Libéré mi-novembre après un an de prison, Boualem Sansal s’est confié au 20 h de France 2. L’écrivain, toujours sur la réserve, avance des motivations politiques et diplomatiques pour expliquer son incarcération en Algérie.
Après une année passée derrière les barreaux en Algérie, Boualem Sansal a accepté de s’exprimer publiquement. L’écrivain franco-algérien, 81 ans, est apparu dimanche soir au journal de 20 heures de France 2, dans un entretien enregistré avec Laurent Delahousse. Une prise de parole très attendue, quelques jours seulement après son retour en France.
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Gracié par le président Abdelmadjid Tebboune, l’auteur a raconté, calmement mais avec retenue, ce qui a conduit selon lui à son arrestation. Contrairement à ce que beaucoup imaginaient, il ne pense pas avoir été ciblé pour ses romans ou ses “prises de position” littéraires. “Mes livres sont disponibles en Algérie”, rappelle-t-il, tout en admettant que “certains”ont été “interdits pendant un certain temps”.
ud83dudd34u26a1ufe0f “J’ai peur pour ma famille et que, si je retourne en Algérie, on arrête aussi ma femme”
Boualem Sansal révèle que sa parole est contrainte pour des raisons diplomatiques entre la France et l’Algérie. #JT20h pic.twitter.com/8DKYQZuy7Z
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Pour lui, les causes de son emprisonnement sont multiples. Il pointe “un mélange” de facteurs, parmi lesquels la montée d’un “ultranationalisme” au sommet de l’État, mais aussi le fait qu’il s’était rendu en Israël par le passé.
Les tensions franco-algériennes en toile de fond
Boualem Sansal est convaincu que son affaire s’inscrit dans un contexte diplomatique particulièrement tendu entre Alger et Paris. Il évoque une “guerre déclarée” entre les deux pays “suite aux déclarations de Macron qui reconnaissait formellement la marocanité du Sahara”.
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Lorsque Laurent Delahousse l’interroge sur sa liberté de parole actuelle, il admet sans détour être encore très prudent. “Je ne vous parle pas de manière naturelle, parce que naturellement, je suis plutôt exubérant, là je contrôle chacun de mes mots”, a-t-il confié, , expliquant qu’il mesure l’impact que pourraient avoir ses propos, tant pour lui que pour des “dizaines de détenus politiques” encore incarcérés, dont le journaliste Christophe Gleizes.
ud83dudd34u26a1ufe0fud83cudde9ud83cuddff “Ils m’ont passé une cagoule sur la tête et pendant six jours, je ne savais pas où j’étais.”
L’écrivain franco-algérien Boualem Sansal dévoile les coulisses de son arrestation à Alger. #JT20h pic.twitter.com/aURl5W7tSr
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Retrouver une vie d’homme libre est “compliqué” après un an de prison en Algérie, a admis l’écrivain. “On retrouve la vie, des senteurs, des murmures, des choses qu’on ne comprend pas très bien”, a-t-il expliqué, en disant qu’il est en “bonne santé”, après avoir été traité “de manière tout à fait remarquable” pour son cancer de la prostate.
Il a également affirmé que Bruno Retailleau était son “ami” même s’il a admis que l’ex-ministre de l’Intérieur, très ferme face à l’Algérie, avait pu être “d’une certaine manière” un obstacle à sa libération. “Mais avec ou sans Bruno Retailleau, ils auraient réagi de la même manière avec n’importe qui.”
Après France 2, il doit accord un nouvel entretien à France Inter. Cette interview réalisée par Benjamin Duhamel et Florence Paracuellos sera diffusée lundi à 8 h 20 dans “La Grande Matinale”.

