January 4, 2026

"J’ai fait des dominos avec une résidente, elle en a pleuré !" : dans les pas d’une aide-soignante dans un Ehpad

l’essentiel
SÉRIE : “J’ai passé une journée avec…” La vie quotidienne dans un Ehpad est rythmée par des tâches incessantes. Marjorie Chambon, aide-soignante, parcourt jusqu’à 8,8 kilomètres par jour. Malgré un manque de personnel chronique, elle garde le sourire pour les résidents.

Il est 14 h 30, ce vendredi 26 décembre, et Marjorie Chambon remonte le couloir 2, au sein de l’Ehpad (Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) de Sousceyrac. Comme chaque début d’après-midi, elle doit se rendre aux transmissions pour débriefer avec ses collègues aides-soignants et infirmiers.

Marjorie Chambon est aide soignante depuis une dizaine d’années.
Marjorie Chambon est aide soignante depuis une dizaine d’années.
DDM Aouregan Texier

Sur la route, elle croise un résident. “Vous avez encore mal au ventre ?”, lui demande-t-elle. Il lui fait signe que oui. Immédiatement, c’est noté sur son petit bloc-notes. “Il faudra que j’en parle à la réunion”, se note l’aide-soignante faisant fonction. Avec son énergie débordante, on pourrait se dire que la jeune femme vient de commencer sa journée. Pourtant, elle est sur le pont depuis le matin.

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8,8 kilomètres en un jour de travail

“On arrive vers 6 h 30, on commence par regarder ce qui s’est passé pendant la nuit. Puis, on doit commencer à faire les toilettes. Dans ce couloir-là, on doit en faire vingt-six. Grand maximum, on y passe vingt minutes. Tout le monde doit être prêt pour midi, pour le repas. Certains plus tôt. On a une liste PASA (Pôle d’activité de soins adaptés) pour les personnes atteintes, par exemple, d’Alzheimer. Ils doivent être prêts à 10 h car ils partent pour la journée faire des activités en groupe. On peut aussi aider à descendre les petits déjeuners. Et après, on embraie sur le déjeuner. Bref, on ne s’ennuie pas !”, souffle Marjorie. Un jour, la jeune femme a parcouru 8,8 kilomètres sur son temps de travail. Elle a rejoint l’Ehpad de Sousceyrac en mars dernier, et depuis, elle a perdu 16 kg.

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“En début d’après-midi, si j’ai le temps, je fais un peu d’animation. On voit les résidents d’une autre manière. Ce week-end, j’ai fait des dominos avec une résidente qui adore ça, elle en a pleuré !”, raconte encore émue l’aide-soignante. J’aime bien faire des manucures aussi…” Pour travailler en Ehpad, il faut aimer le contact avec les autres. Marjorie, elle, a commencé à travailler dans ces établissements très jeune. Elle s’est beaucoup occupée de sa grand-mère, ce qui lui a donné envie de continuer à être auprès des personnes âgées. Et de prendre soin d’elles autant qu’elle peut.

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Une canne qui chauffe trop

De retour aux transmissions, il est 14 h 45. “J’ai un résident qui se plaint de maux de ventre depuis ce matin. Il m’a fait de la peine le pauvre était plié en deux”, relate Marjorie. Une de ses collègues souligne : “En plus, lui ne se plaint jamais”. Quelques minutes plus tard, les professionnels retournent dans leurs étages. Dans le couloir 2, un résident se promène. “Vous n’avez pas pris votre canne ?”, lui glisse-t-elle. Du tac au tac, le vieil homme répond : “Je l’ai laissée, elle chauffait trop !” Des petits échanges qui peuvent redonner le sourire aux personnes âgées.

Un métier sous valorisé, mais que la jeune femme apprécie.
Un métier sous valorisé, mais que la jeune femme apprécie.
DDM Aouregan Texier

À 15 heures, c’est l’heure du goûter. Sirop ? Thé ? Café ? Petit gâteau ? Les résidents ont le choix – selon leur régime alimentaire. Ce jour, les aides-soignantes sont en nombre suffisant. Elles sont cinq. Certaines d’entre elles peuvent donc se détacher. Elles en profitent pour faire un peu d’animation ou bien, comme aujourd’hui, des douches compliquées. Marjorie et sa collègue Julie prennent en charge une résidente pour la doucher dans la salle de bains commune, bien plus spacieuse que celles des chambres. Un gain de temps pour la personne sur le poste des douches le matin. “Toute propre ! On va l’entendre ronfler !”. Une fois la résidente installée à nouveau dans sa chambre, Marjorie prend quelques secondes pour souffler et boire de l’eau. Elle croise l’infirmier : il a changé la sonde du résident, ce qui semble grandement le soulager.

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Être en nombre suffisant, c’est plutôt rare. “Ce n’est pas toujours le cas”, souffle l’une des collègues de Marjorie. “Ce n’est pas un métier attractif. Le salaire ne suit pas. Il y a un gros manque de personnel, et on n’arrive pas à recruter. On a souvent des intérimaires qui viennent. Mais il arrive régulièrement qu’au dernier moment, ils ne viennent pas, et parfois sans prévenir”, regrette la jeune femme. Pendant les fêtes, ses collègues ont pu se retrouver à trois avec une charge de travail énorme sur les bras. “On est fatiguées, certes, mais ce n’est pas la faute des résidents. Il faut faire la part des choses, et garder le sourire”.

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Il est 16 heures, et Marjorie termine bientôt sa journée. L’Ehpad, lui, va continuer de fourmiller. Il faut commencer les couchers, et à 17 h 45, c’est l’heure du repas du soir. Puis vient la garde de nuit, où deux aides-soignantes et un infirmier vont veiller sur les résidents. Pas le temps de s’ennuyer.

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