November 29, 2025

"Je le ferai sans problème" : à l’approche des fêtes, la règle des 12 jours de travail d’affilée divise

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Dans le département du Gers, certains employés se disent prêts à enchaîner douze jours de travail, comme l’autoriser la récente décision de la Cour de cassation. D’autres, a contrario, redoutent un rythme trop éprouvant. Rencontres.

Derrière son comptoir, Julie* range quelques cintres après le passage d’une cliente. Salariée d’une boutique de prêt-à-porter auscitaine, elle se prépare au rush des fêtes de fin d’année, qui pourrait s’avérer plus intense que les précédents.

Le 13 novembre dernier, la Cour de cassation a estimé qu’un employeur pouvait faire travailler un salarié douze jours de suite, considérant que le droit au repos hebdomadaire s’apprécie par semaine civile. “Je le ferai sans problème, assure la salariée. Surtout à cette période de l’année.”

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Jusqu’à présent, Julie n’a encore jamais eu à enchaîner une telle durée. Six jours consécutifs, comme c’est courant dans le secteur, oui, mais jamais davantage. “Tant que c’est ponctuel, je pense être en capacité de le faire”, ajoute-t-elle.

Des salariés déjà rodés ?

Dans le chef-lieu du Gers, d’autres salariés se montrent tout aussi ouverts à cette possibilité. “Moi, ça ne me dérangerait pas du tout, confie une vendeuse à quelques rues de là. Ça m’intéresserait même fortement si les heures étaient majorées, bien plus que de simples jours de récupération.”

Concrètement, un salarié pourrait travailler du mardi d’une première semaine au samedi de la suivante, soit douze jours consécutifs, tout en respectant la loi. La condition : avoir bénéficié d’un jour de repos le lundi de la première semaine et le dimanche de la seconde. Le Code du travail impose un repos hebdomadaire d’au moins vingt-quatre heures, auquel s’ajoutent onze heures de repos quotidien, rappelle la haute juridiction.

Dans une chocolaterie gersoise, cette décision, dont le gérant n’avait pas encore entendu parler, ne devrait pourtant rien changer. “Je suis à mon compte, alors je travaille déjà tout le temps, sourit-il. Je fais neuf ou dix heures par jour, c’est vrai que c’est fatigant.” Une intensité qui augmente encore à l’approche des fêtes : il prévoit d’ouvrir deux week-ends d’affilée. “Les clients se précipitent entre le 20 et le 25 décembre… Ils oublient que le chocolat se conserve.”

Des métiers jugés trop pénibles

Mais tous ne se sentent pas capables d’un tel rythme. Laura*, qui travaille dans la restauration depuis cinq mois, n’imagine pas enchaîner douze jours de travail. “Six ou sept jours, ça ne me dérange pas. Mais douze, non, c’est trop.” Jeune maman, elle se dit prête à faire quelques heures supplémentaires en période de fêtes, mais pas davantage. “Je ne suis pas vraiment pour ce rythme de travail”, affirme la Condomoise.

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Certains salariés estiment même que cette possibilité ne peut pas concerner tous les métiers. “Je pense que c’est faisable, mais ça dépend de la pénibilité. Je ne vois pas un maçon travailler douze jours d’affilée, c’est trop dur physiquement”, commente un passant, employé dans l’immobilier à 35 heures par semaine.

À noter que cette jurisprudence ne s’applique pas si une convention collective prévoit des dispositions plus protectrices : dans ce cas, ces dernières s’imposent à l’employeur.

*Les prénoms ont été modifiés.

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