À l’heure où le stress hydrique fragilise durablement l’agriculture, la start-up toulousaine AgriSafe développe une solution connectée associant objets intelligents et intelligence artificielle pour optimiser l’irrigation agricole. La technologie promet jusqu’à 30 % d’économies d’eau et de fertilisants, tout en améliorant la productivité des cultures.
Créée en septembre dernier, AgriSafe ambitionne de révolutionner les pratiques d’irrigation grâce à une plateforme technologique développée intégralement en interne. À l’origine du projet, Mohamed Mekki Maalej, ingénieur en géométrologie et télécommunications, qui a imaginé cette solution pour répondre aux difficultés rencontrées par son propre père, agriculteur.
“Le jour où mon père est tombé malade, il ne pouvait plus se déplacer dans son exploitation”, raconte le fondateur. Pour l’aider, avec l’aide de la cofondatrice Sana Darghouth, il conçoit alors un premier outil permettant d’actionner l’irrigation à distance par un simple appel téléphonique. Ce prototype devient rapidement le point de départ d’une solution bien plus complète. Avec une petite équipe, il explore les usages agricoles et met en lumière de nombreuses anomalies dans les pratiques courantes : irrigation fondée davantage sur l’habitude que sur les besoins réels des plantes, surconsommation d’eau et de fertilisants, fuites non détectées dans les réseaux de canalisations.
Selon lui, les pertes peuvent atteindre jusqu’à 30 % d’eau et de fertilisants à chaque irrigation, un niveau largement confirmé par les retours de terrain et représentant un coût majeur pour les exploitants. “On a alors décidé de concevoir une solution qui permette enfin de piloter l’eau de manière intelligente”, résume-t-il.
Une baisse de 30 % des fertilisants
AgriSafe s’appuie sur une architecture pensée pour les contraintes du monde agricole. Depuis son smartphone, l’agriculteur peut piloter pompes, électrovannes, stations de filtration ou systèmes de fertigation. L’ensemble repose sur une passerelle comparable à une box Internet, mais spécifiquement conçue pour les exploitations : portée de sept kilomètres, capacité à connecter jusqu’à 32 000 équipements, et couverture pouvant atteindre 15 000 hectares lorsqu’elle est mutualisée entre plusieurs agriculteurs.
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Des capteurs viennent compléter le dispositif afin d’affiner les décisions d’irrigation. Pour le fondateur, cette mutualisation constitue un levier essentiel pour démocratiser l’accès à la technologie : “En France, un agriculteur sur quatre exploite moins de dix hectares. Ce public est souvent oublié par les solutions concurrentes. Nous voulons rendre la technologie agricole accessible à tous.”
Depuis 2022, dix-sept agriculteurs tunisiens ont testé la solution sur 522 hectares. Les premiers résultats sont jugés “très encourageants”, avec une baisse de 30 % des consommations d’eau et de fertilisants et une hausse de 12 % de la productivité, notamment sur les oliveraies.
Une levée de fonds début 2026
AgriSafe prépare désormais une levée de fonds de 150 000 euros, prévue pour début 2026. La start-up a également été sélectionnée comme lauréate du Réseau Entreprendre, un dispositif qui lui ouvre l’accès à un accompagnement de deux à trois ans, à un prêt d’honneur de 20 000 euros et à un réseau de 14 500 entrepreneurs.
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Mohamed Mekki Maalej souhaite ancrer son développement en Occitanie puis dans le reste de la France, avant de viser l’Espagne, l’Italie et plus largement le pourtour méditerranéen, une région particulièrement exposée au changement climatique et au stress hydrique.
Son père est aujourd’hui décédé mais il souligne que sa start-up “est un hommage pour lui, et pour tous les agriculteurs qui peinent à gérer leur exploitation. Si notre solution peut leur enlever une partie de la charge mentale liée à l’irrigation, alors j’aurai réussi”.

