January 15, 2026

« Le vin, c’est un produit vivant » : Cédric Tannière, l’homme-orchestre de la cave de Buzet

l’essentiel
Œnologue depuis plus de vingt ans, passé par les grandes régions viticoles françaises, Cédric Tannière pilote aujourd’hui l’ensemble de la partie œnologique de la cave coopérative de Buzet. À la croisée de la science, du collectif et du territoire, il incarne une vision engagée et lucide du vin, dans un contexte de profonde mutation de la filière.

Arrivé à Buzet il y a quatre ans, Cédric Tannière a pris, le 1er novembre 2024, la pleine responsabilité œnologique de la cave coopérative. Une étape importante, marquée par ses premières vinifications en solo sur un millésime charnière. « Ici, on transforme le travail d’un an des vignerons. On n’a pas le droit à l’erreur », résume-t-il. Dans une cave coopérative qui représente près de 95 % de l’appellation Buzet, la mission est aussi stratégique que collective.

Un parcours ancré dans le vin et le mouvement

Pur produit de l’enseignement agricole, Cédric Tannière suit un BTS viticulture-œnologie à Libourne, avant une licence de commerce des vins à Montpellier, le diplôme national d’œnologue à Bordeaux et un master de gestion de domaine viticole. Une formation complète, nourrie par un héritage familial fort : des grands-parents vignerons en Ardèche, un père et un grand-père dans l’enseignement agricole, une sœur devenue professeure d’œnologie.

De Bergerac à la Bourgogne, de Cahors au Vaucluse, il forge son expérience chez des négociants comme en coopérative. Ce choix n’est pas anodin. « La coopération est un modèle qui a du sens : esprit collectif, résilience, lien avec le terroir et le territoire », affirme-t-il. À Buzet, cette philosophie prend tout son relief : la cave coopérative est née avant même l’AOC, fruit d’un collectif de vignerons avant d’être une appellation.

« L’œnologie, c’est savoir se remettre en question »

Le métier d’œnologue, Cédric Tannière le décrit comme une discipline multicasquette : dégustation, chimie, réglementation, pilotage analytique, gestion humaine. « Le diplôme donne des bases, mais c’est la carrière qui les met à l’épreuve », explique-t-il. À la cave de Buzet, son année se scinde en deux : une période intense de juillet à décembre, rythmée par les vendanges et les vinifications, puis un temps plus posé consacré aux assemblages, à l’élevage et aux échanges commerciaux.

Mais le contexte actuel complexifie la donne. Baisse de la consommation, tensions géopolitiques, crise économique, arrachages massifs : la filière viticole traverse une zone de turbulences. À cela s’ajoute le changement climatique, dont la vigne est un révélateur implacable. « En vingt ou trente ans, on a gagné deux à trois degrés d’alcool potentiel et avancé les vendanges de quinze jours à un mois », constate-t-il. À Buzet, l’influence atlantique s’efface peu à peu, modifiant profondément les équilibres.

Face à ces défis, l’adaptation est la clé. Nouveaux process, cuves de plus petits volumes, sélections plus fines : la cave engage une transformation technique progressive. « Un bon œnologue doit savoir se remettre en question et travailler avec les autres. On n’a pas la vérité », insiste-t-il.

Malgré les difficultés traversées, Cédric Tannière croit à l’avenir de Buzet. « Si je n’y croyais pas, je ne serais pas là. » Porté par un projet collectif renouvelé et un millésime prometteur, il s’inscrit dans le temps long. Parce que, pour lui, le vin reste avant tout une aventure humaine.

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