November 24, 2025

DECRYPTAGE. Jeunes ruraux : des "citoyens de seconde zone" attachés à leurs territoires… comment ils voient leur avenir

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À l’approche des scrutins de 2026 et 2027, les jeunes ruraux expriment une défiance accrue envers les décideurs. Leurs difficultés d’accès aux études, de mobilité et de participation culturelle se cumulent, mais une aspiration forte demeure pour certains d’entre eux : s’engager et construire leur avenir au cœur de la ruralité.

Quelle vision a-t-on de l’avenir lorsque l’on est un jeune rural ? La question a fait l’objet de plusieurs enquêtes et études depuis un an. À quatre mois des municipales et un peu plus d’un an de la prochaine présidentielle, cette jeunesse attend d’être considérée et pas ignorée. Le sentiment d’être mis à distance du débat public, en effet, s’exprime avec force chez les jeunes ruraux.

“Citoyens de seconde zone”

Selon le baromètre d’Apprentis d’Auteuil, 72 % d’entre eux se considèrent comme des citoyens de “seconde zone”, un niveau nettement supérieur à celui des jeunes Franciliens (59 %). La défiance envers les responsables politiques – également forte chez l’ensemble des jeunes – est tout aussi marquée : 84 % d’entre eux jugent que ces derniers ne les écoutent pas suffisamment, 76 % qu’ils ne les représentent pas et 83 % qu’ils sont déconnectés de leurs réalités. Pour beaucoup, la distance institutionnelle se traduit par une impression durable d’invisibilité. À leurs yeux, le débat public se construit loin de leur quotidien, sans prise en compte des contraintes propres aux territoires ruraux.

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Ces tensions démocratiques s’inscrivent dans une série d’obstacles concrets qui structurent les parcours des jeunes ruraux. Le premier concerne l’accès aux études supérieures. L’enquête Afev montre que si 81 % des lycéens souhaitent poursuivre des études, les ambitions diffèrent fortement selon le territoire. À milieu social comparable, seuls 38 % des jeunes ruraux se projettent vers un master, contre 55 % des jeunes urbains.

Le choix est largement contraint : l’offre locale, la distance aux établissements et les contraintes financières liées au départ pèsent sur les décisions. 77 % des lycéens ruraux envisagent de quitter leur territoire pour étudier, une proportion bien supérieure à celle des jeunes urbains modestes (54 %). Pour 17 % d’entre eux, ce départ est subi, faute d’alternative de proximité.

Le verrou de la mobilité

La mobilité constitue un second verrou majeur. L’enquête de l’institut Terram, réalisée l’an dernier, indique que seuls 55 % des jeunes ruraux jugent leurs déplacements faciles, contre 87 % des urbains. La dépendance à la voiture est massive, mais 8 % des jeunes ruraux de milieu populaire n’ont pas les moyens de passer le permis, ce qui accroît leur isolement. Les journées sont dès lors marquées par des trajets très longs : 2 h 37 de transport quotidien pour les jeunes issus des communes très peu denses, soit 42 minutes de plus que les jeunes urbains.

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À cette contrainte temporelle s’ajoute un coût élevé : 528 euros de dépenses mensuelles de transport, dont 461 euros pour le véhicule individuel, contre 307 euros chez les jeunes urbains. Ces charges limitent non seulement l’accès aux études et aux loisirs, mais aussi celui à l’emploi : 38 % des jeunes ruraux en recherche d’emploi ont déjà renoncé à un entretien faute de solution de déplacement.

La vie culturelle affectée

Ces difficultés affectent fortement la vie culturelle, si importante pour se construire : 57 % des jeunes des zones rurales très peu denses ont dû renoncer à des activités culturelles en raison des contraintes de mobilité, contre 40 % des jeunes urbains. Les effets se répercutent également sur la santé mentale : 76 % déclarent avoir traversé des périodes intenses de stress, de nervosité ou d’anxiété, et 35 % disent avoir eu des pensées suicidaires.

À ces inégalités s’ajoute une dimension politique : lors de la présidentielle de 2022, 39,6 % des jeunes ruraux ont voté pour Marine Le Pen, soit plus du double du score chez les jeunes urbains (18,1 %), illustrant la traduction électorale d’un sentiment de relégation.

Un fort attachement au territoire

Pourtant, l’attachement au territoire demeure fort. L’étude Terram souligne que 48 % des jeunes ruraux souhaitent rester vivre à la campagne. Cette aspiration progresse avec le niveau de vie : l’ancrage territorial est perçu comme une ressource, non comme un repli.

Beaucoup de jeunes ruraux expriment le souhait de contribuer localement, via l’engagement associatif, les projets communaux ou la revitalisation des villages. Leur volonté de rester et d’agir indique bien qu’ils attendent l’amélioration des conditions qui leur permettraient de construire un avenir durable dans leur territoire.

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