Manifestation à Téhéran, capitale iranienne, le 9 janvier 2026. MAHSA / MIDDLE EAST IMAGES VIA AFP
La mobilisation ne faiblit pas en Iran. De nouvelles manifestations contre le pouvoir ont eu lieu dans la nuit de samedi à dimanche 11 janvier, une ONG s’inquiétant d’un « massacre » des forces de l’ordre pour mettre fin à une contestation inédite depuis trois ans.
Initialement déclenché le 28 décembre par des commerçants de Téhéran mobilisés contre la cherté de la vie et la dépréciation de la monnaie, le mouvement a depuis gagné de nombreuses villes et pris de l’ampleur, mettant la République islamique face à l’un de ses plus grands défis depuis sa proclamation en 1979. Près de 200 de personnes sont mortes depuis le début de la contestation, selon des ONG. On fait le point sur la situation.
· « Un massacre est en cours », alertent les ONG
L’ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, a fait état ce dimanche d’au moins 192 morts parmi les manifestants ces deux dernières semaines.
L’organisation Human Rights Activists News Agency (HRANA), basée aux Etats-Unis, avait déclaré plus tôt avoir confirmé la mort de 116 personnes, dont 37 membres des forces de sécurité ou autres responsables.
Le Centre pour les droits de l’homme en Iran (CHRI), dont le siège est à New York, a dit de son côté avoir reçu des « témoignages directs et des rapports crédibles » sur la mort de centaines de manifestants ces derniers jours. « Un massacre est en cours en Iran. Le monde doit agir maintenant pour empêcher de nouvelles pertes humaines », avertit l’organisation, qui ajoute que les hôpitaux sont « débordés », que les réserves de sang diminuent et que de nombreux manifestants ont été délibérément visés aux yeux par des tirs.
La coupure d’internet limitant fortement la circulation de l’information, le nombre réel de victimes risquait d’être bien plus élevé, alertent les militants.
· Internet toujours coupé
Cela fait en effet plus de 60 heures qu’Internet est coupé dans le pays, rendant quasi impossible toute communication avec le monde extérieur. « Cette mesure de censure constitue une menace directe pour la sécurité et le bien-être des Iraniens », a souligné sur son compte X l’ONG de surveillance de la cybersécurité Netblocks.
Des vidéos publiées sur les réseaux sociaux, probablement diffusées par des moyens satellitaires, montrent de grandes foules défilant dans plusieurs villes iraniennes, dont Téhéran et Machhad, dans la nuit de samedi à dimanche.
D’autres vidéos, qui n’ont pas pu être authentifiées par l’AFP à ce stade, montrent des familles qui semblent identifier dans une morgue de Téhéran les corps de proches tués dans les manifestations.
· Le président réagit dans une interview
Dans une première prise de parole depuis l’intensification de la contestation, le président Massoud Pezeshkian a déclaré que les « émeutiers » ne devraient pas être autorisés à semer le trouble dans la société iranienne. « Le peuple ne devrait pas permettre aux émeutiers de déstabiliser la société. Le peuple devrait avoir confiance en notre volonté d’instaurer la justice », a-t-il dit dans une interview diffusée par la télévision d’Etat Irib.
Plus tôt ce dimanche, le chef de la police avait annoncé « d’importantes arrestations contre les principaux éléments impliqués dans les émeutes, qui, si Dieu le veut, seront punis après la fin des procédures légales ».
· Pression de Donald Trump
Devant un Iran « aspirant à la liberté », le président américain Donald Trump a répété samedi que Washington se tenait « prêt à aider ». En cas de frappes américaines, l’Iran ripostera en ciblant des sites militaires et le transport maritime des Etats-Unis, a averti dimanche le président du Parlement.
De son côté, le ministre des Affaires étrangères israélien a jugé dimanche « l’heure venue pour l’UE de qualifier les Gardiens de la Révolution iranienne d’organisation terroriste », au moment où la République islamique est soupçonnée de réprimer violemment des manifestations. « Telle est depuis longtemps la position de l’Allemagne, et aujourd’hui, l’importance de cette question est claire pour tous », a déclaré Gideon Saar sur X, après des discussions avec le ministre de l’Intérieur allemand Alexander Dobrindt, en visite en Israël.
· La vie quotidienne au ralenti
A Téhéran, un journaliste de l’AFP décrit une quasi-paralysie de la vie quotidienne. Le prix de la viande a presque doublé depuis le début de la contestation et beaucoup de boutiques ont baissé le rideau. Les écoles sont fermées et l’enseignement se fait désormais à distance mais sans internet, il est impossible de se connecter. De même, si de nombreux Iraniens se rendent encore au bureau, l’absence de réseau rend toute activité pratiquement impossible.
Samedi soir, les lignes de téléphonie mobile ont également été coupées. Selon des habitants de Téhéran, lors de la dernière grande vague de manifestations en 2022-2023, elles continuaient de fonctionner et le niveau de perturbation de la vie quotidienne n’avait rien à voir avec la situation actuelle.

