Le dimanche après-midi 28 décembre 2025, lorsque les commerçants ont baissé les rideaux de leurs magasins pour dénoncer l’inflation incontrôlée, l’effondrement de la monnaie nationale et la flambée sans précédent du taux de change, puis que, dès le lendemain, les universités à travers le pays ont repris des slogans de liberté, la convergence du bazar et de l’université, de l’économie et de la politique, a déclenché une vague de protestations d’une ampleur inédite.
Selon le dernier communiqué du Conseil national de la Resistance iranienne (CNRI), le mouvement s’est déjà étendu à 107 villes .
Le bazar, bastion traditionnel des commerçants conservateurs, a ainsi surpris le pouvoir clérical, qui n’avait pas anticipé une mobilisation aussi rapide et aussi massive contre ses politiques et sa gouvernance.
Le 29 décembre 2025, l’agence Fars, affiliée au corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), a reconnu que les manifestations à Téhéran dépassaient largement les revendications économiques. Le rapport fait état de « noyaux organisés de cinq à dix personnes » dirigeant des slogans politiques tels que « mort à Khamenei », et admet l’influence de Maryam Radjavi, présidente élue du Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI), qui avait appelé à une « chaîne de soulèvements ».
L’extension rapide des protestations de Téhéran à 107 villes démontre que le soulèvement actuel n’est ni centré sur la capitale ni limité aux grandes agglomérations. Cette rapidité de diffusion et cette ampleur traduisent un mécontentement profond et généralisé. Elles indiquent également que, malgré d’éventuelles phases de reflux, ce mouvement ne s’interrompra pas avant d’avoir atteint son objectif.
L’organisation du soulèvement, clé de sa continuité
Les jeunes générations – en particulier les générations Y et Z, qui ont grandi avec internet et les réseaux sociaux – aspirent à la liberté, à la démocratie et à un avenir digne. Elles se trouvent en opposition frontale avec le régime de Ali Khamenei, qui ne reconnaît ni les libertés individuelles ni la participation des jeunes à la vie publique. Ces dernières années, nombre d’entre eux ont rejoint des milliers d’unités de résistance affiliées à l’Organisation des Moudjahidine du Peuple d’Iran (OMPI).
Le régime, qui les qualifiait jusqu’alors de « cellules dormantes », s’est même vanté, peu avant le début du soulèvement, de l’arrestation de l’une de ces unités. Les unités de résistance, dont les revendications centrales sont la séparation de la religion et de l’Etat et l’égalité entre les femmes et les hommes, sont appelées à jouer un rôle majeur dans l’histoire de l’Iran et de la région, à l’image de messagers de paix et de liberté.
Ces évolutions traduisent un changement structurel profond au sein de la société iranienne. Pour préserver son existence, le régime a recours à une politique d’intimidation par les exécutions : 335 exécutions ont été recensées pour le seul mois de novembre, reflet de la peur du pouvoir face aux dynamiques sociales en cours. Ces unités pourraient constituer l’ossature d’un mouvement capable d’ébranler, voire de briser, l’appareil répressif des Gardiens de la révolution. C’est précisément cette organisation qui peut garantir la continuité du soulèvement jusqu’à la conquête de la liberté.
Une visibilité internationale accrue
Le président des Etats-Unis a averti le régime iranien contre le recours aux tirs à balles réelles et aux assassinats de manifestants, pratiques habituelles du pouvoir en place. Donald Trump a déclaré que si le régime iranien ouvrait le feu, les États-Unis interviendraient pour protéger les manifestants, ajoutant : « Nous sommes prêts et le doigt sur la gâchette. »
De son côté, le ministère français des Affaires étrangères a demandé à la République islamique de faire toute la lumière sur la mort de manifestants. Une source diplomatique française a exprimé sa vive inquiétude face à ces décès et a appelé les autorités iraniennes à une transparence totale.
Le régime survivra-t-il cette fois-ci ?
Le régime parviendra-t-il, comme lors des précédents soulèvements nationaux, à reprendre le contrôle de la situation ?
Lors des protestations de 2017 et 2018, il faisait face à une résistance bien moindre. En novembre 2019, il n’a survécu qu’au prix du massacre de 1 500 manifestants en cinq jours. En septembre 2022, il s’est maintenu grâce à des dizaines de milliers d’arrestations.
Aujourd’hui, en revanche, le régime est considérablement affaibli par rapport aux huit dernières années. Après la récente guerre régionale de douze jours, ses forces de répression sont démoralisées. Le pouvoir ne dispose d’aucune solution concrète à la crise économique et ne peut qu’espérer ralentir le soulèvement par la répression, la division et une pression accrue.
Contrairement aux soulèvements précédents, celui-ci est nettement plus structuré. Les unités de résistance sont parvenues à maintenir l’élan du mouvement dans des milieux très divers – des bazars et universités jusqu’aux villes de province.
Enfin, contrairement au passé, dès le lendemain du déclenchement de cette révolte, des responsables politiques français et des Etats et ont condamné publiquement la répression du régime. Les pressions internationales limitent indéniablement sa capacité de répression. Toutefois, le renversement du régime ne peut être accompli qu’en premier lieu par le peuple iranien lui-même. La communauté internationale doit donc reconnaître le droit légitime du peuple iranien à une résistance organisée face à un régime répressif qui n’a laissé aucun espace à l’expression pacifique de l’opposition.
Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur
au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.

