La disparition annoncée des ZFE marque un tournant alarmant dans la lutte contre la pollution de l’air pour les militants écologistes. L’ancienne eurodéputée Europe Écologie-Les Verts Karima Delli alerte sur une décision aux conséquences multiples. Pour la présidente de l’association Respire, supprimer cet outil sans solution de remplacement revient à fermer les yeux sur une pollution toujours bien réelle.
La suppression des zones à faibles émissions (ZFE) votée par l’Assemblée nationale suscite une forte colère et de vives inquiétudes chez les défenseurs de l’environnement. Karima Delli, présidente de l’association Respire, dénonce une décision aux lourdes conséquences sanitaires et sociales, qu’elle considère comme un recul majeur face à l’urgence environnementale et à la protection des populations les plus exposées.
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La Dépêche du Midi : Pourquoi considérez-vous la suppression des ZFE comme une très mauvaise décision ?
Karima Delli : C’est un recul sanitaire sans précédent et un reniement terrible des engagements citoyens. Les ZFE proviennent de la Convention citoyenne, donc d’une initiative populaire, pas d’une décision technocratique. On recule sans cesse sur les politiques environnementales. Jusqu’où va-t-on aller ? À un moment, il faut dire stop. Aujourd’hui, on laisse les populistes et les démagogues dicter le débat, alors que les ZFE sont un outil concret et efficace de santé publique.
En quoi les ZFE sont-elles un bon outil pour la santé publique ?
Les résultats sont là. À Paris, on observe une baisse des oxydes d’azote, du dioxyde de carbone et des particules fines. Partout en Europe, ces dispositifs fonctionnent. Pourquoi détruire un outil qui marche ? Et surtout, que proposent les députés qui ont voté la suppression pour lutter contre la pollution de l’air ? Supprimer la règle ne fait pas disparaître la pollution.
Ce débat n’oppose pas l’écologie sociale à autre chose : il oppose la protection à l’abandon. Supprimer les ZFE sans alternative, c’est accepter plus de pollution, plus de maladies et plus d’inégalités. Les plus pauvres sont toujours les plus exposés. Et les enfants sont les premières victimes : un cas d’asthme infantile sur trois est lié à la pollution routière. Chaque année, 11 000 enfants de moins de trois ans sont hospitalisés pour de l’asthme.
Certains affirment que les ZFE sont socialement injustes, car elles excluent les plus pauvres des villes. Que leur répondez-vous ?
Je leur réponds que les plus pauvres subissent le plus la pollution de l’air. Les ZFE n’ont jamais été pensées sans accompagnement. Des aides à la reconversion, le leasing social, des investissements dans les transports en commun, le vélo, le covoiturage, tout cela fait partie du dispositif. Dire que les ZFE pénalisent les plus modestes, c’est ignorer qu’elles visent à protéger leur santé. Il faut agir contre la pollution, pas la nier.
Pensez-vous qu’il soit encore possible de revenir sur ce vote ?
Oui, le combat ne fait que commencer. J’appelle les députés raisonnables à saisir le Conseil constitutionnel. Cette suppression a été introduite comme un cavalier législatif dans “la loi de simplification”, ce qui est inacceptable. Il faut retoquer cette disposition et réintégrer les ZFE, tout en travaillant sérieusement sur les alternatives. La santé doit rester une priorité nationale. C’est pourquoi l’association Respire a aussi saisi la Cour européenne de justice il y a deux mois.

