January 11, 2026

"Une pompe à chaleur dans une maison mal isolée, c’est une grosse bêtise", avec la fin de MaPrimRénov les artisans sous tension

l’essentiel
Depuis la suspension du dispositif MaPrimeRénov’début 2026, les entreprises du bâtiment encaissent le choc. À Auragne, au sud-est de Toulouse, Sylvain Milhas, dirigeant de MLS Énergies, spécialiste du chauffage et de la ventilation, décrit une activité sous tension et un manque cruel de visibilité.

“Quand on sait que les aides vont s’arrêter, tout le monde se bouscule. Et quand elles reprennent, tout arrive d’un coup. Ce n’est pas gérable.”

Installateur labellisé RGE dans cinq domaines (pompes à chaleur, bois, gaz, solaire thermique, ventilation), Sylvain Milhas a vu, fin 2025, les demandes exploser à l’approche de la suspension annoncée de MaPrimeRénov’.

Une activité en dents de scie

Dans son entreprise de trois salariés, basée à Auragne dans le Lauragais, les derniers mois ont été marqués par une surcharge soudaine.

“Avant le 31 décembre, on était submergés. On n’arrivait même plus à répondre à toutes les demandes, notamment pour le chauffage au bois, puisque les aides disparaissent en 2026.”

La société de chauffage de Sylvain Milhas effectue une installation de chaudière dans le sud de Toulouse.
La société de chauffage de Sylvain Milhas effectue une installation de chaudière dans le sud de Toulouse.
DDM – MARC SALVET

Mais après l’emballement, c’est la crainte du vide. “Quand ça s’arrête, tous ces chantiers-là, on ne les fait pas. Et boum, baisse d’activité. Or une grosse partie de notre chiffre dépend des aides.”

Une instabilité qui empêche toute projection. “Je ne peux pas embaucher quelqu’un sans savoir comment ça va évoluer. Le vrai problème, c’est le manque de visibilité à long terme.”

“La pompe à chaleur devient inefficace, coûte cher à l’usage et à l’entretien”

Au-delà de l’impact économique, l’artisan s’inquiète des effets pervers sur les choix énergétiques.

“Aujourd’hui, la pompe à chaleur est survalorisée. Tous les logiciels d’études thermiques vont dans ce sens, au détriment du bois.”

Un non-sens technique, selon lui, dans certains logements anciens.

“Installer une pompe à chaleur dans une maison mal isolée, c’est une grosse bêtise. Elle devient inefficace, coûte cher à l’usage et à l’entretien.”

Il rappelle que les nouvelles chaudières bois sont bien plus performantes et propres. “On stigmatise le bois à cause des particules, mais ce sont surtout les vieilles cheminées ouvertes qui polluent.”

“Ne pas décider du jour au lendemain”

Sans remettre en cause le principe des aides, Sylvain Milhas plaide pour une transition progressive. “Si on nous disait : dans cinq ans, les aides baissent progressivement, on s’adapterait. Mais décider du jour au lendemain, c’est mettre des entreprises en difficulté.”

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