Les experts se sont succédé à la barre des assises de l’Ariège ce mardi 13 janvier 2026 dans un dossier de tentative de meurtre, évoquant tour à tour les dommages physiques et psychologiques ainsi que les enseignements balistiques.
Alors que l’attention du public s’était quelque peu émoussée depuis le début de cette longue deuxième journée d’audience, le fusil que l’expert balistique arme dans ses mains claque comme un coup de fouet. Un sursaut dans la salle Phébus du tribunal de Foix.
Un silence qu’on ne sentait pas aussi intense auparavant s’abat sur l’assemblée, les gens se penchent pour observer attentivement le fusil Sirocco que l’huissier présente aux jurés : une arme impressionnante avec ses deux canons, marbrée d’un beau bois brun nervuré, que Xavier confirme avoir utilisé pour tirer sur le tracteur de Franck le soir du 23 juillet 2023 à Arignac.
16 armes saisies chez le prévenu
La salle voit ce fusil, l’un des 16 saisis au domicile du prévenu, mais elle ne voit pas les dégâts qu’il a laissés dans les corps de Franck et de Nina, sa fille alors âgée de 9 ans. Tout juste entend-elle parler de ce plomb dans sa langue à elle, de sa mâchoire transpercée, et du plomb dans son cœur à lui, qui a voyagé dans les vaisseaux sanguins depuis son épaule blessée jusqu’à son ventricule droit. “Une épée de Damoclès au-dessus de sa tête”, compare la psychologue qui l’a expertisé.
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Et elle, comme ses confrères ou la médecin légiste interrogés ce mardi 13 janvier par la cour d’assises de l’Ariège, fait une longue liste des symptômes psychotraumatiques qui les touchent, en plus des dommages physiques : parmi tant d’autres, la peur, la détresse, l’évitement, les réminiscences, le sentiment de mort imminente, l’anxiété, le renfermement sur soi.
Des versions opposées
Mais si Xavier, au cours des auditions, a fini par confesser aux gendarmes qu’il avait bien utilisé ce fusil pour tirer sur le tracteur, subsistent encore plusieurs zones d’ombre. Se sont-ils vraiment croisés une première fois en fin d’après-midi, devant la maison occupée par un locataire de Xavier ? Ce moment où, s’apprêtant à sortir de son champ, Franck, tout comme sa fille, a senti le regard de Xavier sur lui, un regard “chargé de haine” ?
Toutefois, “Monsieur, vous n’étiez pas d’accord avec cette version, vous avez dit que le tracteur était au fond du champ, vous n’avez que vaguement vu quelqu’un dans la cabine”, s’adresse la présidente Leclair à Xavier. Dans le box, il opine du chef, lentement.
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La zone d’ombre s’épaissit quand on en vient à la position de tir. Sur les télévisions de la salle d’audience, les photos au drone au-dessus du champ défilent, les clichés pris par les gendarmes dans le sous-bois qui borde le terrain aussi. “On avait remarqué une zone dans ce sous-bois qui semblait avoir été piétinée récemment et quand on y est allé, il y avait une vue directe sur le tracteur”, relate le technicien d’identification criminelle qui a examiné la scène de crime.
“C’est impossible à déterminer”
Cette zone à 25 mètres de l’engin, Xavier ne concède pourtant pas s’y être mis pour tirer. Lui indique un endroit à l’entrée du chemin qui borde le champ, un endroit bien plus touffu et éloigné de 43 mètres du tracteur. Et ce n’est pas l’expertise balistique qui permettra de le déterminer plus précisément : “Alors”, répond, d’un ton embarrassé, Christian Brocard, qui a mené l’évaluation. “Il n’y a pas beaucoup d’éléments pour mesurer ça”, reprend-il. Il explique que, comme le pare-brise du tracteur touché a explosé, il n’y a pas de traces d’impact suffisantes pour qu’il compare et détermine l’origine de la gerbe de plombs.
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“Je ne peux pas proposer de tranchées entre les deux distances proposées, c’est impossible à déterminer”, confirme-t-il quand Maître Raynaud de Lage lui repose la question. Tout juste peut-il acquiescer quand Maître Vatinel assène : “Que ce soit 20 mètres ou 50 m, c’est létal, on est d’accord.” Et d’opiner encore du chef quand la présidente reprend : “L’arme utilisée est létale, et les projectiles utilisés, c’est pour tuer le gros gibier.”
“Le pouvoir vulnérant de l’arme, ça dépend quand même de ce que l’on vise, et de ce que l’on touche”, nuance la défense. Mais, sans être un expert médical de son propre aveu, l’expert en balistique répond : “Même des zones considérées comme non vitales peuvent le devenir si on n’apporte pas des soins assez vite, ou que ça touche des zones nerveuses qui peuvent provoquer des arrêts d’organes vitaux.”

