January 12, 2026

ENTRETIEN. Mort de Rolland Courbis : "Il ne pouvait pas laisser indifférent…" Alain Casanova, ancien adjoint de Courbis, raconte un homme hors du commun

l’essentiel
Entraîné par Rolland Courbis au TFC en 1994-1995, Alain Casanova a démarré sa vie d’entraîneur la saison suivante dans le staff du Marseillais. L’ancien technicien toulousain (2008-2015 ; 2018-2019) rend hommage à l’une des grandes figures du foot français, décédé ce lundi 12 janvier 2026. Et brosse le portrait d’un entraîneur d’exception.

Que retenez-vous de Rolland Courbis, qui vous a entraîné une saison avant que vous deveniez son adjoint au TFC en 1995-1996 ?

Rolland, c’était quelqu’un qui ne laissait personne indifférent. Il était vraiment attachant, chaleureux, avec beaucoup de caractère, mais aussi énormément d’humour. Comme entraîneur, c’était un réel meneur d’hommes, capable de transcender son équipe, quelqu’un qui adorait la tactique et la préparation des matchs. Il connaissait parfaitement le football, et tout ce qui peut tourner autour d’une équipe, c’est-à-dire les dirigeants, les adversaires, les autres entraîneurs, les agents, les représentants de joueurs, tous les arbitres… Et évidemment un charisme, une aura… On était obligé d’apprendre avec quelqu’un comme lui.

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Qu’avez-vous pris de lui dans votre propre carrière d’entraîneur ?

Avant tout, c’est la foi qu’il pouvait transmettre. Il était capable de transmettre des choses que lui-même ne croyait plus à certains moments, mais il les disait avec une telle force, avec une telle conviction, qu’on était obligé d’y croire. Ce que j’ai pris, c’est dans la préparation des matchs : le fait de maintenir de l’incertitude jusqu’au dernier moment, dans la composition d’équipe, le plan de jeu qui allait être mis en place. Il était aussi d’un très haut niveau en tant que meneur d’hommes, pour placer les joueurs devant leurs responsabilités de manière très affirmée, très dure, et en même temps en étant très proche de ses joueurs en leur donnant une confiance terrible. Il ne pouvait pas laisser indifférent, c’était impossible. Et sur le plan tactique, il pouvait faire des choses osées, qui pouvaient presque paraître insensées parfois.

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Par exemple ?

C’est le premier que j’ai entendu parler de mettre des joueurs droitiers excentrés à gauche et vice versa. Je pense que c’est au TFC qu’il a commencé à avoir cette vision-là. Maintenant, c’est quelque chose qui est naturel, on l’a vu lors du Clasico hier soir (la Supercoupe d’Espagne remportée par Barcelone face au Real Madrid Ndlr) avec Lamine Yamal, Vinicius de l’autre côté… Ça nous paraît normal aujourd’hui, mais ce n’était pas le cas il y a trente ans. Et lui, il avait pris ça en regardant d’autres sports, comme le handball. Il était curieux de tout.

On dit aussi que c’était le roi de la causerie. L’une d’elles vous a-t-elle particulièrement marqué ?

Alors des fois, il avait des visions. Des visions qui ensuite pouvaient se révéler exactes… et d’autres moins. Il pouvait faire changer la couleur des maillots de notre équipe parce qu’il avait eu un flash, ou parce qu’un gourou africain lui avait suggéré, des choses comme ça. C’était un superstitieux, quelqu’un qui croyait en tout ce qui venait un petit peu de l’au-delà… J’ai eu tellement de causeries avec lui, en ressortir une, je ne sais pas… Mais il avait toujours un impact. Il transmettait une foi. Je crois que c’est le mot, la foi. Celle qu’il pouvait avoir en lui, qu’il transmettait. Les joueurs buvaient ses paroles, ne le perdaient pas des yeux. C’est ce qu’on ressentait. Quelquefois, c’était avec une grande force par ses paroles, d’autres fois par des gestes, des choses qui impactent, en tapant du poing sur la table, sur le tableau…

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Cette parole, c’est aussi ce qu’on retient de lui. C’était un personnage, un gouailleur.

Ça l’a suivi après, quand il a fait de la radio (Rolland Courbis a été consultant sur RMC Ndlr). Et il avait énormément d’humour. Passer une soirée avec lui, on ne s’ennuyait pas ! C’était un gars qui croquait dans la vie, dans tout ce qu’il faisait. Il y a cette histoire qui me revient : il était allé voir un spécialiste, accompagné par une autre personne. Et le spécialiste lui avait dit : ‘écoutez, là il faut faire un peu plus attention. Donc il faut arrêter le pain, le fromage, la charcuterie et l’alcool.’ Le soir, après ça, il se présente à table. Il demande à la personne qui l’avait accompagnée : ‘qu’est-ce qu’il m’a dit le docteur ?’ ‘Le docteur a dit qu’il faut arrêter quatre choses, le pain, le fromage, la charcuterie et l’alcool.’ Et là, il appelle le maître d’hôtel, il dit ‘bon, aujourd’hui, vous allez me donner deux croque-monsieur avec deux bières’. C’était ça Rolland, Courbis.

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