January 15, 2026

Des poules et des cochons dans les vignes : le Clos Troteligotte expérimente l’écopâturage

l’essentiel
Emmanuel Rybinski va introduire de petits animaux sur le domaine, à Villesèque, pour favoriser le travail naturel des sols. Une collecte en ligne est ouverte pour financer les 2,3 km de clôture nécessaire au projet.

Dans l’esprit en perpétuelle ébullition d’Emmanuel Rybinski, l’idée générale est limpide. Une ferme comme un domaine viticole doit atteindre un équilibre naturel global. Le viticulteur à la tête du Clos Troteligotte, à Villesèque, dans l’appellation cahors, est déjà inscrit dans une démarche de vins bios et biodynamiques, et s’est lancé dans l’agroforesterie depuis 2021, avec la plantation de plus de 5 000 arbres et arbustes en quatre ans. Rien d’étonnant donc à le voir innover encore, avec de l’écopâturage dans ses vignes.

Déjà engagé dans la biodynamie et l’agroforesterie, Emmanuel Rybinski va expérimenter l’écopâturage dans les vignes.
Déjà engagé dans la biodynamie et l’agroforesterie, Emmanuel Rybinski va expérimenter l’écopâturage dans les vignes.
IK Ilze Kraukle Photographie

L’arrivée des huit premiers moutons est imminente. Suivront dans les semaines puis mois à venir, des poules, une ou deux vaches, et quarante à soixante cochons Kunekune de Nouvelle-Zélande (espèce de petite taille). “Le bénéfice de petits animaux dans les vignes est multiple, explique Emmanuel Rybinski. Ils retournent la terre en surface et amènent de la vie dans et au-dessus des sols.”

“On recrée de la biodiversité à notre échelle”

Concrètement, ils permettent de gérer l’enherbement et d’amender les parcelles, ils améliorent la richesse des micro-organismes présents dans le sol, et ils aident à attirer insectes et oiseaux. “On recrée de la biodiversité à notre échelle, traduit le viticulteur. On évite de travailler mécaniquement les sols, et on allège notre travail.” Du gagnant-gagnant.

Impossible bien sûr de laisser vaquer tous ces animaux en totale liberté, d’autant que les 16 ha de vignes sont cernés par 30 ha de forêt. L’installation d’une clôture, 2,3 km de linéaire tout de même, est indispensable. Le travail a déjà bien avancé. Depuis l’été, 350 stères de bois ont été réceptionnés et les poteaux ont été plantés autour de la vigne. Reste à installer la clôture. “Tout doit être fini avant juin, pour pouvoir introduire nos animaux dans le clos cet été.”

20 000 € de pertes par an liées aux grands prédateurs

Tout cela a un coût : 20 000 €, pour la seule clôture (sans compter les portes, les passages canadiens, le temps de travail). Pas tant, au regard des dégâts provoqués début septembre par les chevreuils, cerfs et sangliers des environs. Terre retournée, raisin dévoré, jeunes plants arrachés… “J’estime les pertes à 20 000 € chaque année, calcule Emmanuel Rybinski. Sans parler du temps de travail.” La clôture aura aussi ce rôle : protéger les parcelles des gros animaux.

Pour aider le Clos Troteligotte dans sa démarche, une cagnotte participative a été ouverte sur Miimosa, en ligne jusqu’au 19 janvier. D’autres paliers seront ouverts progressivement. “C’est la première fois qu’on fait ça”, précise Pauline Tissot, chargée des ventes pour le domaine. “Près de 5 000 € ont déjà été réunis. De toute façon, il y a déjà eu beaucoup de travail ; on mènera le projet à son terme, quoi qu’il en soit.”

Pour les acteurs du domaine, l’enjeu va bien au-delà : comme les arbres, les animaux au milieu des vignes participent à la vie globale d’un territoire. Une démarche qui a du sens pour les Fuan, à la tête de la Table de Charrou à Limogne et clients de Troteligotte. Eux qui ont fait le choix d’une carte “engagée” priorisent “la philosophie du produit” : comment faire du bon vin, en faisant de bonnes choses. “Boire du vin, c’est boire le terroir.” Et à Troteligotte, le terroir est bichonné.

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