Des syriens fuient les quartiers de Sheikh Maqsoud et d’Achrafieh à Alep, le 8 janvier 2026. GHAITH ALSAYED/AP/SIPA
Les violences, qui ont fait au moins 21 morts depuis mardi, sont les plus graves dans la deuxième ville de Syrie entre le gouvernement central et les Kurdes, qui contrôlent de vastes étendues dans le nord-est de la Syrie et certains quartiers d’Alep.
Les combats ont poussé des milliers de Kurdes sur la route et fait craindre que le conflit prenne une dimension régionale, la Turquie se disant prête à intervenir aux côtés des autorités syriennes et Israël prenant la défense des Kurdes.
• Un cessez-le-feu de quelques heures seulement
« Afin d’éviter toute nouvelle escalade militaire dans des quartiers résidentiels », un cessez-le-feu est ordonné à compter de 3 heures (1 heure, heure de Paris) « dans les quartiers de Cheikh Maqsoud, Achrafieh et Bani Zeid », a annoncé tôt ce vendredi le ministère de la Défense syrien.
Les combattants kurdes ont jusqu’à 9 heures ce vendredi (7 heures, heure de Paris) pour quitter ces secteurs en n’emportant que leurs « armes légères », précise le ministère sur Telegram.
L’armée « s’engage à leur offrir une escorte et à leur garantir un passage sûr jusqu’à ce qu’ils aient rejoint le nord-est du pays », assure cette source.
L’objectif est que les habitants qui ont fui les combats puissent « revenir et reprendre le cours d’une vie normale dans un climat de sécurité et de stabilité », souligne le ministère.
• Une population locale « terrorisée »
Les autorités avaient accordé jeudi trois heures aux civils pour fuir à travers deux « couloirs humanitaires », empruntés selon elles par quelque 16 000 personnes pour cette seule journée.
« Nous avons vécu des moments très difficiles, mes enfants étaient terrorisés », a raconté à l’AFP Rana Issa, 43 ans. « Nous sommes partis sous les balles des snipers, beaucoup de gens veulent sortir mais ont peur. »
Les combats ont contraint des dizaines de milliers de civils à fuir, l’ONU estimant à au moins 30 000 le nombre de familles déplacées.
• Les combattants kurdes entendent « résister »
Les combattants kurdes refusent néanmoins d’évacuer les quartiers d’Achrafieh et Cheikh Maqsoud où ils sont retranchés à Alep, dans le nord de la Syrie, et veulent « résister » face à l’armée qui les encercle, ont affirmé ce vendredi les comités locaux de ces deux quartiers.
« Nous avons décidé de demeurer dans nos quartiers et de les défendre », ont-ils déclaré dans un communiqué, disant refuser toute « reddition » alors que les autorités avaient annoncé plus tôt vouloir les évacuer après avoir décrété un cessez-le-feu.
• Une « visite d’inspection » des quartiers kurdes
Le gouverneur d’Alep, Azzam Algharib, a indiqué auprès de l’agence officielle Sana avoir d’ores et déjà effectué, avec plusieurs autres responsables, « une visite d’inspection auprès des forces de sécurité intérieure dans le quartier d’Achrafieh ». Les forces kurdes n’ont pas immédiatement commenté ces annonces.
Jeudi, l’armée syrienne a encore pilonné les quartiers kurdes d’Alep et des combats ont fait rage jusque dans la soirée sur fond de tirs d’artillerie, a constaté un correspondant de l’AFP.
Ces violences surviennent alors que les Kurdes et le gouvernement peinent à appliquer un accord conclu en mars pour intégrer les institutions de l’administration autonome kurde et son bras armé, les puissantes Forces démocratiques Syriennes (FDS), au sein du nouvel Etat syrien.
Le chef des FDS, Mazloum Abdi, avait jugé jeudi que « les tentatives de prise d’assaut des quartiers kurdes, en pleine phase de négociation, sapaient les chances de parvenir à une entente ».
Selon Aron Lund, chercheur au centre Century International, « Alep est la zone la plus vulnérable des FDS. Ses quartiers kurdes sont entourés de tous côtés par des territoires contrôlés par le gouvernement ».
• Des violences qui impactent la région
Face au coût humanitaire et au risque d’embrasement régional, Washington a lancé jeudi « un appel urgent » à cesser les hostilités, par la voix de son émissaire pour la Syrie, Tom Barrack.
Les violences ont exacerbé la rivalité en Syrie entre Israël et la Turquie, qui se livrent une lutte d’influence depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024.
Ankara, alliée des autorités syriennes, s’est dite prête à « soutenir » l’armée dans son « opération antiterroriste » contre les combattants kurdes.
La Turquie, qui possède une frontière de plus de 900 kilomètres avec la Syrie, y a mené entre 2016 et 2019 plusieurs opérations d’envergure contre les forces kurdes. Le dirigeant syrien Ahmad al-Chareh a évoqué la situation à Alep au cours d’un appel avec son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, soulignant qu’il était déterminé à « mettre un terme à la présence armée illégale » dans la ville, a indiqué la présidence syrienne.
Il s’est également entretenu avec le président français Emmanuel Macron, auquel il a assuré que le pouvoir considérait les Kurdes comme « une partie intégrante du tissu national et un partenaire essentiel dans la construction de l’avenir de la Syrie ».
Israël, qui mène des négociations avec Damas pour parvenir à un accord de sécurité, a condamné les « attaques » du pouvoir syrien contre la minorité kurde.
Les Etats-Unis ont exprimé leur « profonde gratitude à toutes les parties (…) pour la retenue et la bonne volonté qui ont rendu possible cette trêve vitale ». « Nous travaillons activement pour prolonger ce cessez-le-feu », a déclaré sur son compte X l’émissaire américain pour la Syrie Tom Barrack.
• L’Europe fera « tout son possible » pour aider la Syrie, dit von der Leyen
L’Europe fera « tout son possible » pour aider à la reconstruction de la Syrie, a promis ce vendredi la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen après avoir rencontré le dirigeant syrien Ahmad al-Chareh à Damas.
La cheffe de la Commission européenne, qui est accompagnée du président du Conseil européen Antonio Costa, est la plus haute responsable de l’UE à se rendre en Syrie depuis l’arrivée au pouvoir d’Ahmad al-Chareh fin 2024.
« L’Europe fera tout son possible pour soutenir la reprise et la reconstruction de la Syrie », a déclaré Ursula von der Leyen dans un message publié sur le réseau social X.
Les deux parties ont évoqué la coopération bilatérale ainsi que « les dossiers humanitaires et les questions de l’asile en Europe », a pour sa part indiqué la présidence syrienne.

