Le chef d’état-major des armées, Fabien Mandon, lors de son discours au congrès des maires, à Paris, le 18 novembre 2025. FRANCK DEROUDA/SIPA
Une alerte qui a soulevé un vent d’indignation. Au congrès des maires, le 18 novembre, le chef d’état-major des armées, Fabien Mandon, a jugé nécessaire, en cas de guerre avec la Russie, que le pays restaure sa « force d’âme pour accepter de nous faire mal pour protéger ce que l’on est » et soit prêt à « accepter de perdre ses enfants ».
Si sa déclaration est dans la droite ligne de celles de nombreux homologues européens depuis des mois, elle a suscité en France la condamnation de plusieurs responsables d’opposition. « Le déchaînement des autruches contre le chef d’état-major des armées souligne la puissance du déni et la force de l’esprit de capitulation au sein de la classe politique française », a fustigé le cofondateur de Place Publique, Raphaël Glucksmann, un des rares politiques à défendre le général. Ce dernier a aussi reçu le soutien d’Emmanuel Macron, avant de reprendre la parole pour justifier ses propos.
1. Fabien Mandon fait un discours devant les maires
Le 18 novembre, invité du 107ᵉ Congrès des maires de France, le chef d’état-major des armées profite de son discours pour évoquer une éventuelle guerre directe avec la Russie. « On a tout le savoir, toute la force économique, démographique pour dissuader le régime de Moscou d’essayer de tenter sa chance plus loin [que l’Ukraine où la guerre dure depuis bientôt quatre ans] », estime-t-il, rassurant. Avant de lancer aux édiles, dans un silence total : « Ce qu’il nous manque, c’est là où vous avez un rôle majeur, c’est la force d’âme pour accepter de nous faire mal pour protéger ce que l’on est. »
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Il assure que les militaires professionnels, qui ont généralement « entre 18 et 27 ans sur le terrain », « tiendront dans leur mission s’ils sentent que le pays tient avec eux ». Il avertit : « Si notre pays flanche, parce qu’il n’est pas prêt à accepter de perdre ses enfants, parce qu’il faut dire les choses, de souffrir économiquement parce que les priorités iront à de la production défense par exemple. Si on n’est pas prêt à ça, alors on est en risque. » Et de continuer : « Je pense qu’on a la force d’âme. La France a toujours démontré sa force d’âme dans les moments difficiles. Et là, on est dans le moment où il faut en parler. Il faut en parler dans vos communes (…) parce qu’on peut avoir le sentiment que c’est loin. »
Fabien Mandon annonce avoir demandé aux armées d’être prêt à un conflit direct dans trois à quatre ans. Il rappelle d’ailleurs qu’il ne s’agira pas de « chars russes qui débarquent en Alsace », mais plutôt d’envoi de troupes « par solidarité » avec des pays de l’est de l’Europe, membres de l’Otan, plus susceptibles d’être attaqués. « J’ai besoin que la nation soit prête à soutenir cet effort si on devait le faire, termine-t-il. Je suis convaincue que si nos ennemies voient notre détermination à nous défendre, ils iront voir ailleurs parce qu’ils savent que nous sommes plus forts. Mais il faut en faire la démonstration dans les trois années qui viennent. »
2. Emmanuel Macron lui apporte son soutien
Immédiatement, plusieurs personnalités politiques critique vertement ces déclarations, reprochant au haut gradé un discours « va t’en guerre ». Certains accusent même Emmanuel Macron de préparer les esprits français à la guerre contre la Russie. Samedi 22 novembre, le chef de l’Etat prend la parole lors d’une conférence de presse au sommet du G20 à Johannesburg en Afrique du Sud. « Il [Fabien Mandon] a toute ma confiance (…) Je vois assez bien de quoi il peut s’agir, sortir une phrase et la sortir de son contexte pour faire peur », dit-il, martelant que le général « a tenu un discours beaucoup plus élaboré que la phrase qu’on a sortie » – sur la perte de nos enfants.
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3. Le chef d’état-major des armées s’explique
Face à la polémique, le général Mandon décide d’aller pour la première fois à la télévision pour s’expliquer sur son discours. « Je comprends que ça ait interpellé les personnes qui ont entendu ces propos », assure-t-il sur France 5, samedi, dans l’émission « C à vous ». Mais si sa « description de notre environnement », où « le contexte se dégrade rapidement », peut « choquer et inquiéter », il assure que c’est nécessaire de le « comprendre ». « On a la chance de vivre en paix depuis des années, c’est fantastique, c’est un bien précieux qu’il faut maintenir, répète-t-il. Mais je pense qu’il faut comprendre malheureusement les risques, les dangers, qui se profilent à l’horizon. » Et de poursuivre : « Je pense que les Français ont confiance mais la description globale a pu effrayer. »
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Interrogé sur sa phrase sur « nos enfants », il explique parler des militaires professionnels, qui ont souvent entre 18 et 30 ans. Quant à la « force d’âme » évoquée, il la qualifie comme une « âme de résistance, le refus du fait accomplie », comme celle des résistants lors de la Seconde Guerre mondiale. « C’est la chose la plus importante à cultiver », assure-t-il. S’il refuse de se prononcer la réintroduction d’un service national, évoqué par Emmanuel Macron, il note que c’est le cas dans de nombreux pays voisins. « On a une volonté d’engagement partagée en Europe, on a également la perception qu’il est important de travailler sur cet esprit de résistance, la résilience de la nation », argumente-t-il. Avant de conclure : « Aujourd’hui, malheureusement nous avons un voisin [la Russie] qui a la perception que nous sommes faibles. Et je suis sûr que nous ne le sommes pas, on a tous les moyens de se protéger. »

