January 6, 2026

Colère des agriculteurs : "On veut bloquer la grande distribution", nouveau barrage filtrant près de la frontière espagnole

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La colère des agriculteurs ne faiblit pas face à la gestion sanitaire de la dermatose nodulaire contagieuse. À Fos, des éleveurs ont installé un nouveau barrage filtrant sur la N125, ciblant les poids lourds en provenance et en direction de l’Espagne.

Ce lundi 5 janvier, les phares des voitures glissaient au ralenti jusqu’au rond-point de Fos, village frontalier avec l’Espagne au sud de la Haute-Garonne. Depuis dimanche, quelques dizaines d’agriculteurs ont planté un nouveau point de mobilisation sur la N125.

Les barnums sont chauffés et le brasier reste allumé pour affronter les températures négatives des prochains jours. Le mouvement semble parti pour s’inscrire dans la durée. “On n’est pas là pour le plaisir et on n’a pas l’intention de céder”, assure l’un d’eux sur place. À l’origine de leur colère : l’abattage systématique des vaches atteintes de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), et l’impasse économique qui s’ensuit pour les éleveurs.

Colère pacifique

Les agriculteurs mobilisés revendiquent un mouvement sans étiquette syndicale ni politique, mais surtout “sans violence ni dégradation”.

Lundi matin, ils ont demandé l’autorisation de mettre en place un barrage filtrant. Une requête d’abord refusée. Les forces de l’ordre ont alors évoqué la possibilité d’une intervention si un blocage venait à s’installer. À quelques kilomètres de là, à Fronsac, une vingtaine de véhicules de gendarmerie, notamment des Centaures, étaient postés toute la journée. Le rapport de force était visible, mais tout a été mis en œuvre pour éviter la confrontation.

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Vers midi, malgré les avertissements, deux tracteurs se sont garés en travers de la chaussée. “On pensait qu’ils allaient arriver”, reconnaît un agriculteur sur le rond-point. Le blocage aura duré une petite heure, puis le barrage filtrant a finalement été toléré.

“Bloquer la grande distribution”

De part et d’autre du rond-point, les éleveurs ont fait signer une pétition aux automobilistes tout l’après-midi, ralentissant la circulation, expliquant leur combat. Seuls les camions étaient empêchés de passer. Les poids lourds espagnols, notamment, étaient contraints de faire demi-tour. “On veut bloquer la grande distribution”, résume Bertrand Perefarres, éleveur à Sauveterre-de-Comminges. “Si on ne le fait pas à notre petite échelle, on n’obtiendra rien au niveau national.”

Des deux côtés, on cherche à éviter l’affrontement. “Tôt ou tard, ça va finir par arriver. Mais tant qu’ils ne seront pas là physiquement, tant qu’on ne sera pas lame contre lame, on ne reculera pas”, poursuit le jeune éleveur de vaches allaitantes.

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À défaut de confrontation directe, une négociation s’est engagée. Les éleveurs mobilisés ont pu échanger par téléphone avec la présidente de Région, Carole Delga. “On lui a demandé de faire son maximum pour qu’on reste”, explique Bertrand Perefarres. Avec Éric Barbe, un autre agriculteur, il s’est entretenu avec elle. “Elle soutient le monde agricole, elle comprend, elle est dans la discussion”, assure-t-il.

Mais être entendus ne leur suffit pas. “Les subventions pour nous faire taire, ça ne nous intéresse pas”, martèlent-ils. Ils réclament des solutions concrètes, à court et à long terme, pour pouvoir revendre au plus vite leurs animaux et préserver leur trésorerie. “En bloquant, on a de l’impact, sinon ils ne nous empêcheraient pas de le faire”, insiste Bertrand. “Si on arrive à tenir, ça devrait faire du bruit.” Sur la N125, la nuit est tombée ce lundi soir, mais la colère agricole est restée éveillée.

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