sécuritaires.
Pour Mahmood Amiry-Moghaddam, directeur de IHR, les autorités iraniennes ont « commis l’un des crimes les plus graves de notre époque ». Il invoque « des témoignages directs horrifiants » faisant état de « manifestants abattus alors qu’ils tentaient de fuir, de l’utilisation d’armes de guerre et de l’exécution en pleine rue de manifestants blessés ». « Les massacres perpétrés par les forces de sécurité iraniennes depuis le 8 janvier sont sans précédent dans le pays », estime aussi Lama Fakih, directrice de programme à l’ONG Human Rights Watch.
• Nouvel appel à manifester de Reza Pahlavi
Si le mouvement semble marquer le pas, le fils de l’ancien chah d’Iran, exilé aux Etats-Unis, s’est dit convaincu que la République islamique allait « tomber ». « Ce n’est pas une question de “si”, mais de “quand” », a lancé Reza Pahlavi à la presse à Washington. Depuis le début du mouvement, le fils de l’ancien chah d’Iran multiplie ces déclarations.
Dans une publication sur les réseaux sociaux, il a appelé les Iraniens à descendre à nouveau dans la rue samedi et dimanche à 20 heures locales « dans la colère et la protestation ».
• Une très légère reprise d’internet
L’ONG de surveillance de la cybersécurité Netblocks a annoncé samedi avoir décelé une « très légère » reprise de l’activité internet en Iran après plus de 200 heures de coupure en lien avec le mouvement de contestation. « Les mesures montrent une très légère augmentation de la connectivité en Iran ce matin passé la marque des 200 heures », indique cette organisation sur ses réseaux sociaux.
Toutefois « la connectivité générale reste à environ 2 % des niveaux habituels et il n’y a pas de signe de reprise significative », ajoute-t-elle.
• Le guide suprême iranien pointe Trump du doigt
Samedi, le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a affirmé que l’Iran doit « briser le dos des séditieux ». « Nous n’avons pas l’intention de mener le pays à la guerre, mais nous n’épargnerons pas les criminels nationaux […] pire encore que les criminels nationaux, les criminels internationaux, nous ne les épargnerons pas non plus », a-t-il déclaré à ses partisans à l’occasion d’une fête religieuse. « Par la grâce de Dieu, la nation iranienne doit briser le dos des séditieux, tout comme elle a brisé le dos de la sédition », a-t-il ajouté.
Le guide suprême iranien a aussi accusé le président américain Donald Trump d’être « coupable des victimes » survenues lors des récentes manifestations. « Nous tenons le président américain pour coupable des victimes, des dégâts et des accusations qu’il a portées contre la nation iranienne », a-t-il déclaré au cours de son discours.
« C’était un complot américain », a-t-il affirmé, ajoutant que « l’objectif des Etats-Unis est d’avaler l’Iran […] l’objectif est de replacer l’Iran sous domination militaire, politique et économique ».
• Le spectre d’une action militaire américaine s’éloigne
Sur le front diplomatique, la menace d’une nouvelle action militaire des Etats-Unis contre l’Iran semble s’éloigner, après que ses alliés du Golfe sont intervenus auprès de Donald Trump. Le président américain avait multiplié ces dernières semaines les menaces d’intervention, avant d’affirmer mercredi avoir été informé « par des sources très importantes » que « les tueries ont pris fin ».
Alors que Vladimir Poutine ne s’était pas encore exprimé publiquement sur la situation en Iran, il s’est entretenu vendredi avec le président iranien, qui l’a remercié du soutien de Moscou. La veille, lors d’une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies, l’ambassadeur russe Vassili Nebenzia avait reproché aux Etats-unis « d’attiser les tensions et d’alimenter l’hystérie ».
Le Kremlin a annoncé que Vladimir Poutine avait également discuté avec le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou. Ce dernier avait parlé jeudi à Donald Trump, en lui demandant, selon le « New York Times », de ne pas intervenir militairement.
L’Arabie saoudite, le Qatar et Oman avaient également mis en garde Donald Trump contre le risque « de graves répercussions pour la région », selon un haut responsable saoudien interrogé par l’AFP. « Toutes les options restent sur la table côté américain », a toutefois spécifié jeudi la Maison Blanche, précisant que le président américain avait averti Téhéran de « sérieuses conséquences » si la répression du mouvement de contestation continuait.

