January 11, 2026

Pomat, le succès surprise d’un cidre du Lot au cœur de l’appellation Cahors

l’essentiel
Lancé comme un coup de poker en 2023, le cidre Pomat s’est fait une place. Si elle reste un complément au vin, la production des Baudel, à Douelle, pourrait atteindre les 5 000 bouteilles de jus fermenté cette année.

Le viticulteur Fabien Baudel en est convaincu. “Il n’y a pas de coïncidence, seulement des signes de la nature qu’il faut savoir lire.” 2023 : année catastrophique dans le vignoble lotois. Le gel printanier détruit 80 % de la récolte. Le domaine Le Passelys à Douelle n’est pas épargné.

Parallèlement, la quinzaine de pommiers de la parcelle donne comme jamais. “On avait si peu de raisin et tant de pommes, on s’est dit qu’il y avait quelque chose à faire, pose Fabien Baudel. L’idée était de valoriser ces pommes dont on ne faisait rien.” Les fruits sont non traités, pas assez jolis pour la table : le cidre s’impose comme une évidence. “En 2023, c’était un essai sans filet, ça n’aurait pas été concluant, on mettait tout à la poubelle.” Le succès du Pomat lotois est immédiat. Surtout, il est bon.

Vincent et Fabien Baudel ont toujours été poussés à innover par leur père Thierry.
Vincent et Fabien Baudel ont toujours été poussés à innover par leur père Thierry.
DDM – EN

Tenter, expérimenter, recommencer, fait partie du patrimoine génétique de la famille Baudel. Les frères Fabien et Vincent, qui ont pris la suite de leur père Thierry, en “retraite administrative”, ont toujours été à bonne école. “Dès 2017, notre père a été précurseur dans l’agroforesterie”, resitue Vincent, 31 ans. Cette idée que les arbres peuvent être bénéfiques à la vigne, en la protégeant du gel ou de la canicule par exemple, en lui apportant de la matière organique. Une synergie, un équilibre de la nature. “On n’a rien inventé, estime Fabien, 38 ans. C’est du bon sens paysan.”

Des fruitiers résistants au cœur des vignes

Pommiers, mais aussi plaqueminiers, figuiers, poiriers, néfliers, trouvent ainsi depuis plusieurs années toute leur place au milieu des ceps. Pour leur production de cidre, Fabien et Vincent privilégient la plantation de fruitiers résistants aux maladies, ne nécessitant pas de traitement et aux fruits tardifs, afin de limiter les aléas liés au gel et de ne pas interférer avec la récolte du raisin. “On n’est que trois, notre domaine est petit et on tient à conserver cette échelle familiale, insiste Vincent. Notre mission principale, à 80 %, reste le vin.”

Deux ans après son lancement, le cidre Pomat a toutefois fait son trou. Les quinze pommiers de départ sont aujourd’hui cinquante ; les 3 000 bouteilles de 2023 pourraient passer à 5 000 cette année. Elles sont facilement écoulées localement, auprès d’un réseau de revendeurs volontairement restreint afin d’éviter les ruptures de stock. À plus forte raison en cette période d’Épiphanie et de Chandeleur.

Une alternative à la bière

D’autant que les frères Baudel, seuls producteurs de cidre dans le Lot, tiennent à n’utiliser que des pommes lotoises. Ils bâtissent pas à pas, tentatives après tentatives, une gamme complète : du 100 % pomme, du cidre passé en fût de chêne aux arômes différents, du pomme/kaki. “On a une approche vinicole du produit : on recherche de la clarté, sans déviance aromatique. Ça donne un cidre très frais, avec une belle pétillance et peu de sucre, qui se boit très bien l’été, pas seulement sur la galette des rois”, résume Fabien.

Alors que la consommation de vin ne cesse de reculer en France, il voit bien le Pomat comme une alternative à la bière. Ils ont fait le choix d’une bouteille en verre blanc, afin de mettre en valeur la belle clarté or ou rubis de leurs boissons. Et un conditionnement en 33 cl est prévu en février, afin de séduire les consommateurs de bière.

Vincent raconte ces habitants de Loire-Atlantique, venus sur le domaine pour le vin, et qui sont finalement repartis avec du cidre. Ou ce salon à Toulon, où l’essentiel des ventes a été fait avec la boisson pétillante. “Le Pomat aiguise la curiosité et permet de se démarquer.” Les Baudel ont su saisir l’air du temps. Et lire les signes de la nature, au bon moment.

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