Rassemblement en soutien aux manifestants en Iran à Lafayette Square, en face de la Maison Blanche à Washington, DC, le 3 janvier 2026. (Photo by Mandel NGAN / AFP) MANDEL NGAN / AFP
A chaque soulèvement populaire, son symbole. Et il semblerait bien que le mouvement contestataire iranien contre le régime des mollahs, qui a commencé fin décembre 2025 et est depuis durement réprimé, ait trouvé le sien dans un drapeau : Un étendard blanc, rouge et vert, avec en son centre un lion doré, un soleil et une couronne. Comme une impression de déjà-vu ? Il s’agit en en effet du drapeau de l’ancien régime monarchique du Shah. Alors, que faut-il voir derrière ce symbole ?
• Plusieurs manifestations sous le signe du drapeau monarchique
Depuis quelques jours, ce drapeau s’impose dans des manifestations dans le monde. Ce samedi, sous les hourras de la foule, rassemblée devant l’ambassade de la République islamique d’Iran près de Hyde Park, au centre de Londres, un manifestant est monté au balcon du bâtiment pour y décrocher le drapeau officiel et y installer l’emblème de la monarchie du Shah. Si l’étendard a vite été retiré par les forces de l’ordre, le symbole a eu le temps d’imprégner les esprits. « Démocratie pour l’Iran, roi Reza Pahlavi. Justice pour l’Iran », ont crié en chœur les manifestants.
Ce drapeau-là, reconnaissable grâce au lion doré, avait déjà été aperçu lors de plusieurs rassemblements en soutien à l’Iran au début du mois de janvier, notamment aux Etats-Unis, là où est réfugié Reza Pahlavi, fils du dernier Shah d’Iran. Les jours qui suivent, on le retrouve à Paris, à Berlin, à Bruxelles mais aussi en Iran, à Khorramabad, où des manifestants sont filmés, drapeau à la main, en haut d’une statue.
• Un symbole qui enflamme internet
Depuis ce week-end, ce drapeau a aussi envahi les réseaux sociaux, en signe de contestation de la République islamique d’Iran. Régime qui a été largement contesté pour la dernière fois en 2022, à la suite de la mort de Masha Amini, cette jeune iranienne qui a été arrêtée par la « police des mœurs » parce que son voile était mal ajusté.
Des personnalités publiques se sont notamment emparées de ce drapeau comme la mannequin Negzzia, réfugiée politique en France, qui a quitté l’Iran en 2017 après avoir été menacée d’une centaine de coups de fouet pour avoir posé en lingerie. Sur Instagram, elle écrit : « Ils ont même changé le drapeau de notre pays ! Mais nous reprendrons notre Iran ! Le drapeau de l’Iran ! Le lion et le soleil ! Le symbole de l’Iran ! Le symbole de notre histoire ! », critiquant ouvertement la République islamique d’Iran.
Tik Tok, Instagram, Facebook… le drapeau est partout, et devient presque une trend. On lit même que le réseau social X aurait changé l’émoji associé à l’Iran, qui était originellement le drapeau de la République islamique, par ce drapeau orné du lion et du soleil. La datation de ce changement reste encore floue. Certains suggèrent qu’elle est antérieure aux manifestations anti-régime.
De son côté, le fils du Shah, Reza Pahlavi, exilé aux Etats-Unis depuis 1979, qui se présente comme une figure de l’opposition à la République islamique, a appelé sur X les ressortissants iraniens qui sont « hors d’Iran » à « orner du drapeau national de l’Iran » les ambassades et les consulats.
Dans une interview accordée à Fox News dimanche, Reza Pahlavi s’est dit « prêt à retourner en Iran dès que possible », pour mener la transition, mais assure depuis longtemps ne pas revendiquer le trône. Mais l’ancien prince héritier reste une figure clivante, y compris au sein de l’opposition iranienne, très divisée.
• La nostalgie de l’ancien régime ?
La revendication de ce drapeau iranien monarchique en Iran est-elle une démonstration de la nostalgie du régime du Shah ? Difficile de s’avancer. La référence à la monarchie est incontestable : le lion et le soleil (Shir-o-Khorshid en persan) sont des emblèmes de la Perse royale. Ils ont figuré sur le drapeau iranien de 1576 à 1979.
Les atrocités commises sous la République islamique n’effacent pas pour autant la répression politique menée sous la monarchie iranienne (1925-1979). Le Shah d’Iran, Mohammad Reza Shah Pahlavi, est reconnu pour avoir mené d’importantes réformes comme le droit de vote des femmes en 1963 ou encore l’industrialisation. Toujours est-il que le régime reposait également sur une concentration extrême du pouvoir, un parti unique Rastakhiz ou une chasse aux opposants avec notamment une police politique, la SAVAK.
• La réappropriation d’un symbole
Ce n’est pas la première fois qu’un peuple s’approprie ou se réapproprie un drapeau comme symbole d’émancipation et de lutte. Plusieurs peuples ont contesté les étendards revendiqués par des régimes autoritaires et répressifs, parfois on reprenant ceux d’antan.
En Syrie, et particulièrement à la chute de Bachar-al-Assad en 2024, le drapeau tricolore de l’opposition – vert, blanc et noir, orné de trois étoiles rouges – s’est mis à concurrencer le drapeau officiel, composé de bandes rouges, blanches et noires et marqué de deux étoiles vertes au centre. Ce dernier avait été mis en place depuis l’arrivée au pouvoir d’Hafez al-Assad, le père de Bachar. D’ailleurs en décembre 2024, dans plusieurs ambassades syriennes à travers le monde, comme celle de Madrid, l’ancien drapeau rattaché au régime Bachar-al-Assad a été remplacé par celui de l’opposition syrienne.
Mais c’était aussi déjà le cas en Libye en 2011, quand les manifestants ont rejeté le drapeau entièrement vert, instauré par le dictateur Mouammar Kadhafi en 1977, lui préférant l’ancien drapeau du roi Idris Ier, renversé par l’armée en 1969. Ce retour au symbole de la monarchie était plus un geste de contestation qu’un soutien absolu à la royauté abolie en 1969. Elle n’a d’ailleurs pas été rétablie en l’état par la suite.

