January 7, 2026

TEMOIGNAGES. Incendie de Crans-Montana : "Soit on s’effondre, soit on agit…" Ils ont sauvé des vies au péril de la leur

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Dans la nuit du drame de Crans-Montana, avant même l’arrivée des secours, des civils ont agi. Dans le chaos et la fumée, ils ont brisé des vitres, tiré des corps hors des flammes et prodigué les premiers soins. Qui sont ces héros de l’ombre ?

Devant le Constellation, les fleurs et les bougies s’accumulent. Caché par des bâches blanches, le bar-boîte de Crans-Montana porte les stigmates du drame qui a endeuillé le passage à la nouvelle année. Mais dans l’horreur de cette nuit-là, l’héroïsme a pris le dessus. Grâce au courage des passants et à la réactivité des professionnels, de nombreuses vies ont pu être arrachées des flammes à temps.

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Un père et son fils face aux flammes

Ce sont des heures gravées à jamais dans leur mémoire. Paolo et son fils Gianni, âgé de 19 ans, sont alertés par l’appel d’une amie du jeune homme. Leur appartement ne se trouve qu’à deux cents mètres de l’établissement en flammes. Sans la moindre hésitation, le père de famille saisit un extincteur et se précipite vers sa voiture.

Arrivé devant le Constellation, Paolo s’engouffre dans une épaisse fumée pour porter secours aux victimes. Malgré le danger, il parvient à extraire entre quinze et vingt personnes par l’entrée principale, n’hésitant pas à pénétrer à l’intérieur. De son côté, Gianni n’a pas pu rester en retrait. Le jeune homme a quitté l’appartement familial en courant pour rejoindre les lieux du sinistre. “J’ai eu cet instinct, comme mon père, de me dire qu’à l’intérieur de la boîte, il y avait des personnes très, très jeunes. Et je trouve ça horrible de rester spectateur face à une situation où l’on voit des enfants de 14-15 ans en train de brûler, explique le jeune de 19 ans, très ému. Soit on s’effondre, soit on agit”.

Un réflexe plus fort que la peur

Ce que Gianni a appelé instinct, d’autres l’ont nommé adrénaline. Le psychologue Philippe Jaffé les qualifie de “héro du quart de seconde”. Selon l’expert, face à un danger extrême, une partie de la population bascule dans l’action pure : “Le sentiment de ‘si je n’y vais pas, qui ira ?’ prend le dessus”, explique le psychologue au micro de TF1.

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Ainsi, plutôt que de gagner la sortie, plusieurs clients ont choisi de rester dans le brasier pour secourir les victimes. Tahirys Dos Santos, jeune footballeur professionnel au FC Metz, s’est grièvement blessé en tentant de sauver sa compagne. “Il se trouvait au premier étage au moment du déclenchement de l’incendie, il a réussi à sortir de ce brasier. […] Mais il y est retourné pour la sortir de là”, a témoigné Stéphane Hutteau, l’agent du joueur.

Stefan, lui, n’avait aucun proche à l’intérieur du bar. À 31 ans, cet homme travaillait comme videur de l’établissement ce soir-là. Lorsque le drame a éclaté, il a d’abord guidé plusieurs clients vers la sortie avant de s’engouffrer de nouveau dans la fournaise. Cette intervention lui a coûté la vie, mais combien en a-t-il sauvé en retour ?

Ces héros du quart de seconde, on ne connaît pas tous leurs identités ou leurs visages. Dans le chaos de la nuit, ils ont brisé des vitres, empoigné des mains désespérées ou porté des grands brûlés hors d’atteinte. Avant même l’arrivée des pompiers, ils ont prodigué les premiers secours, agissant avec les moyens du bord.

Les larmes des pompiers

Des pompiers, il n’y aurait même pas dû en avoir à la caserne en cette nuit de la Saint-Sylvestre, explique David Vocat, commandant du Centre de secours incendie de Crans-Montana. C’est la sécheresse exceptionnelle et l’absence de neige qui ont poussé plusieurs soldats du feu à rester de garde. Ils redoutaient alors un incendie de forêt provoqué par des feux d’artifice, pourtant interdits par la commune.

C’est finalement pour un tout autre brasier que l’alerte a été donnée à 1h45. David Vocat fut parmi les premiers à être intervenus au Constellation. Il a du mal à retenir ses larmes quand il raconte : “Quand on voit cette scène, on se dit que c’est pas réel, c’est pas possible, déplore-t-il. On a fait le maximum pour les sortir.”

Le commandant Vocat tient à souligner le travail “exceptionnel de ses hommes et de ses femmes”. Tous des bénévoles, comme “97 % des pompiers suisses”. Ce dévouement sera sans nul doute au cœur de la cérémonie du 9 janvier prochain. Lors de cette journée nationale de deuil, la Suisse entière rendra hommage aux soldats du feu ainsi qu’aux héros qui ont œuvré au milieu des flammes en cette tragique nuit du 1er janvier 2026.

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