Les rues de Beyrouth remplies de gravats après l’attaque israélienne dans la banlieue sud de la capitale libannaise, le 23 novembre 2025. ADRI SALIDO / GETTY IMAGES VIA AFP
C’est le plus haut responsable du Hezbollah à être tué depuis le cessez-le-feu entre Israël et le mouvement chiite allié de l’Iran : Haitham Ali Tabatabai, le chef militaire du Hezbollah, est mort dimanche 23 novembre à la suite d’une frappe sur la banlieue sud de Beyrouth dans un quartier densément peuple. Quatre autres personnes ont péri.
• Israël affirme avoir tué Tabatabai, le Hezbollah confirme
L’armée israélienne a affirmé dimanche avoir tué Haitham Ali Tabatabai dans une cinquième frappe sur la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu. Un peu plus tard, en soirée, le mouvement islamiste a confirmé que « le grand dirigeant » Tabatabai a été tué « à la suite d’une agression israélienne ».
Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a assuré qu’Israël « ne permettra pas au Hezbollah de reconstruire son pouvoir » et appelé le gouvernement libanais à « respecter son engagement à désarmer le Hezbollah » à la suite de cette attaque qui intervient une semaine avant la visite du pape Léon XIV au Liban.
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Tabatabai, présenté par l’armée israélienne comme « le plus important commandant du Hezbollah », avait été promu chef militaire du Hezbollah après la mort des principaux responsables militaires du mouvement durant la guerre avec Israël.
Le nom de Tabatabai, né en 1968 selon le communiqué du Hezbollah, était inconnu du grand public au Liban. Il était, avant de prendre ses fonctions, « responsable du dossier du Yémen » au sein du Hezbollah, qui soutient les rebelles houthis, selon une source proche de la formation pro-iranienne. Il avait également occupé des fonctions en Syrie où la formation soutenait militairement le pouvoir de Bachar al-Assad, selon les Etats-Unis qui l’avaient placé sur leur liste des personnes liées au terrorisme.
• Cinq personnes tuées, 28 blessés
Dans le quartier qui a été visé, la frappe a touché les troisième et quatrième étages d’un immeuble de neuf étages, et laissé plusieurs voitures calcinées à son pied, a constaté un journaliste de l’AFP.
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Il a vu les secouristes évacuer un corps enveloppé dans un sac blanc et au moins six blessés, dont trois femmes, de l’immeuble au rez-de-chaussée duquel s’alignent une pâtisserie, un magasin de jouets et une boutique d’électroménagers.
« Je rendais visite à ma mère et j’étais sur le balcon », a raconté à l’AFP un homme qui se trouvait dans un immeuble faisant face au bâtiment touché. « Il y a eu comme un éclair, puis j’ai percuté la balustrade et tout le verre s’est brisé », a ajouté ce quadragénaire en état de choc, qui n’a pas voulu dire son nom. Cinq personnes ont été tuées et 28 blessées, selon le ministère libanais de la Santé.
• Les Etats-Unis pas prévenus de l’attaque israélienne
Le bureau de Benyamin Netanyahou a annoncé dans la foulée que sur ordre du Premier ministre, l’armée israélienne venait d’« attaquer au cœur de Beyrouth, le chef d’état-major du Hezbollah qui a dirigé le renforcement et l’armement de l’organisation terroriste ». Benyamin Netanyahou « a ordonné l’attaque sur recommandation du ministre de la Défense et du chef d’état-major », a ajouté son bureau.
Shosh Bedrosian, porte-parole de Benyamin Netanyahou, a ensuite affirmé à la presse ne pas pouvoir « donner le nom de la cible ». « Israël prend ses décisions de manière indépendante », a-t-elle précisé, interrogée pour savoir si les Etats-Unis avaient été tenus au courant de l’attaque.
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Washington, qui fait partie avec Paris d’un comité international chargé de surveiller l’application du cessez-le-feu, n’a pas été prévenu à l’avance de l’attaque, a affirmé le correspondant israélien du site d’information Axios, citant deux responsables américains.
Plus tôt dans la matinée, le Premier ministre israélien avait prévenu que son pays ferait « tout ce qui est nécessaire » pour empêcher un renforcement du Hezbollah au Liban et du Hamas dans la bande de Gaza. « Nous continuons à frapper le terrorisme sur plusieurs fronts », a-t-il déclaré lors d’une réunion de son cabinet.
• Joseph Aoun lance un appel à la communauté internationale
De son côté, le président libanais Joseph Aoun a appelé la communauté internationale à « intervenir avec force » pour arrêter les attaques d’Israël. Dans un communiqué, le chef de l’Etat demande « à la communauté internationale d’assumer ses responsabilités et d’intervenir sérieusement et avec force pour mettre fin aux attaques contre le Liban ».
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Les autorités libanaises accusent régulièrement Israël de violer l’accord de cessez-le-feu conclu sous médiation américaine, en poursuivant ses frappes et en continuant d’occuper cinq points stratégiques du sud du territoire libanais.
• L’Iran condamne « fermement » cet « assassinat lâche »
Ce lundi, l’Iran a condamné l’assassinat du chef militaire. « Le ministère iranien des Affaires étrangères condamne fermement l’assassinat lâche du grand commandant de la résistance islamique libanaise, le martyr Haitham Ali Tabatabai », a déclaré la diplomatie iranienne dans un communiqué.
L’assassinat de Tabatabai « constitue une violation flagrante du cessez-le-feu de novembre 2024 et une atteinte brutale à la souveraineté nationale du Liban », a ajouté la diplomatie iranienne.

