December 29, 2025

"Ils ont peur, tous les matins, de découvrir une bête malade" : faut-il craindre un retour de la mobilisation agricole à la rentrée ?

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Si les barrages ont été levés, la grogne reste intacte dans les exploitations ariégeoises. Entre une gestion sanitaire de la DNC jugée défaillante et la menace du traité Mercosur, un second acte de la mobilisation pourrait bien voir le jour.

Si les barrages des agriculteurs ont été levés en Ariège, la colère, elle, n’est pas retombée. “Pour moi, il faut s’attendre à un retour du mouvement à la rentrée”, estime Philippe Lacube, président de la chambre d’agriculture d’Ariège.

Après des blocages pendant une dizaine de jours, principalement à Tarascon, les agriculteurs avaient décidé de lever le camp afin de ne pas affecter l’activité des stations de ski en Haute-Ariège, qui commencent leur pleine saison pendant les vacances de Noël. Cette cessation des blocages s’apparente davantage à une trêve hivernale qu’à un abandon des revendications.

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“Les raisons de la colère n’ont pas disparu”

“Les raisons de la colère n’ont pas disparu. Il y a plusieurs incompréhensions. D’abord, pourquoi on ne nous a pas autorisés à vacciner quand nous avons fait la demande il y a deux mois ?” rappelle Philippe Lacube. “À l’époque, la réponse du ministre de l’Agriculture était que la DNC n’arriverait jamais en Ariège, car la situation était sous contrôle en Savoie et dans le Jura. On voit aujourd’hui à quel point ils contrôlaient la situation”, souligne-t-il.

“Ensuite, l’ensemble de la profession ne comprend pas pourquoi l’abattage total, qui est quelque chose de particulièrement traumatisant à vivre, est toujours maintenu, même lorsque le cheptel est vacciné.”

Une profession terrorisée

En effet, le protocole sanitaire n’a pas vraiment évolué malgré les demandes des syndicats agricoles qui souhaiteraient expérimenter l’abattage sélectif lors d’un cas de DNC dans un élevage vacciné. “Actuellement, les négociations pour faire évoluer le protocole sont mortes”, assure Philippe Lacube.

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La clôture des débats pour faire évoluer le protocole sanitaire serait une grave erreur pour la chambre d’agriculture. “Je n’ai jamais vu une telle crainte dans la profession. J’ai rencontré des éleveurs terrorisés. Ils ont peur, tous les matins, de découvrir une bête malade en entrant dans l’exploitation”, rapporte Clémence Biard. Pour les représentants de la profession, ce protocole strict représente aussi un risque pour la traçabilité de la maladie. “Aujourd’hui, les éleveurs sont tentés de ne pas déclarer une bête malade pour ne pas perdre tout leur cheptel”, estime Philippe Lacube.

Outre l’évolution de la DNC, c’est aussi tout un patrimoine génétique qui est en péril. “Si on continue la stratégie du dépeuplement total, cela implique une perte d’un long travail génétique, en particulier en Ariège où nous avons de nombreuses vaches de race”, rappelle le président de la chambre d’Agriculture.

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L’accord du Mercosur également dénoncé

À la gestion polémique de la DNC s’ajoute la signature de l’accord du Mercosur, reportée à la mi-janvier. “C’est comme une épée de Damoclès sur toute la profession agricole”, résume Philippe Lacube. Cet accord, massivement rejeté par toute la filière, est un autre sujet sur lequel la mobilisation peut s’organiser et s’intensifier très rapidement. En effet, il permettrait la mise en place d’un marché commun avec plusieurs pays d’Amérique du Sud.

“Cela va à l’encontre de ce pour quoi je milite depuis des années, qui est de manger local”, insiste le président de la chambre d’agriculture.” Si le calme est revenu sur les routes d’Ariège pour les fêtes, il ne semble être donc que de façade.

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