La rivalité sino-américaine structure l’ordre mondial en 2026. Les tensions géopolitiques s’intensifient, impactant l’Europe et la France. Comment ces dynamiques influenceront-elles les enjeux économiques et sécuritaires globaux ? 11 grands enjeux vont structurer les relations internationales cette année.
Faire de la prospective pour expliquer ce qui pourrait se passer dans le monde dans les douze prochains mois n’a jamais été simple. La tâche est devenue encore plus ardue pour cette année 2026 qui comment avec une opération militaire américaine au Venezuela, aussi soudaine que spectaculaire, qui a permis d’exfiltrer aux États-Unis, pour y être jugé, le président du pays sud-américain, Nicolas Maduro, ainsi que son épouse.
Chacun, qu’il soit spécialiste des relations internationales, diplomate, chef d’entreprise, élu local ou simple citoyen mesure qu’un chapitre de l’histoire mondiale est en train de se terminer et que tourner cette page-là a des conséquences très concrètes jusque dans notre quotidien le plus banal – une décision prise par Xi Jinping ou Donald Trump peut affecter le fonctionnement de services ou d’appareils chez nous…
Ce chapitre qui se referme est celui entamé après la Seconde Guerre mondiale où les vainqueurs avaient posé les bases du multilatéralisme et des grandes institutions internationales autour des Nations unies. Cadre évidemment imparfait, qui n’a évité ni les guerres, ni le creusement des inégalités, versant sombre de la mondialisation, mais cadre qui tenait jusqu’à présent. Aujourd’hui, sous la pression de leaders populistes et réactionnaires, d’autocrates, de dictateurs ou d’oligarques de la tech, tous aidés par un écosystème puissant de désinformation, le cadre international se délite et s’inverse, la force du droit international s’efface peu à peu devant le droit du plus fort ; le bloc contre bloc est de retour.
Dans ce monde plus complexe, plus dangereux, plus incertain que jamais, l’Europe semble faire figure d’une île qui tente de préserver ses valeurs et ses intérêts face à ceux qui ont juré sa perte. Elle devra pourtant – et la France avec – se battra sur les 11 grands enjeux internationaux qui vont modeler 2026, de la rivalité entre les États-Unis et la Chine aux nouvelles alliances, de la grande bataille autour des terres rares ai développement de l’IA, des guerres hybrides aux attentes sociales des populations.
Un 12e enjeu aurait pu s’ajouter : la lutte contre le réchauffement climatique qui semble, hélas, reléguée et dominée par tous les autres…
Interventionnisme américain et coercition régionale

Les États-Unis renforcent leur posture interventionniste dans leur voisinage stratégique immédiat. Des Caraïbes à l’Amérique latine, Washington justifie une présence militaire accrue par la lutte contre les trafics, notamment de stupéfiants, l’instabilité politique et la protection des voies commerciales. Cette approche combine démonstrations de force, pressions économiques et accords transactionnels. Elle vise à sécuriser l’accès aux ressources et aux infrastructures critiques, mais contribue à fragiliser le cadre juridique international et à nourrir des tensions durables avec plusieurs États de la région.
À lire aussi :
ENTRETIEN. Venezuela : Maduro capturé, pétrole et doctrine Monroe, le pari de Donald Trump décrypté
La spectaculaire opération au Venezuela – première réserve de pétrole mondiale – samedi 3 janvier pour arrêter Nicolas Maduro rappelle l’interventionnisme des États-Unis en Amérique du Sud comme au Nicaragua fin 1989.
Impact pour la France : réduction des marges diplomatiques françaises en Amérique latine et aux Caraïbes, concurrence accrue sur les marchés et influence limitée face au poids stratégique américain.
Guerre en Ukraine, sécurité européenne

Le conflit en Ukraine s’inscrit dans la durée depuis bientôt quatre ans et redéfinit la sécurité européenne. Face à une Russie militarisée, l’Ukraine reste toujours dépendante de l’aide occidentale, tandis que les États européens accélèrent leur réarmement et relancent leurs industries de défense. Malgré l’augmentation des budgets, la dépendance capacitaire vis-à-vis des États-Unis demeure forte.
Moscou, de son côté, privilégie par ailleurs des stratégies de zone grise, visant infrastructures énergétiques, numériques et logistiques, accentuant la vulnérabilité des sociétés européennes sans franchir le seuil du conflit ouvert. De nombreuses ingérences et cyberattaques sont attribuées à la Russie.
Impact pour la France : hausse durable de l’effort budgétaire militaire, tension sur les capacités industrielles de défense, exposition accrue aux menaces hybrides et cyber contre les infrastructures critiques nationales.
Rivalité États-Unis – Chine

En 2026, la rivalité sino-américaine demeure l’axe structurant de l’ordre mondial. Washington a multiplié droits de douane et contrôles à l’exportation sur les semi-conducteurs et les puces de l’intelligence artificielle (IA), contraignant les entreprises à fragmenter leurs chaînes d’approvisionnement. Pékin, qui concentre plus d’un quart de la recherche et développement (R & D) industrielle mondiale, poursuit de son côté une stratégie d’autosuffisance technologique dans son quinzième plan quinquennal.
Cette confrontation s’étend à l’espace, au cyberespace et à la région Indo-Pacifique, avec une stabilisation tactique mais fragile sur les matières premières critiques.
Impact pour la France : pressions accrues sur les industriels français intégrés aux chaînes sino-américaines, arbitrages diplomatiques plus complexes en Indo-Pacifique et exposition renforcée aux restrictions technologiques et commerciales.
Moyen-Orient : un foyer d’escalade systémique

Le Moyen-Orient reste exposé à un risque élevé d’embrasement régional. Les tensions persistantes entre Israël et l’Iran, l’implication d’acteurs armés non étatiques et la fragilité des cessez-le-feu font peser une menace directe sur les marchés énergétiques et les routes maritimes stratégiques. Malgré les tentatives de médiation régionales, les dynamiques militaires dominent. Toute escalade aurait des répercussions globales immédiates, tant sur les prix de l’énergie que sur la stabilité politique des partenaires occidentaux dans la région.
Impact pour la France : vulnérabilité aux chocs énergétiques, risques accrus pour les forces françaises déployées, pression diplomatique renforcée sur Paris en tant qu’acteur régional et membre du Conseil de sécurité de l’ONU.
Multipolarité fragmentée

L’ordre international évolue vers une multipolarité fluide, marquée par l’érosion des institutions multilatérales. Une part croissante des échanges mondiaux échappe ainsi aux règles communes, au profit d’accords bilatéraux et de coalitions variables. Cette diplomatie de connivence, souvent mêlée d’intérêts privés, favorise les arrangements opportunistes et l’impunité interventionniste. Les puissances intermédiaires y trouvent des marges de manœuvre accrues, mais au prix d’une instabilité normative et d’un affaiblissement des mécanismes collectifs de régulation.
Impact pour la France : affaiblissement des cadres multilatéraux traditionnellement défendus par Paris, nécessité d’un activisme diplomatique accru pour préserver influence et crédibilité internationales.
Réarmement technologique, IA et cyber-conflits

La compétition stratégique se déplace vers les technologies avancées. Drones, intelligence artificielle (IA) et capacités cyber sont désormais centraux dans les doctrines militaires. Les opérations hybrides – sabotage numérique, désinformation, attaques contre des infrastructures critiques – se multiplient sans cadre normatif stabilisé.
L’absence de règles internationales sur l’IA militaire accroît les risques d’erreurs de calcul et d’escalades involontaires. Les entreprises civiles deviennent des cibles stratégiques, exposées à des risques opérationnels et réputationnels croissants.
Impact pour la France : exposition croissante des entreprises et administrations françaises aux cyberattaques, nécessité d’investissements massifs en défense numérique et en technologies souveraines.
Ruptures et ressources critiques

La sécurisation des chaînes d’approvisionnement devient un enjeu géopolitique central. La concentration de l’extraction et du traitement des terres rares – présentes dans les smartphones, les disques durs, les voitures électriques ou les turbines d’éoliennes – largement dominée par la Chine, accentue les vulnérabilités industrielles occidentales. États-Unis et Europe multiplient les politiques protectionnistes et les interventions publiques pour réduire leur dépendance.
Si ces stratégies renforcent la résilience à long terme, elles augmentent les coûts, compliquent la transition énergétique et alimentent les tensions commerciales avec les pays producteurs et partenaires du Sud global.
Impact pour la France : risques sur les filières industrielles clés (défense, automobile, transition énergétique), arbitrages difficiles entre souveraineté économique et compétitivité.
Nationalisme et souverainetés numériques

Les États affirment leur souveraineté numérique par la régulation des plateformes, la localisation des données et le contrôle des technologies clés. L’Europe défend le DSA et le DMA par exemple, qui mettent en colère Donald Trump. Cette fragmentation de l’espace numérique mondial contraint les entreprises à opérer sous des standards multiples et parfois incompatibles. Les investissements massifs dans l’IA, notamment au Moyen-Orient et en Asie, nourrissent une dynamique de compétition technologique intense.
Elle s’accompagne toutefois d’un risque de correction brutale – comme un possible éclatement de la bulle IA – dans un contexte de valorisations élevées et de dépendance accrue aux décisions politiques.
Impact pour la France : opportunités pour renforcer une régulation européenne, mais contraintes lourdes pour les entreprises françaises face à des standards multiples et à la domination des acteurs extra-européens.
Sud global et recomposition des alliances

Le Sud global s’impose comme moteur de la croissance mondiale et acteur géopolitique incontournable. Inde, ASEAN (Association des nations de l’Asie du Sud-Est) et BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) élargis privilégient des stratégies pragmatiques, fondées sur la diversification des partenariats et la préservation de leur autonomie stratégique.
Les accords bilatéraux se multiplient, contournant les logiques de blocs. Cette recomposition offre des opportunités économiques significatives, mais expose ces États à des arbitrages complexes entre intérêts commerciaux, pressions diplomatiques et régimes de sanctions.
Impact pour la France : nécessité de redéfinir les relations avec l’Afrique, l’Inde et l’Asie du Sud-Est, sous peine de perte d’influence économique et diplomatique.
Pressions socio-économiques et légitimité politique

Les tensions sociales s’intensifient dans de nombreuses régions. Inflation, chômage des jeunes et inégalités nourrissent contestations et défiance – notamment des jeunes de la Génération Z – envers les institutions. La polarisation politique s’aggrave, favorisant la radicalisation des discours et des modes d’action.
Cette fragilisation de la cohésion sociale devient un facteur géopolitique à part entière, limitant la capacité des États à conduire des politiques extérieures cohérentes et durables, et augmentant les risques de déstabilisation interne à l’approche d’échéances électorales sensibles.
Impact pour la France : risques de contagion sociale et politique, contraintes accrues sur l’action extérieure dans un contexte de sensibilité accrue de l’opinion publique.
Érosion des régimes de maîtrise des armements

Les mécanismes de contrôle des armements poursuivent leur délitement. L’incertitude autour des traités nucléaires, – le traité START sur le désarmement nucléaire entre la Russie et les États-Unis expire le 5 février –, l’absence de règles sur les armes autonomes et la militarisation de nouveaux domaines comme l’espace et le cyberespace alimentent une course aux armements accélérée.
Les ventes d’armes atteignent des niveaux records, tandis que plusieurs États renforcent la conscription et des préparations militaires. Cette dynamique accroît le risque d’accidents, de malentendus stratégiques et d’escalades rapides dans un environnement international déjà sous forte tension.
Impact pour la France : pression sur la doctrine de dissuasion, augmentation des dépenses militaires et responsabilité accrue dans les initiatives de stabilisation stratégique internationales.

