Avec près de 6 500 milliards d’euros d’épargne financière, les Français paraissent plus riches que jamais… sur le papier. Assurance vie, livrets, actions, comptes courants ou cryptoactifs : derrière ce trésor colossal, les choix d’investissement restent prudents, même si les pratiques évoluent, surtout chez les plus jeunes.
Record historique. Fin juin, le patrimoine financier des ménages français atteignait 6 477,6 milliards d’euros, selon la Banque de France. Une somme vertigineuse, presque deux fois supérieure à la dette publique et plus de trois fois la capitalisation boursière des entreprises du CAC40.
À lire aussi :
ENTRETIEN. Les Français n’ont jamais autant épargné : “Ils ne sont pas réfractaires au risque par manque d’éducation, c’est culturel”
Cette épargne n’a cessé de gonfler au cours des dix dernières années, avec une hausse de plus de 50 %. Mais elle n’est pas concentrée sur un seul support. Elle se répartit entre assurance vie, actions cotées et non cotées, organismes de placement collectif, livrets réglementés, dépôts à vue et même espèces. Et tous ces placements ne jouent pas le même rôle dans le patrimoine des ménages.
L’assurance vie, pilier indétrônable
Sans rival, l’assurance vie reste le cœur de l’épargne des Français. Fin novembre, son encours atteignait 2 106 milliards d’euros, selon France Assureurs. Environ 20 millions de personnes détiennent au moins un contrat, souvent plusieurs, pour un capital moyen supérieur à 100 000 euros par souscripteur.
Ce succès s’explique par la polyvalence du produit. L’assurance vie permet à la fois d’épargner à long terme, de préparer la retraite et d’organiser la transmission du patrimoine. Les sommes sont réparties entre fonds euros, sécurisés et à capital garanti, et unités de compte, plus risquées mais potentiellement plus rémunératrices. Après plusieurs années de rendements modestes, le taux moyen servi par les fonds euros devrait avoisiner 2,65 % cette année, hors prélèvements fiscaux et sociaux.
Actions cotées et non cotées, un appétit croissant
Juste derrière l’assurance vie arrivent les actions, cotées et non cotées. Elles représentent environ 27 % du patrimoine financier des ménages, soit plus de 1 700 milliards d’euros.
La détention directe de parts d’entreprises, encore limitée il y a peu, progresse nettement : elle représentait 6,9 % en 2020 et atteignait environ 12,5 % en mars 2024.
Selon l’Autorité des marchés financiers, en janvier 2025, 30 % des personnes interrogées déclaraient envisager d’investir en actions dans les douze prochains mois, contre 18 % en 2017.
Livrets réglementés, populaires mais limités
Le Livret A reste omniprésent, avec 57 millions de détenteurs. Mais en volume, il pèse beaucoup moins lourd que l’assurance vie. Son encours atteignait 438,9 milliards d’euros fin novembre.
Son principal frein est bien connu : le plafond de 22 950 euros. En moyenne, les livrets A ne sont remplis qu’à hauteur de 7 482 euros, soit environ un tiers de leur capacité. Après avoir bénéficié d’un taux à 3 %, le produit a perdu de son attrait depuis la baisse de sa rémunération à 1,7 % en août, avec une nouvelle diminution attendue début février. D’autres produits réglementés existent, comme le LEP, le PEL ou le LDDS.
Comptes courants et cash, l’épargne immobile
Une part importante de l’épargne des Français ne rapporte pourtant rien. Les dépôts à vue, autrement dit l’argent laissé sur les comptes courants, représentaient encore 546 milliards d’euros fin novembre. Après plusieurs années de recul, la baisse semble s’être stabilisée.
À cela s’ajoute l’argent liquide. Selon une estimation fondée sur les données de la Banque de France, près de 210 milliards d’euros seraient encore détenus en espèces. Une épargne de précaution, invisible, qui correspond à un besoin de liquidité immédiate.
Cryptoactifs, la percée des plus jeunes
Longtemps marginaux, les cryptoactifs gagnent du terrain. En 2024, 9 % des Français en détenaient, contre 3 % seulement en 2022, selon la Banque centrale européenne. La progression est rapide, même si les montants engagés restent encore limités.
Ce mouvement est largement porté par les moins de 35 ans. L’AMF observe que les jeunes investisseurs sont de moins en moins frileux face au risque, aussi bien pour les actions que pour les cryptoactifs.

