Le général Denis N’Canha (au centre), chef du bureau militaire de la présidence, donne une conférence de presse à l’état-major des forces armées de Guinée-Bissau, le 26 novembre 2025. PATRICK MEINHARDT / AFP
Des militaires en Guinée-Bissau ont annoncé ce mercredi 26 novembre avoir pris le « contrôle total du pays » et suspendre le processus électoral, alors que ce pays coutumier des troubles politiques était dans l’attente des résultats des élections présidentielle et législatives organisées dimanche.
A lire aussi
Entretien
Coups d’Etat en Afrique : « Les putschistes promettent une deuxième indépendance »
A la mi-journée, des tirs avaient été entendus près du palais présidentiel et des hommes en tenues militaires prenaient possession de la principale artère menant vers le palais, dans ce petit pays côtier d’Afrique de l’Ouest situé entre le Sénégal et la Guinée (Conakry), qui a déjà connu quatre coups d’Etat et une kyrielle de tentatives de putsch depuis son indépendance en 1974. Mali, Burkina, Niger et Guinée-Conakry, la région a connu depuis 2020 une série de coups d’Etat militaires. On fait le point sur la situation.
• Un putsch pour « garantir la sécurité » du pays
En début d’après-midi, le général Denis N’Canha, chef de la maison militaire de la présidence, assis derrière une table et entouré de militaires armés, a annoncé à la presse au siège de l’état-major, qu’un « haut commandement pour la restauration de l’ordre, composé de toutes les branches de l’armée » prenait « la direction du pays jusqu’à nouvel ordre », ont constaté des journalistes de l’AFP sur place.
« Ce qui nous a poussés à le faire c’est pour garantir la sécurité au niveau national et également rétablir l’ordre », a ajouté le général, évoquant la découverte par les « renseignements généraux » d’un « plan visant à déstabiliser le pays avec l’implication des barons nationaux de la drogue ». Les renseignements généraux « ont confirmé l’introduction d’armes dans le pays pour changer l’ordre constitutionnel », a-t-il ajouté.
A lire aussi
Chronique
Nigeria : ces enfants qu’on kidnappe
Avec près de 40 % de sa population vivant sous le seuil de pauvreté, la Guinée-Bissau figure parmi les pays les plus pauvres au monde. Elle est réputée être une plaque tournante du trafic de drogue entre l’Amérique du Sud et l’Europe, à la faveur de l’instabilité politique.
• Elections suspendues, frontières fermées et couvre-feu
Le général a également annoncé la suspension de « tout le processus électoral », la fermeture des frontières « terrestres, aériennes et maritimes » et l’instauration d’un « couvre-feu obligatoire ». « L’exercice du pouvoir du commandement commence à partir d’aujourd’hui. Le commandement appelle la population au calme », a-t-il ajouté.
Dans les rues de la capitale Bissau, quelques rares passants étaient visibles en fin d’après-midi et un calme précaire régnait. A la mi-journée, des centaines de personnes à pied ou dans des véhicules avaient fui la zone du palais présidentiel pour se mettre à l’abri tandis que des tirs nourris avaient retenti à plusieurs reprises. Interrogé par un journaliste de l’AFP, un officier supérieur a confirmé que des arrestations avaient eu lieu.
• Le président arrêté mais « bien traité »
Le président sortant Umaro Sissoco Embalo, qui était donné favori lors de l’élection présidentielle, est détenu « en prison à l’état-major » par des militaires et est « bien traité », a indiqué à l’AFP un officier de l’armée. Une autre source militaire a confirmé à l’AFP l’arrestation du président Embalo aux côtés du « chef d’état-major et du ministre de l’Intérieur ».
A lire aussi
Entretien
« Alors qu’en Occident, les ingérences russes visent à polariser l’opinion, en Afrique, la Russie cherche à discréditer les puissances occidentales »
La Commission nationale des Elections (CNE) a été attaquée par des hommes armés non identifiés ce mercredi, a indiqué à l’AFP un responsable de la communication de la commission, Abdourahmane Djalo.
• Le principal opposant arrêté par des « hommes armés »
Le principal opposant au président, Domingos Simoes Pereira, a été arrêté par « des hommes armés », selon des proches et un collaborateur. Dirigeant du puissant PAIGC, parti historique qui a mené la Guinée-Bissau à l’indépendance, il avait été écarté de la présidentielle pour avoir déposé son dossier trop tardivement. Une décision qualifiée de « manipulation » par l’opposition. Domingos Simoes Pereira a ensuite soutenu la candidature du candidat Fernando Dias. « Il n’est pas en sécurité parce qu’ils l’ont arrêté », a déclaré à l’AFP un membre de sa famille, qui n’était pas en mesure de préciser qui était derrière cette arrestation.
• Le Portugal appelle à la reprise du processus électoral
Le gouvernement portugais a appelé à la reprise du processus électoral dans ce pays qui est une de ses anciennes colonies africaines, devenues indépendantes dans la foulée de la Révolution des Œillets de 1974. « Face aux événements ayant interrompu le cours de la normalité constitutionnelle en Guinée-Bissau, le gouvernement portugais appelle toutes les parties impliquées à s’abstenir de tout acte de violence institutionnelle ou civique », a-t-il indiqué dans un communiqué du ministère des Affaires étrangères.
Lisbonne les a également exhorté « à rétablir la régularité du fonctionnement des institutions, afin de permettre la finalisation du processus de dépouillement et de proclamation des résultats électoraux ». « Le gouvernement est en contact permanent avec l’ambassade portugaise à Bissau pour s’assurer de la situation des citoyens portugais ainsi que de la population en général », a-t-il ajouté.
• Le résultat de la présidentielle était attendu jeudi
Mardi, le camp de Umaro Sissoco Embalo et celui du candidat de l’opposition Fernando Dias de Costa ont chacun revendiqué la victoire à la présidentielle, alors que les résultats provisoires officiels de ces élections n’étaient attendus que jeudi.
La proclamation des résultats électoraux a souvent donné lieu à des mouvements de contestation en Guinée-Bissau. La précédente présidentielle, en 2019, avait débouché sur plusieurs mois de crise post-électorale, Umaro Sissoco Embalo et son adversaire Domingos Simoes Pereira revendiquant tous deux la victoire.

