January 16, 2026

ENTRETIEN. TFC – Nice : évolution de la L1, mission et mercato, Dupé, Toulouse au crible… Le Castrais Claude Puel, nouveau coach du GYM, se confie

l’essentiel
Ce sera son troisième match depuis son arrivée au chevet des Azuréens. Et il reste invaincu. Âgé de 64 ans, Claude Puel, le natif de Castres, est sorti de son oisiveté monégasque le 29 décembre dernier pour une mission, a priori, de six mois. Objectif : redresser l’OGC Nice (où il était déjà passé entre 2012 et 2016) en position fâcheuse sous Franck Haise. Le technicien tarnais n’a pas perdu l’expertise de ses analyses. Discussion à… ballons rompus avant l’affiche de samedi (19h, J18) au Stadium municipal.

Plus de parties de golf, alors ?
(il sourit) J’avais pu rejouer, oui-oui, mais là il faut que je fasse attention : courir un peu, m’entretenir ; il s’agit tenir le cap en somme.

Claude Puel, dans ses "anciens nouveaux" habits niçois.
Claude Puel, dans ses “anciens nouveaux” habits niçois.
MAXPPP – ANTONIN UTZ

Depuis quatre ans, la L1 a-t-elle évolué selon vous ?
Je dirai qu’il y a l’avènement de clubs qui sont vendus à des fonds ou de grandes fortunes. Certains cherchent à tout prix à y développer, entre guillemets, ce qu’on appelle des actifs, c’est-à-dire des joueurs qui sont en capacité par la suite d’être revendus avec une plus-value. C’est une particularité qui crée un peu d’instabilité. Il y a l’environnement qui a changé au niveau des propriétaires, il y a aussi l’environnement qui a changé au niveau financier : avec les droits télé qui sont tombés, pas mal de clubs se retrouvent dans la panade et doivent rivaliser de trésors d’ingéniosité. Avoir des idées, faire des essais, tenter des coups. Donc, j’appellerais notre L1 “centre de formation” des quatre autres grands championnats européens. Nous, on est le cinquième : pas mal de cadors mettent leurs joueurs en couveuse chez nous ou carrément des entraîneurs pour les voir se développer et puis les récupérer par la suite. Parfois à mi-saison, comme on vient de le voir [Rosenior, transféré de Strasbourg à Chelsea, deux entités appartenant au consortium BlueCo]. Bref : tout ça n’entretient pas une certaine régularité et il est devenu difficile de pouvoir construire quelque chose ne serait-ce que sur deux ou trois ans.

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Si on revient au terrain, au niveau du jeu proprement dit quel est votre regard sur l’évolution depuis 2021 ?
ll y a des étapes et des tendances. À un moment donné, priorité était donnée à la conservation. Maintenant, ce sont les attaques rapides, les situations de contres qui sont beaucoup étudiées dans les clubs. Le profil des joueurs a ainsi évolué. On a pour habitude de prendre des éléments avant tout rapides, capables de faire des différences dans les espaces. Pareil par rapport aux systèmes de jeu où ça copie en quelque sorte le voisin. Paris entre autres en Ligue des champions essaie beaucoup de repartir de derrière. Or il y a des équipes qui n’ont pas la qualité ni l’effectif pour mener à bien le projet. Il faut apprendre à gérer ça, inculquer aux joueurs que leur intérêt passe par un développement et une bonne expression. Tenir en éveil et/ou réussir à faire grandir le joueur ou son équipe dans une relative précarité, c’est notre rôle. Il s’agit d’avoir une adaptabilité de plus en plus importante.

Geoffroy-Guichard, 5 décembre 2021, Saint-Étienne est fessé 5 à 0 par Rennes. C’était votre dernier match sur un banc ; on s’interroge sur le fait d’être toujours dans le coup ou pas ?
Non, désolé, pas du tout (sourire). Lorsque je suis parti de Saint-Étienne, ce n’était même pas encore les matchs retours (J17) et on n’était qu’à deux points du barragiste. Il n’y avait pas de quoi, même si on était mal classés, s’affoler. Surtout, il y avait beaucoup de bons jeunes qui ont ensuite rendu service au club.

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Lors de votre intronisation au GYM, vous avez déclaré replonger “par passion”.
Bien sûr. J’ai eu maintes possibilités de repartir, contrats lucratifs à la clé, un peu partout dans le monde. Mais bon, j’avais envie de rester en Europe et d’avoir un beau challenge. Et à Nice il y en a un jusqu’à la fin de saison parce que, justement, il y a énormément de blessés, de joueurs indisponibles, une situation au classement pas évidente. Il s’agit de reprendre le fil, c’est motivant.

Vous avez signé un contrat de six mois. C’est vraiment du one-shot ?
Oui. Après, on fera le point en temps voulu, à la fin de la saison, de la part du club, ce que les dirigeants veulent faire, de ce que moi je veux faire. Je suis libre, si vous voulez, dans ma façon de fonctionner. On me sollicitera pour continuer ou non, et puis moi j’aurai envie ou pas.

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Nice est 14e avec 18 points. Pourtant, quand on regarde sur le papier…
…(il coupe) Le premier match (face à Strasbourg, 1-1), on avait 16 joueurs en moins ; le deuxième [à Nantes en Coupe, qualification 5-3 aux tirs au but (1-1)], c’étaient 15 qui manquaient à l’appel. Je ne pense pas qu’il y ait un club en France qui ait autant de joueurs sur le côté, qu’ils soient suspendus, à la CAN, blessés, ou touchés par certaines choses avec les supporters (Boga et Moffi, victimes de violences, en arrêt de travail depuis un mois et demi). C’est énorme. On se doit d’analyser la situation avec toutes les composantes. Et se concentrer sur les joueurs qui sont disponibles en ce moment afin de faire du mieux possible.

Un des premiers leviers c’est redonner confiance aux joueurs, non ?
Naturellement. Petit à petit. Car rassurer des joueurs c’est les faire adhérer à quelque chose, à une façon d’évoluer, à une façon de défendre ensemble, d’attaquer ensemble. Créer une alchimie avec plein de petits détails. Et plus on donne aux joueurs des ingrédients, plus ils se sentent solides, recouvrent du répondant et de l’assurance. Le problème, c’est le temps. Par conséquent, tout ce qu’on apprend et tout ce qu’on fait reste fragile – et c’est normal.

Les deux matchs que vous avez dirigés, votre formation était alignée en 4-3-3.
Oui, mais on peut jouer avec différents systèmes sans problème – y compris changer en cours de jeu pour offrir plus de part offensive ou, au contraire, donner davantage de solidité défensive. Pour moi, le schéma n’est pas prépondérant.

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En fonction de tout ça, après Wahi, vous allez continuer à être actif au mercato ?
Peut-être. Encore une fois, on est un petit peu sur le fil du rasoir, dans la mesure où on a fait débuter des jeunes qui n’avaient jamais débuté en pro (à commencer par Everton, 18 ans, fils de l’ancien milieu azuréen Everson). Par exemple, on a sept défenseurs axiaux à la base dans le groupe, mais on se retrouve avec cinq ou six absents. On va rester attentifs jusqu’à fin janvier pour voir comment ça évolue et comment cela se passe.

Un petit mot sur Maxime Dupé, ancien Toulousain (2020-2023). Yehvann Diouf étant à la CAN, il a disputé les deux matchs et a été en évidence. Est-ce qu’il y a une réflexion au niveau du gardien de but ?
C’est le genre de question à laquelle je ne réponds pas. Max a fait deux bonnes prestations et il faut qu’il continue. C’est tout.

Sanson capitaine, c’est fait pour durer ?
Je pense qu’il y a d’autres joueurs qui peuvent porter le brassard. Mais je trouvais qu’à l’instant T Morgan avait la maturité nécessaire pour faire abstraction de son capitanat et se concentrer sur son jeu ; ce que peut-être d’autres plus jeunes n’étaient pas encore en capacité.

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Parlons de Toulouse. Que pensez-vous de ce TFC 2025-2026 ?
Je trouve que ce que les Toulousains font est très cohérent. Ce n’est pas évident à chaque mercato estival de devoir se renouveler. Toulouse vend pour équilibrer son budget et, de facto, se retrouve à chercher des joueurs qui ont le potentiel pour conserver le niveau de l’équipe. Un éternel recommencement. Et leur modèle économique et sportif aura été intéressant ces dernières saisons. Rayon ballon, il y a des principes de jeu qui sont ancrés, développés et bien animés.

Forcément, ça compte dans votre préparation du match…
On ne s’adapte pas, ce n’est pas le terme, mais on prend en compte la donnée en tant que coach. Comme toujours, notre job est de présenter au groupe l’adversaire, ses caractéristiques, comment il évolue, s’il a des points forts ou des habitudes de jeu, comment il gère les coups de pied arrêtés, etc. C’est donner des informations aux joueurs. Maintenant, encore une fois, avant tout il s’agit de développer notre jeu, quel que soit le dispositif adverse. Puis…

Oui…
On a un calendrier qui est difficile. Parce qu’on a joué à Nantes et on s’est qualifiés à l’extérieur où il y avait une chaude ambiance. On joue à Toulouse puis – après la C4 – on rejoue à Nantes le match de championnat qui suit. Et après (le dernier match européen), on recevra Brest. Dans la situation qu’on est et avec l’effectif que nous avons, on rencontre des équipes qui, entre guillemets, sont “avec nous” ; et ça va être costaud.

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Il y a une clé au match, samedi ?
Je pense qu’il faut être prêts à tout, tout simplement. Contre Strasbourg, on a été cueillis à froid (1-0, 13e sp). On est revenus dans le match et c’était intéressant parce qu’au vu des occasions on aurait dû gagner. Quoi qu’il en soit, c’était bien de revenir dans la partie et de faire preuve de caractère. Pareil à Nantes où on a eu une balle de 2-1 avec un penalty qu’on ne convertit pas. Or, on ne s’est pas écroulés derrière pour autant. On bosse et on essaie d’être présents, de répondre à toute situation. C’est ça le plus important.

Et des éléments à surveiller de près côté toulousain ?
Je ne vais pas en citer mais il y a de belles individualités. Elles peuvent s’exprimer parce qu’il y a un cadre qui leur est fourni.

Au fait, vous allez être obligé d’écrire une deuxième autobiographie*…
(sourire) On n’en est pas là.

(*) « Libre – 50 ans de football » de Claude Puel chez Solar ; paru en octobre 2022.

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