Des Iraniens se rassemblent dans une rue lors d’une manifestation à Téhéran, en Iran, le 9 janvier 2026. MAHSA/MEI/SIPA
De nouvelles manifestations ont secoué dans la nuit les grandes villes en Iran, coupé du monde par un blocage d’internet, dans une mobilisation inédite depuis trois ans malgré les menaces de répression du pouvoir. « Les Etats-Unis soutiennent le courageux peuple iranien », a écrit ce samedi 10 janvier sur X le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, alors que des ONG ont signalé des dizaines de morts depuis le début du mouvement fin décembre. « L’Europe se tient pleinement à leurs côtés », a aussi affirmé la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, dans une déclaration en ligne ce samedi.
La République islamique fait face avec cette contestation à l’un de ses plus grands défis depuis sa mise en place en 1979. Le fils de l’ancien Shah, alors renversé, et figure marginale de l’opposition iranienne en exil aux Etats-Unis, Reza Pahlavi, a appelé les Iraniens à « se préparer à prendre » les centres-villes. Il a exhorté les manifestants « à descendre tous dans la rue » samedi et dimanche en fin de journée, « afin d’occuper l’espace public ».
• Le pays privé d’internet depuis 36 heures
Ce samedi, le pays restait privé d’internet depuis 36 heures à la suite d’une coupure imposée par les autorités sur l’ensemble du territoire face à la mobilisation, selon l’ONG de surveillance de la cybersécurité Netblocks.
« Il me semble que le peuple est en train de prendre le contrôle de certaines villes, ce que personne n’aurait cru possible il y a encore quelques semaines », a lancé vendredi Donald Trump, estimant que l’Iran avait « de gros problèmes ». La veille, il avait réitéré ses menaces de « frapper très fort » le pays en cas de vague de répression meurtrière, saluant « l’enthousiasme » des Iraniens « pour renverser ce régime ».
Le président américain a toutefois jugé prématuré que Reza Pahlavi endosse le rôle de dirigeant, alors que le fils du Shah s’est dit prêt à « rentrer dans son pays natal » dans un avenir « très proche ».
• Craintes d’un « massacre sous le couvert d’un black-out total »
Peu d’informations filtraient samedi du pays. La lauréate du prix Nobel de la Paix 2003, l’avocate iranienne en exil Shirin Ebadi, a dit redouter un « massacre sous le couvert d’un black-out total ». Elle s’est notamment alarmée d’informations faisant état de raids des forces de sécurité dans les hôpitaux contre des manifestants blessés.
Les cinéastes iraniens Jafar Panahi et Mohammad Rasoulof ont aussi exprimé samedi « leur vive préoccupation » face à « la répression flagrante » des manifestants. « Le régime iranien a coupé les outils de communication à l’intérieur du pays » et « bloqué tous les moyens de contact avec le monde extérieur », soulignent les deux dissidents dans un message publié sur le compte Instagram de Jafar Panahi, Palme d’or du dernier festival de Cannes.
L’ONG Amnesty International a dit analyser des éléments semblant montrer une intensification de la répression ces derniers jours. Depuis le début le 28 décembre de la contestation, au moins 51 manifestants, dont neuf enfants, ont été tués et des centaines d’autres blessés, a dénombré vendredi l’ONG Iran Human Rights, basée en Norvège.
• Nouvelles manifestations de masse
Après une montée en puissance du mouvement jeudi, de nouvelles manifestations de masse ont secoué Téhéran et d’autres grandes villes dans la nuit, selon des images vérifiées par l’AFP, probablement diffusées sur les réseaux sociaux via des moyens satellitaires.
Dans le quartier de Saadatabad à Téhéran, des Iraniens tapaient sur des casseroles en scandant des slogans antigouvernementaux, notamment « Mort à Khamenei », du nom du guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, tandis que des voitures klaxonnaient en signe de soutien.
Et des chaînes de télévision en persan basées à l’étranger ont diffusé des vidéos de nombreux protestataires à Machhad, dans l’est, à Tabriz, dans le nord, et dans la ville sainte de Qom. Selon une autre vidéo, que l’AFP n’a pas pu authentifier dans l’immédiat, un homme brandit un drapeau iranien de l’époque du Shah, représentant un lion et un soleil, au milieu de feux et d’une foule dansant dans la ville de Hamedan (ouest).
• Khamenei et les Gardiens de la révolution haussent le ton
Dans un discours offensif, le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, avait averti vendredi que son pays ne « reculerait pas » face à la contestation. « Nous sommes en pleine guerre », a ensuite lancé Ali Larijani, un de ses proches conseillers qui dirige la plus haute instance de sécurité, dénonçant « des incidents orchestrés de l’extérieur ».
Les Gardiens de la révolution, l’armée idéologique de l’Iran, ont jugé la situation « inacceptable », promettant de protéger la Révolution islamique. Et le pouvoir judiciaire a prévenu que la punition des « émeutiers » serait « maximale ».
Le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi a accusé les Etats-Unis et Israël d’ingérence dans le mouvement de contestation, tout en jugeant « peu probable » une intervention militaire étrangère. Le département d’Etat américain a qualifié ces allégations de « tentative délirante de détourner l’attention ».
L’armée iranienne a de son côté assuré qu’elle « protégerait et sauvegarderait vigoureusement les intérêts nationaux » contre un « ennemi cherchant à perturber l’ordre et la paix ». La télévision d’État a diffusé samedi des images des funérailles – auxquelles ont notamment assisté une vaste foule dans la ville méridionale de Chiraz – de membres des forces de sécurité tués lors des manifestations.
Ces manifestations sont les plus importantes en Iran depuis celles survenues après la mort en 2022 de Mahsa Amini, arrêtée pour avoir enfreint le strict code vestimentaire féminin. Elles éclatent au moment où le pays est affaibli après la guerre avec Israël et les coups portés à plusieurs de ses alliés régionaux, tandis que l’ONU a rétabli en septembre des sanctions liées au programme nucléaire iranien.
Les réactions ont afflué vendredi dans le monde pour condamner l’usage excessif de la force contre des « manifestants pacifiques », de Berlin à Ottawa, en passant par l’UE et l’ONU. « Nous nous battrons jusqu’à ce que nous obtenions la liberté », assurait cette semaine une trentenaire, interrogée par des journalistes de l’AFP hors d’Iran.

