August 27, 2025

ENTRETIEN. "En six mois, on ne résout pas des décennies de difficultés", estime Lionel Candelon, président de la chambre d’agriculture du Gers

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Lionel Candelon dresse un premier bilan de son action, 6 mois après son élection à la présidence de la chambre d’agriculture du Gers. Rencontre avec un président déterminé à “remettre l’église au centre du village”.

Lionel Candelon, quel premier bilan tirez-vous de ces mois d’engagement ?

Il a d’abord fallu une centaine de jours pour comprendre le fonctionnement interne de la chambre, ses rouages, ses forces et ses faiblesses. Et d’abord ses équipes. Ce n’est qu’à partir de juin-juillet que nous avons pu commencer à agir concrètement. Le Gers était dans une situation catastrophique : 2025 est une année noire pour l’agriculture, et en six mois, on ne résout pas des décennies de difficultés. Mais nous avons déjà posé des bases solides.

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Justement, sur la question centrale des revenus, quels sont les premiers résultats concrets ?

Nous avons noué des partenariats forts, comme avec la chaîne Leclerc, qui a intégré une quarantaine de producteurs gersois en un mois, une avancée de taille pour nos agriculteurs. Nous travaillons aussi à relier directement l’abattoir d’Auch à la restauration locale, pour sécuriser les débouchés. La rentrée sera explosive en termes d’actions et d’annonces. Mais la Chambre d’agriculture ne peut pas résoudre la crise des revenus en un claquement de doigts.

Vous aviez aussi promis une gouvernance différente, fondée sur le dialogue et la sobriété. Comment cela se traduit-il au quotidien ?

Nous avons commencé par des gestes symboliques, comme réserver les premières places de parking aux agriculteurs. Chaque fois qu’un problème nous est remonté, nous nous sommes battus pour obtenir gain de cause, que ce soit auprès de la préfecture, de l’Office français de la biodiversité ou de la DDT. Il faut remettre l’église au centre du village. Cette année, face à une sécheresse majeure, nous avons tout fait pour préserver l’accès à l’eau. Nous avons aussi défendu les éleveurs, et nous allons attaquer le dossier du bio à la rentrée, avec une nouvelle directrice dédiée. Nous savons que les institutions publiques nous regardent souvent avec méfiance, mais nous ne baisserons pas les bras.

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Sur la question cruciale de l’irrigation et de la gestion de l’eau, quelles sont vos priorités ?

Il est urgent de créer deux retenues collinaires, sur la Neste et sur l’Adour, de quoi capter 12 M de m3 en hiver, qui sécuriseraient près de 90 % des besoins agricoles du Gers en cas de sécheresse. Aujourd’hui, la situation est absurde : le Gers est en alerte renforcée, tandis que la Haute-Garonne laisse arroser les stades de foot et les golfs. Sans parler de la centrale nucléaire de Golfech, qui pompe à elle seule la moitié des besoins agricoles du Gers ! Il faut arrêter l’hypocrisie, y compris celle des associations de défense de l’environnement : l’eau tombe en quantité suffisante l’hiver, mais si on ne la stocke pas, on ne pourra jamais faire face aux étés secs. Nous n’avons pas de réserves souterraines.

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Vous vous étiez engagé à soutenir les filières fragilisées, comme l’œuf ou l’abattoir. Où en sont ces dossiers ?

L’abattoir est indépendant, mais nous le soutenons sans réserve. Nous serons à ses côtés pour négocier avec les instances de suivi, et nous n’hésiterons pas à taper du poing sur la table si nécessaire. Nous serons aussi présents financièrement, ou pour faciliter des partenariats avec la grande distribution. Par exemple, nous travaillons à lui fournir de l’électricité à prix coûtant via la future centrale électrique du magasin Leclerc. En revanche, l’État reste sourd à nos appels : nous avons envoyé sept courriers à la ministre depuis le début de notre mandat, sans aucune réponse. À un moment, il faudra que l’État entende nos revendications, sinon nous appellerons les syndicats à se mobiliser.

Il y a eu des tensions entre les Jeunes Agriculteurs et la CR. Comment gérez-vous ces conflits, comme militant et président ?

Le conflit à Aubiet est avant tout une guéguerre syndicale qui a pris une tournure excessive pendant les élections. C’est un conflit de voisinage, entre personnes, qui a dégénéré. Le vrai problème, c’est que les agriculteurs en ont assez de perdre du temps à régler des querelles de maternelle au lieu d’avancer sur les vrais enjeux.

Pensez-vous mobiliser le monde agricole pour la manifestation du 10 septembre ?

Je ne participerai pas à cette manifestation. Il y a déjà une récupération politique en cours, et je ne vois pas l’intérêt d’aller défiler aux côtés de Sud Rail, de la CGT, de LFI ou du Rassemblement National. Nous avons vu, avec la loi Duplomb, que deux millions de personnes nous ont craché au visage. Je ne me vois pas manifester avec ceux qui nous méprisent.

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