Il ne s’arrête jamais Gillian Galan. L’ancien troisième ligne du Stade Toulousain (34 ans) vit une reconversion réussie dans la restauration. Il vient récemment d’ouvrir avec ses associés, le bar Chez Gigi, au centre de Toulouse, tout en continuant à gérer le Pintxos del Mercado Halles de la Cartoucherie et le restaurant de Cordon Bleu Amoné. Entre la cuisine, la plonge et le service, il a pris le temps de revenir sur ses secrets de vestiaire.
Votre après-carrière semble bien se dérouler, c’est le cas ?
Oui, je ne sais pas si j’ai trouvé ma voie, mais je fais des choses qui me plaisent. On est dans le service, on est là pour que les gens soient contents, un peu comme quand je jouais. C’est cool. J’aime voir les gens contents quand ils viennent dans notre établissement et se dire qu’ils ont passé un bon moment. C’est un peu le but et ça me plaît. On a ouvert “Chez Gigi” il y a trois mois. On cherche la clientèle du midi encore. On sait que les temps sont durs en ce moment. Mais le soir, on est très contents. Après, ce n’est pas hyper grand non plus, c’est un petit vestibule. Mais c’est cool parce qu’on arrive à avoir pas mal de monde qui vienne pour les soirées. On essaie de faire un bar un peu l’ancienne entre guillemets, parce que plein de choses sont mises en place pour que ça soit bien : si tu as envie de danser tu danses, si tu as envie de monter sur le bar, tant que tu ne te fais pas mal, que tu ne tu fais pas mal aux autres, tu peux. Et à côté, je continue la Cartoucherie. D’ailleurs, chez Gigi on utilise les produits de la cartoucherie. Et j’ai aussi un autre resto, “Amoné”. On est mono-produit, on ne vend que du cordon bleu. C’est cool, c’est pas mal de trucs différents et c’est bien de bouger un peu sur tous les lieux et de voir comment ça se passe. Il ne faut pas trop dormir, il faut courir. Mais sinon, ça va.
C’est quoi votre rôle dans ces restaurants ?
Je fais du service. J’ai eu fait de la cuisine, en fait, je suis le couteau suisse, entre guillemets. Donc, s’il y a besoin d’un truc, je suis là, mais j’ai des associés donc ça permet de se séparer la tâche.

La cuisine, c’est quelque chose qui vous plaît aussi ?
Oui, j’ai toujours cuisiné. Même quand je jouais, je cuisinais. J’ai toujours aimé ça, mon père aime ça. Donc, faire des plats, tout ça, j’aime beaucoup. L’autre jour j’ai fait la cuisine tout seul, c’était notre premier mercredi d’ouverture, donc c’était un peu chaud, mais bon, il y avait des côtes de bœufs, on avait fait des padrons, des tapas, du poulet Karaagé, des choses comme ça.
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Revenons-en au rugby, avec le recul, lors de quelle période vous êtes-vous le plus amusé ?
C’est dur, c’est dur parce que mes premières années c’était fou, avec cette ancienne génération. En plus lorsque j’arrive, on est champion deux ans d’affilée (2011 et 2012). C’était ouf à vivre. Mais la dernière saison au Stade où on bat tous les records de victoire, où on est champion à la fin, c’était cool aussi. Mais je dirais quand même les débuts. Les deux premières années, c’était fou. Moi j’avais 19 ans, 18 ans. J’avais cette génération de folie, où tu te dis, c’est des mecs qui avaient 90 sélections chacun, et moi j’étais le jeune, j’arrivais, c’était très bien.

Vous avez connu une longue période de creux après vos débuts et avant l’émergence de la nouvelle génération en 2019…
C’était cool de finir comme ça, surtout après cette période de trou un peu compliquée. C’était le départ de Guy, l’arrivée d’Ugo, il fallait se mettre en place. Mais ouais, c’était quelque chose, parce qu’en plus, il y a eu l’année Covid, où on arrête la saison en plein milieu alors qu’on était quand même pas trop mal parti. J’arrête le Stade sur un titre, donc c’est cool. Mais le début reste au-dessus car t’es tout flamme, t’es jeune, puis c’était une époque où ça bougeait pas mal. On avait pas mal de trucs hors rugby, entre nous. Même si j’organisais pas mal de trucs sur la fin des mes années toulousaines, mais on en avait beaucoup à l’époque. Et puis les mecs avaient envie d’être ensemble comme en 2019, c’était le même principe. Tu avais tout le temps envie d’être ensemble, tu jouais aux cartes, tu faisais des trucs, t’allais manger. Je passais autant de temps à être avec mes coéquipiers sur le terrain qu’en dehors. C’était trop bien.
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Quand est-ce que vous vous êtes senti le plus fort ?
Lors de la saison de 2012 jusqu’à 2016, je me sentais vraiment en forme, il y a bien sûr eu des pépins physiques, mais je me suis vraiment senti en forme, j’étais bien sur le terrain, je faisais, je pense, des matchs assez corrects, je jouais tout simplement, ça c’était cool. Est-ce que les gens m’ont senti bien ? Je n’en sais rien. Mais moi, je me sentais bien.
“Kolbe ? J’ai toujours dit que c’était l’inventeur de la téléportation”
Est-ce qu’il y a un coéquipier qui vous a plus marqué que les autres ?
Elle est dure celle-là parce que j’en ai eu pas mal et puis j’ai côtoyé des grands joueurs. On va dire que l’arrivée de Cheslin Kolbe… Il était assez impressionnant sur les entraînements. J’ai toujours dit que c’est l’inventeur de la téléportation. Sur les matchs et même sur les entraînements, c’était incroyable. Il avait cette capacité à ne pas perdre de vitesse sur les appuis. C’est ça qui est incroyable. Parce que ce n’est pas le plus rapide, Cheslin. Il y a des mecs qui vont vite. Cheslin, il allait vite, mais surtout, il avait cette capacité à changer sa trajectoire sans perdre de vitesse avec une constance folle. C’était incroyable. Mais je vais en choisir trois parce qu’il y a aussi Thierry Dusautoir, avec qui j’ai joué, qui est un ami et qui était un leader d’exemple. Ce n’était pas quelqu’un qui parlait beaucoup, mais il était exemplaire sur le terrain. Bon, il y a donc Cheslin, cette arrivée a été incroyable. Et après, il y en a trop mais je vais dire Florian Fritz parce que c’est un ami et c’est quelqu’un que j’estime beaucoup, qui avait… Des capacités physiques, bien sûr, parce que n’est pas Florian Fritz qui veut, mais c’était un mec mentalement ultra fort. C’est quelqu’un qui t’apprend beaucoup, même s’il avait un caractère particulier. Il a un caractère fort et un mental hyper fort.
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Quel entraîneur vous a le plus apporté ?
Yannick Bru. C’est mon premier coach en pro. Et Yannick m’a beaucoup aidé sur le plan physique, technique. Il m’a pas mal apporté. Donc, ouais, en pro, je dirais ça. Et en jeune Olivier Baragnon puis Sébastien Piqueronies que j’ai eu au pôle espoir qui m’ont beaucoup apporté. Olivier m’a beaucoup aidé sur le plan physique et le combat et Seb plus sur le plan technique et réflexion.
“Ce n’est pas d’arrêter le rugby qui m’a fait mal au coeur, c’est de ne pas pouvoir dire au revoir”
Quand aujourd’hui vous repensez à la fin de votre carrière (il avait été contraint d’arrêter le rugby à cause du symptôme de l’artère poplitée en 2020), est-ce que ça reste toujours un moment douloureux ou au contraire, vous êtes passés à autre chose ?
Non, ça reste un moment douloureux parce que j’arrête sur une blessure. Ce n’est pas d’arrêter le rugby qui me fait mal au cœur, c’est de ne pas pouvoir dire « au revoir ». J’ai joué 11 ans au Stade et je n’ai pas dit au revoir à ce public qui m’a donné énormément. J’ai essayé de lui rendre le maximum quand je pouvais. Sur ce plan, c’est douloureux de ne pas avoir dit au revoir à tout le monde et de dire : “Maintenant, c’est fini. Je vous remercie pour ce que vous m’avez donné. J’ai donné ce que j’ai pu, mais j’espère que c’était assez pour vous.” Je l’ai pris dans la gueule cette fin quand même. Je me suis fait opérer, on m’a dit, tu ne pourras plus jamais jouer au rugby. Après, tu te dis, c’est la vie, mais tu le prends dans la gueule et tu ne dis pas au revoir. Il y a un goût d’inachevé et puis, je suis quelqu’un d’assez jovial et d’assez empathique et je sais que ça m’aurait fait plaisir de remercier tous ces gens-là. Je pars du stade en 2020, le Stade ne me renouvelle pas parce qu’ils veulent faire une nouvelle génération, je le comprends. Et donc je pars à Lyon, et je ne joue même pas à Lyon, parce que je me fais opérer d’entrée. Mais comme je pars de Toulouse l’année Covid, il n’y a pas d’au revoir. Et ça, c’est dur. En fait ce n’est pas dur, mais c’est triste.

Et en dehors du terrain, quel est votre meilleur souvenir de fête avec vos coéquipiers ?
Un truc qui m’a marqué, je dirais le dernier titre, le dernier titre en 2019. Moi, bien sûr, je fais ma connerie à sortir du match en slip et sortir faire la fête à Paris en slip. Je fais toutes les célébrations en slip. C’était le dernier. Je ne le savais pas encore, mais c’était le dernier. On avait une super équipe. On fait la bringue comme il faut mais il y avait quelque chose de spécial avec cette mixité incroyable. On avait des Neo-Zélandais, des Australiens, des Sud-Africains. On avait des Français, on avait des Wallisiens. ll y avait des gamins, des plus anciens aussi. C’était multigénérationnel, c’était cool. C’est pour ça qu’on aime le rugby aussi. Tout le monde se mêlait à tout le monde. Il y avait des vieux comme des jeunes, des gens qui ont différentes cultures. Et finalement, on a réussi à faire un mix de tout ça et de passer des super moments. C’est plus cette ambiance entre nous qui fait que c’est super cool.
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C’est vous qui vous occupiez d’organiser les célébrations ?
Oui, c’est moi qui ai organisé. Pendant très longtemps je m’en suis occupé puisque quand William Servat arrête, en 2012, il demande à Jean-Marc Doussain et à moi de s’occuper de tout ça, de prendre sa suite. Une sorte de comité des fêtes. Et c’est vrai que j’ai passé beaucoup de temps à faire ça. Donc ça m’a permis de connaître beaucoup de restaurateurs à Toulouse. J’organisais beaucoup de choses comme ça. Donc c’était bien, j’étais content mais comme dirait mon ex-femme : “Tu as passé autant de temps à t’entraîner qu’à organiser des trucs” et elle n’a pas tort. Mais ça me faisait plaisir et puis ça fait partie du truc. C’est peut-être aussi pour ça qu’on a eu plus de facilité, que c’était plus facile à vivre, surtout les moments creux et qu’on est peut-être champion sur ces années. C’est lors de ces célébrations qu’on a renouées avec le tour en petit-train en ville, la virée à Leucate, la virée à Barcelone… Alors ça, c’est pour les bringues d’après-titres, mais il y avait aussi les après-matchs. Les restos, les trucs comme ça. Il fallait savoir qui venait, qui a envie de faire quoi, où est-ce qu’on va en ville, un truc peinard, un truc où ça bouge… Voilà, tu demandes plus ou moins, tu prends la température et puis tu te débrouilles pour organiser au mieux possible.
Et les joueurs suivaient beaucoup ?
Oui franchement… Les mecs étaient souvent en retard, mais par contre ils ne partaient pas en avance.
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Qui étaient les plus fêtards à votre époque ?
Ah, les meilleurs bringueurs. Chez les plus anciens, les bons bringueurs, tu avais William (Servat), un des premiers qui est un ami et qui… qui m’a fait découvrir pas mal de trucs. Florian Fritz, pas mal aussi. Avec parcimonie, mais quand il était là, il était à 100 %. Joe Tekori, sur les dernières années aussi. Et puis chez les jeunes, il y avait Cyril Baille, Julien Marchand. C’était pareil, avec parcimonie, mais ils étaient présents. C’était des gens qui, quand ils étaient là, ils étaient là pour être ensemble, pour s’amuser.
Pour revenir sur votre célébration en slip, pouvez-vous raconter pourquoi vous avez eu cette idée ?
Alors, on avait fait des slips à l’effigie du Stade Toulousain. Moi, j’en portais pour jouer parce que je me sentais bien dedans. Et avant qu’on joue la finale en 2019 (contre Clermont), je leur dis, si on est champion, je sors en slip à Paris. Parce que c’est peut-être la seule occasion de ma vie où je pourrais faire ça. Donc je dis, je sortirai en slip à Paris, mais je serai classe. Donc je mets le costard, la chemise, la cravate, je mets même des Rangers, et je sors en slip à Paris. Pourquoi ? Ça vient du fait que je ne suis pas très beau physiquement (rires), mais je m’en fous. Et je suis très à l’aise avec la nudité. Et je n’ai pas vraiment de problématique à me mettre en slip. Et puis j’ai souvent chaud, j’ai le thermostat pété, comme on dit chez moi. C’est le délire qui m’est venu un peu tout seul. Et c’est un truc que j’aime garder parce que ça change, parce que… C’est un peu exceptionnel, c’est des choses qui changent la physionomie, même dans le bar. C’est marrant, il y a des gens qui viennent pour ça, car encore aujourd’hui dans notre bar ça m’arrive de me remettre en slip. Bon, je ne fais pas un service complet, mais ça peut m’arriver d’être 10 minutes en slip.
Et à Paris, on vous avait fait des remarques ?
Même pas ! Fondu dans la masse… J’ai quelques personnes qui m’avaient dit « mais qu’est-ce que tu fous en slip ? » Mais non, j’étais fondu dans la masse, franchement, les gens étaient… Cool. Mais je pense que ça choque moins à Paris.
À Paris la nuit, on va dire…
Oui, à Paris la nuit. C’est sûr que la journée, bon, ça choque toujours. Mais à Paris la nuit, je pense que ça choque moins. Mais non, non, franchement, c’était cool.
Le lendemain, vous arrivez en bus au Capitole et vous êtes toujours en slip. C’était le même slip ?
Non, et il faut savoir que je me suis changé dans l’avion. Lors de cette soirée à Paris, je suis rentré très, très, très tôt, enfin, dans la matinée, et on partait vite. Je me suis douché. Et en fait, je ne fais pas attention, et je remets le même slip. Et je me suis dit, putain, mais tu as remis le même. Et en fait, je me suis changé dans l’avion. Si je me souviens bien, je me suis changé en plein milieu de l’avion. La veille, c’était le noir et là, c’était le rouge. Et j’ai fait presque toutes les célébrations en slip.

