Œnologue depuis plus de vingt ans, passé par les grandes régions viticoles françaises, Cédric Tannière pilote aujourd’hui l’ensemble de la partie œnologique de la cave coopérative de Buzet. À la croisée de la science, du collectif et du territoire, il incarne une vision engagée et lucide du vin, dans un contexte de profonde mutation de la filière.
Arrivé à Buzet il y a quatre ans, Cédric Tannière a pris, le 1er novembre 2024, la pleine responsabilité œnologique de la cave coopérative. Une étape importante, marquée par ses premières vinifications en solo sur un millésime charnière. « Ici, on transforme le travail d’un an des vignerons. On n’a pas le droit à l’erreur », résume-t-il. Dans une cave coopérative qui représente près de 95 % de l’appellation Buzet, la mission est aussi stratégique que collective.
Un parcours ancré dans le vin et le mouvement
Pur produit de l’enseignement agricole, Cédric Tannière suit un BTS viticulture-œnologie à Libourne, avant une licence de commerce des vins à Montpellier, le diplôme national d’œnologue à Bordeaux et un master de gestion de domaine viticole. Une formation complète, nourrie par un héritage familial fort : des grands-parents vignerons en Ardèche, un père et un grand-père dans l’enseignement agricole, une sœur devenue professeure d’œnologie.
De Bergerac à la Bourgogne, de Cahors au Vaucluse, il forge son expérience chez des négociants comme en coopérative. Ce choix n’est pas anodin. « La coopération est un modèle qui a du sens : esprit collectif, résilience, lien avec le terroir et le territoire », affirme-t-il. À Buzet, cette philosophie prend tout son relief : la cave coopérative est née avant même l’AOC, fruit d’un collectif de vignerons avant d’être une appellation.
« L’œnologie, c’est savoir se remettre en question »
Le métier d’œnologue, Cédric Tannière le décrit comme une discipline multicasquette : dégustation, chimie, réglementation, pilotage analytique, gestion humaine. « Le diplôme donne des bases, mais c’est la carrière qui les met à l’épreuve », explique-t-il. À la cave de Buzet, son année se scinde en deux : une période intense de juillet à décembre, rythmée par les vendanges et les vinifications, puis un temps plus posé consacré aux assemblages, à l’élevage et aux échanges commerciaux.
Mais le contexte actuel complexifie la donne. Baisse de la consommation, tensions géopolitiques, crise économique, arrachages massifs : la filière viticole traverse une zone de turbulences. À cela s’ajoute le changement climatique, dont la vigne est un révélateur implacable. « En vingt ou trente ans, on a gagné deux à trois degrés d’alcool potentiel et avancé les vendanges de quinze jours à un mois », constate-t-il. À Buzet, l’influence atlantique s’efface peu à peu, modifiant profondément les équilibres.
Face à ces défis, l’adaptation est la clé. Nouveaux process, cuves de plus petits volumes, sélections plus fines : la cave engage une transformation technique progressive. « Un bon œnologue doit savoir se remettre en question et travailler avec les autres. On n’a pas la vérité », insiste-t-il.
Malgré les difficultés traversées, Cédric Tannière croit à l’avenir de Buzet. « Si je n’y croyais pas, je ne serais pas là. » Porté par un projet collectif renouvelé et un millésime prometteur, il s’inscrit dans le temps long. Parce que, pour lui, le vin reste avant tout une aventure humaine.

