Au 1er janvier 2026, le prix du tabac a de nouveau augmenté en France. Certaines références dépassent désormais les 13 euros le paquet. À Agen, au tabac-presse du centre, ses gérants Jérôme Vidal et Jessica Jacquet observent au quotidien les effets très concrets de cette hausse, loin des discours officiels sur la santé publique.
Au comptoir du tabac-presse du centre d’Agen, l’augmentation est devenue une routine. « La Marlboro rouge en 20 est passée à 13,50 euros. Elle était à 13 euros au 31 décembre », précise Jessica Jacquet. Une hausse de 50 centimes pour la cigarette la plus vendue, dans la continuité du mouvement annoncé par les Douanes et confirmé par les fabricants. Depuis 2016, le prix du paquet a plus que doublé, passant de 6,50 euros à plus de 13 euros pour certaines références.
Cette nouvelle hausse n’est pas la plus brutale que la profession ait connue, mais elle reste, selon les buralistes, profondément délétère. « Vu le prix, toute augmentation est délétère, quoi qu’il en soit », insiste la gérante. D’autant que la hausse actuelle ne relève pas d’une décision uniforme de l’État, mais d’une indexation sur l’inflation, chaque fabricant restant libre de répercuter ou non la hausse sur ses prix.
Une hausse dictée par le marché, pas par la loi
« Ce n’est pas une législation nationale. On est indexé sur l’inflation, c’est la loi Borne. Après, chaque fabricant fait ce qu’il veut », explique Jessica Jacquet. Certains choisissent d’augmenter leurs prix, d’autres rognent sur leurs marges, voire stabilisent certaines références pour conserver leur clientèle. Résultat : tous les paquets ne dépassent pas les 13 euros. Des marques restent autour de 11,50 euros, comme certaines références dites “low cost”.
Cette stratégie commerciale s’observe déjà dans les habitudes des clients. « Si vous acceptez de changer de fabricant, vous montrez que l’augmentation démesurée n’est pas la solution », souligne la buraliste, qui oriente parfois vers des alternatives moins chères. Mais pour beaucoup de consommateurs, la question n’est pas le changement de marque : c’est le départ vers l’étranger.
« Le prix ne fait pas arrêter, il déplace la consommation »
« Ce qui nous met en colère, c’est qu’on nous dit que les gens arrêtent de fumer. Ce n’est pas vrai. Personne ne dit “je vais arrêter”, ils disent tous “je vais aller à la frontière” », affirme Jessica Jacquet. Espagne, Andorre, Belgique : la contrebande et les achats transfrontaliers deviennent des réflexes, malgré les risques et les contrôles renforcés. En 2025, plus de 500 tonnes de tabac ont été saisies par les douanes, un chiffre en constante augmentation.
Pour la gérante, l’effet est doublement pervers. « Un fumeur qui achète en France finance la sécurité sociale. Quand il achète à l’étranger, l’argent ne rentre plus dans les caisses, mais la Sécurité sociale paiera quand même s’il est malade. Financièrement, pour l’État, c’est une hérésie. » Une logique qu’elle estime socialement injuste : « Ce sont toujours les mêmes qui payent. Les plus modestes et la classe moyenne. Les autres ne regardent pas le prix. »
Ancienne infirmière, Jessica Jacquet remet aussi en cause l’efficacité sanitaire de la politique actuelle. « Quelque chose d’addictogène reste addictogène. Le prix ne change pas ça. » Selon elle, la prévention est aujourd’hui quasi inexistante, alors même que les hausses successives poussent surtout vers des marchés parallèles. « La règle du prix n’est pas la meilleure solution. Il faut changer de méthode. »

