Donal Trump signant un décret le 18 décembre 2025. UPI/NEWSCOM/SIPA
Donald Trump a lancé mercredi 7 janvier une nouvelle charge contre la diplomatie climatique. Il a ordonné le retrait des Etats-Unis d’un traité et du comité scientifique de référence sur le climat, organisations parmi des dizaines identifiées par Washington comme ne servant « plus les intérêts américains ». « Le Nouvel Obs » fait le point.
• Après l’accord de Paris, le CNUCC
Le décret signé par le président américain ordonne au total le retrait des Etats-Unis de 66 organisations, dont environ une moitié liée à l’ONU, a annoncé la Maison Blanche. Parmi elles, la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CNUCC), traité fondateur de tous les autres accords climatiques internationaux, conclu en 1992 lors du sommet de la Terre de Rio. C’est dans le cadre de la CNUCC qu’a notamment été signé l’accord de Paris de 2015, dont Donald Trump a claqué la porte une deuxième fois dès son retour à la Maison Blanche en janvier 2025. Lors de son premier mandat, il avait également quitté l’accord de Paris, mais pas la CNUCC, permettant aux Etats-Unis de continuer à participer aux conférences annuelles sur le climat.
• Un « colossal but contre son camp »
Le chef de l’ONU Climat a critiqué la décision de Donald Trump, la qualifiant de « colossal but contre son camp ». Simon Stiell, secrétaire exécutif de la CCNUCC, a regretté un « colossal but contre son camp qui laissera les États-Unis moins sûrs et moins prospères ». Mais « les portes restent ouvertes », a-t-il souligné.
Ce retrait supplémentaire « est un coup majeur pour l’action climatique mondiale, fracturant le consensus durement gagné et posant le plus grand défi aux efforts climatiques depuis l’adoption de l’accord de Paris », a déclaré à l’AFP l’analyste Li Shuo, de l’Asia Society Policy Institute. C’est « un nouveau signe que cette administration autoritaire et antiscience est déterminée à sacrifier le bien-être de la population et à déstabiliser la coopération internationale », a également déploré auprès de l’AFP Rachel Cleetus, de l’organisation Union of Concerned Scientists.
Le retrait des Etats-Unis de la CNUCC, un traité de référence sur le climat, est « regrettable », a réagi, jeudi 8 janvier, le commissaire européen au Climat, Wopke Hoekstra, après la décision de Donald Trump la veille d’en retirer son pays. « La CNUCC est le pilier de l’action mondiale en faveur du climat. Elle rassemble les pays pour soutenir l’action climatique, réduire les émissions, s’adapter au changement climatique et suivre les progrès accomplis », a écrit le dirigeant sur le réseau LinkedIn. « La décision prise par la première économie mondiale et le deuxième plus grand émetteur de gaz à effet de serre de se retirer de cette convention est regrettable et malheureuse », a-t-il ajouté.
« La Maison Blanche ne se soucie pas de l’environnement, de la santé ou de la souffrance des gens », a réagi, de son côté, Teresa Ribera, vice-présidente exécutive de la Commission européenne pour une transition propre, juste et compétitive, sur le réseau Bluesky. « Nous continuerons sans équivoque à soutenir la recherche internationale sur le climat, qui constitue le fondement de notre compréhension et de notre travail. Nous continuerons également à œuvrer en faveur de la coopération internationale en matière de climat », a aussi affirmé, jeudi, Wopke Hoekstra.
• Une décision juridiquement floue
Cette annonce pourrait également représenter un défi juridique, alors que la Constitution américaine, qui permet au président de rejoindre un traité après un vote de deux tiers des sénateurs, ne dit rien sur sa sortie.
Si Donald Trump avait fait sortir les Etats-Unis de l’accord de Paris lors de son premier mandat – avant que Joe Biden ne revienne sur cette décision –, « sortir de la CNUCC est radicalement différent », estime Jean Su, avocate pour le Centre de la diversité biologique. « Nous estimons qu’il est illégal pour le président de sortir unilatéralement d’un traité qui requiert un vote de deux-tiers du Sénat », a-t-elle indiqué à l’AFP, évoquant des « options légales » pour le prouver.
Le décret ordonne également le retrait des Etats-Unis du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, la référence en matière de science climatique, ainsi que d’autres organisations liées à la protection de la planète, comme l’Agence internationale pour les énergies renouvelables, l’Union internationale pour la conservation de la nature, ou encore ONU-Eau.
• D’autres organismes également visés
En septembre 2025, depuis la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU, Donald Trump avait provoqué de vives réactions en s’en prenant sans détour à la science climatique, qualifiant le réchauffement de « plus grande arnaque de notre histoire » et faisant l’éloge du charbon « propre et magnifique ».
Le climat n’est pas la seule cible de l’administration Trump, qui s’en prend à d’autres principes défendus par les Objectifs de développement durable de l’ONU destinées à améliorer l’avenir de l’humanité, comme l’égalité femme-homme. Le décret publié mercredi ordonne ainsi la sortie des Etats-Unis du Fonds des Nations unies pour la population, spécialisé dans la santé de la mère et de l’enfant, et d’ONU Femmes. Egalement sur la liste, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement.
Dans un communiqué, le secrétaire d’Etat américain, Marco Rubio, a accusé les organisations visées de promouvoir une « idéologie progressiste », dénonçant notamment « les campagnes pour “l’égalité de genre” et l’orthodoxie climatique ». Depuis son retour à la Maison Blanche, Donald Trump met en œuvre sa vision de « l’Amérique d’abord ». En plus de l’accord de Paris, il a notamment décidé de retirer à nouveau les Etats-Unis de l’Unesco (Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture). Il a en outre claqué la porte de l’Organisation mondiale de la santé.
Le président républicain a également largement coupé l’aide américaine à l’étranger, amputant les budgets de nombreuses agences onusiennes forcées de réduire leurs activités sur le terrain, comme le Haut-Commissariat aux réfugiés ou le Programme alimentaire mondial. Il a plus généralement lancé des attaques contre l’ONU, selon lui « très loin de réaliser son potentiel ».

