Par
Le Nouvel Obs avec AFP
Une jeune femme tient un portrait peint de Tarique Rahman, fils de l’ancienne Première ministre Khaleda Zia et président du Parti nationaliste du Bangladesh (BNP), devant le siège du parti à Dacca, la capitale du Bangladesh, le 12 février 2026. ANUPAM NATH/AP/SIPA
Le chef du parti islamiste bangladais Shafiqur Rahman a reconnu ce samedi 14 février la victoire de ses rivaux du Parti nationaliste du Bangladesh (BNP) aux élections législatives, malgré les irrégularités qu’il avait dénoncées la veille. « Nous reconnaissons les résultats, et nous respectons l’Etat de droit », a écrit le dirigeant du Jamaat-e-Islami dans un message diffusé sur les réseaux sociaux.
Vendredi, la commission électorale avait proclamé largement gagnant le BNP de Tarique Rahman dans le premier scrutin législatif organisé depuis l’insurrection des jeunes de la Génération Z qui a mis à bas les quinze ans du règne de fer de Sheikh Hasina en 2024.
Selon son décompte, le BNP a raflé 212 des 300 sièges à pourvoir au Parlement, contre 77 seulement pour la coalition dirigée par les islamistes du Jamaat-e-Islami. Une victoire à plate couture.
Fers de lance des émeutes meurtrières de l’été 2024, les jeunes – les 18-37 ans constituent 44 % du corps électoral – espèrent des changements profonds, dans un pays à l’économie en panne et malade de la corruption. Huitième pays le plus peuplé au monde, le Bangladesh compte plus de 171 millions d’habitants.
Un scrutin « géré de façon compétente »
Vendredi soir, Shafiqur Rahman avait vivement dénoncé devant la presse des « manipulations » et « irrégularités » dans le décompte des voix, et annoncé sa volonté d’en saisir la commission électorale. « Nous avons décidé que tous ceux qui ont été privés de leurs droits dans des centaines de circonscriptions allaient demander la correction » des résultats, a-t-il déclaré, promettant qu’il n’en resterait pas là.
Le chef du Jamaat a fait volte-face quelques heures plus tard dans une déclaration diffusée dans la nuit sur les réseaux sociaux, où les accusations de fraude massive ont cédé la place à un ton bien plus conciliant. « Nous serons une opposition vigilante, respectueuse des principes et pacifique et tiendrons le gouvernement responsable de ses actes, tout en contribuant de façon constructive au progrès national », a-t-il promis.
Dans son message, Shafiqur Rahman a aussi remercié ses électeurs et ses partisans. « Avec 77 sièges, nous avons presque quadruplé notre force parlementaire et nous sommes devenus une des forces d’opposition les plus puissantes de l’histoire politique du Bangladesh », s’est-il félicité.
Agé de 67 ans, le docteur – il est médecin – Rahman, qui a connu les geôles de l’ex-Première ministre Sheikh Hasina, ambitionnait de devenir le premier dirigeant islamiste de l’histoire du Bangladesh, un pays à 90 % musulman.
Un porte-parole de la commission électorale, Md Anwarul Islam Sarkar, a rejeté samedi toutes les accusations de fraudes ou d’irrégularités massives. « C’était de loin le meilleur scrutin » de ces dernières années, a-t-il déclaré à l’AFP, « si quelqu’un a quand même des réserves, il peut saisir la justice ».
Samedi, les observateurs de l’Union européenne (UE) et le chef du gouvernement provisoire Muhammad Yunus ont définitivement enterré le débat. Le chef de la mission de l’UE, Ivars Ijabs, a salué devant la presse un scrutin « crédible », « géré de façon compétente ». Et le prix Nobel de la paix a félicité le BNP et son chef Tarique Rahman pour leur « écrasante victoire ».
Tarique Rahman, héritier d’une dynastie politique
Agé de 60 ans, le très probable futur Premier ministre est l’héritier d’une longue dynastie politique. Rentré en décembre de dix-sept ans d’exil au Royaume-Uni, il a pris la succession à la tête du BNP de sa mère Khaleda Zia, trois fois Première ministre, morte quelque jours plus tôt, et mené la campagne du parti.
Tarique Rahman ne s’est pas encore exprimé publiquement depuis sa victoire. Dans un entretien accordé à l’AFP avant le scrutin, il avait reconnu que la reconstruction du pays, qu’il a décrit comme « détruit » par Sheikh Hasina, serait difficile. « La tâche est énorme », a-t-il dit. « Le nombre de chômeurs est important. Il faut créer des entreprises pour que les jeunes puissent accéder à l’emploi. »
Dans les rues de la capitale Dacca, sa victoire a été accueillie avec calme et sérénité. « J’espère que Tarique Rahman va pouvoir tenir ses promesses et satisfaire les aspirations du peuple », a déclaré à l’AFP Khurshid Alam, un commerçant de 39 ans.
La plupart des grandes capitales étrangères ont salué la victoire du BNP, notamment Washington, Pékin et New Delhi, dont les relations avec Dacca se sont nettement tendues depuis 2024.

