January 18, 2026

"Verser des déchets, c’est terminé mais le mouvement n’est pas fini" : pourquoi des agriculteurs passent au nettoyage dans le Gers

l’essentiel
À Mirande (Gers), des Jeunes agriculteurs nettoient les traces de leur mobilisation pour soulager la commune, tout en dénonçant l’inaction de l’État et un dialogue toujours bloqué sur la crise agricole. Le maire s’était ému du coût de traitement des déchets pour les finances de la ville.

Sous une pluie fine, un tracteur équipé d’un bras mécanique s’active à l’entrée de Mirande. Il saisit pneus, bâches et bottes de paille pour les déposer méthodiquement dans des bennes, remplies tour à tour.

À proximité, deux gendarmes régulent la circulation pendant que les automobilistes patientent calmement, moteurs au ralenti. À mesure que la paille est déplacée, une odeur de ferme se dégage, rappelant l’origine agricole de cette mobilisation qui a marqué la ville ces dernières semaines.

Alors que l’État refuse toute prise en charge financière des dégâts liés aux manifestations agricoles sans décision de justice, les agriculteurs de Mirande ont choisi une autre voie. Ce samedi matin, une équipe de volontaires, une douzaine, s’est mobilisée pour nettoyer les abords de la sous-préfecture et les ronds-points de la ville, afin de limiter la facture laissée à la commune.

Ils étaient une douzaine sur le pont ce samedi matin.
Ils étaient une douzaine sur le pont ce samedi matin.
DDM – SEBASTIEN LAPEYRERE

Pour les agriculteurs, le sentiment dominant reste celui d’un dialogue bloqué. “L’État joue la montre”, estime Julien Montagner, jeune ouvrier agricole de 21 ans présent sur place. “Ils auraient pu prendre des décisions avant Noël, notamment sur l’arrêt des abattages massifs. Ils ne l’ont pas fait. Ils se disent qu’au 15 février, on sera tous repartis dans les champs et que ce sera fini. Mais ce n’est pas comme ça que ça va se passer.”

Si le nettoyage devait s’achever en début d’après-midi, la vigilance, elle, reste intacte. “On reste sur le qui-vive”, prévient Jean-Michel Dossat, agriculteur des environs de Mirande. “Si rien ne bouge, on est prêts à repartir.”

“Si tout avait été déposé par-dessus les grilles de la préfecture, c’est l’État qui aurait payé. Mais comme c’est sur la voie publique, c’est la ville qui se retrouve avec la facture”, résume Julien Montagner. “Le maire l’a dit : ça va coûter 15 000 euros. Ce n’est pas normal. J’habite ici, à Mirande, et on vise l’État, pas la ville.”

“On va trier, c’est ça qui coûte cher”

Sur place, le nettoyage se fait avec méthode. “Nettoyer, oui, mais surtout trier. C’est ça qui coûte cher”, insiste Julien Montagner. “Les pneus, les bâches, la paille, ce ne sont pas des déchets simples. On va aussi passer un coup de balai devant la sous-préfecture, pour que ce ne soit pas la mairie qui le fasse.”

Les agriculteurs ont prévenu la mairie, le Département et les services de l’État. Les gendarmes, déjà présents, assurent la sécurité de l’opération. “Tout se fait dans le calme”, souligne Jean-Michel Dossat. “Les gens attendent, comprennent, et ça se passe bien.”

Pneus, bâches et bottes de paille avaient été abandonnés aux entrées de la commune.
Pneus, bâches et bottes de paille avaient été abandonnés aux entrées de la commune.
DDM – SEBASTIEN LAPEYRERE

Les agriculteurs l’assurent : les actions de déversement sont, pour l’instant, suspendues. “Verser des déchets, c’est fini pour le moment”, affirme Julien Montagner. “Mais le mouvement, lui, n’est pas terminé. On ne sait juste plus comment alerter l’État.”

Un groupe de travail doit être créé à la Chambre d’agriculture pour structurer les revendications et les faire remonter plus efficacement. “Le Gers est l’un des départements agricoles les plus sinistrés de France”, rappelle-t-il.

En attendant, les agriculteurs espèrent que ce geste en faveur de la commune permettra de préserver le soutien de la population locale. “On mangera ensemble à midi, au restaurant, pour faire marcher le local”, sourit Julien Montagner. “Malgré les tensions, ces moments-là comptent aussi.”

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